Questionnement canin

inquiétude canine

Vivre avec des chiens nous montre à quel point ils portent attention à nos gestes et à nos paroles. Un jeune enfant utilise le référencement social en se tournant vers une autre personne pour se guider dans ses perceptions et ses interprétations. Une situation nouvelle le poussera à observer les signaux que projettent une autre personne présente face à cette situation et cela guidera ses comportements futurs.

Chez le jeune enfant, il y a deux éléments inhérents au référencement social. Le premier élément est lorsque l’enfant regarde d’abord directement l’autre personne présente, habituellement un parent ou une personne en position d’autorité et retourne ensuite son regard vers l’objet ou la situation qui l’inquiète. C’est actuellement ce va et vient du regard qui est le signal de communication destiné à indiquer à l’autre personne la source de l’inquiétude.

Le deuxième élément de ce processus implique le décodage des comportements et de la réponse émotive de l’autre personne, qui guideront l’enfant sur le comportement à appliquer.

Une équipe de psychologues de l’Université de médecine de Milan en Italie, guidée par le docteur Sarah Marshall-Pescini, a analysé la réaction d’un chien à une nouvelle situation, alors qu’il est en présence de son maître.Il fallait donc générer une situation légèrement stressante pour l’animal, juste assez pour générer un peu d’inquiétude mais pas assez inquiétante au point de lui faire peur. Ils ont pris un ventilateur portatif oscillant et ont attaché des bandelettes de plastiques sur le grillage recouvrant les pales. Le ventilateur a été déposé par terre dans une pièce et mis en fonction. Il y avait le son du moteur, et bandelettes qui claquaient dans le courant d’air généré par les pales. Les bandelettes s’agitaient aussi ce qui fournissait un stimulus additionnel pour le chien, quelque chose d’inhabituel qui était susceptible de l’inquiéter.

Chez les enfants, le référencement social survient seulement si la situation génère de l’incertitude. Pour vérifier ce point, le chien était amené dans la pièce et laissé libre de circuler, pendant que l’on expliquait à son maître le déroulement de l’expérience. Si le ventilateur n’était pas présent, les chiens avaient tendance à explorer la pièce et ils regardaient rarement leur maître.

Par contre, si le ventilateur fonctionnait, le chien avançait de quelques pas dans la pièce mais 83% des chiens ont immédiatement tourné leur regard vers leur maître, pour ensuite se retourner vers le ventilateur. Ils ont ensuite alterné leur regard entre le maître et le ventilateur, semblant chercher une interprétation sur cet objet étrange et espérant que le maître fournisse une indication.

Le point suivant était de déterminer si le chien réagirait aux signaux émotifs de son maître. Le maître devait simplement donner un message verbal du chien en utilisant le ton de voix approprié. Une réponse positive était du genre : Wow, c’est vraiment joli! ou C’est très bien! Une réponse négative était : Cette chose est vraiment laide ou Je n’aime vraiment pas cette chose-là!

Les chiens ont été très sensibles aux réponses à connotations négatives de leur maître. Si le maître répondait négativement au ventilateur, le chien avait tendance à figer sur place, ne plus bouger et rester là en alerte. Ceci est à peu près la même réaction qu’aurait un jeune enfant  face à une réaction négative d’un adulte.

Les chiens par contre,  ne semblaient pas aussi réceptifs à un message verbal positif. Ils se sont déplacés quelque peu dans la pièce mais conservaient une attitude incertaine, comme s’ils cherchaient toujours quelle interprétation donner à la situation.

On a ensuite demandé aux maîtres de renforcer la réponse positive ou négative en y ajoutant des mouvements corporels. Si la réponse était positive, le maître devait s’approcher du ventilateur, pour montre qu’il n’y avait rien à craindre. Les chiens ont tous réagi en s’approchant du ventilateur aussi, sans afficher de peur. Si le maître s’agenouillait près de l’objet, certains chiens allaient même jusqu’à toucher le ventilateur.

Lors d’une réaction négative, le maître devait reculer et s’éloigner du ventilateur comme s’il était inquiet, le chien suivait son maître et reculait aussi, sans jamais revenir vers l’objet inquiétant par la suite.

Il semblerait donc que les chiens, tout comme les très jeunes enfants, se tournent vers un humain significatif pour les aider à interpréter des situations ambiguës ou problématiques. Les chiens observent le visage de leur maître lorsqu’ils sont inquiets et cherchent des signaux qui leur indiqueraient comment réagir. Une réponse négative les fera figer sur place, ce qui en général leur évitera des problèmes. Par contre, si le comportement humain est plus évident, comme si le maître s’approche ou recule face à la situation inquiétante, le chien interprétera  plus clairement ce comportement et réagira de la même manière que son maître.

Un chien se tourne donc vers son maître pour observer comment il réagit au monde qui l’entoure et il essaie d’interpréter son comportement. Mes deux chiens agissent effectivement de cette manière. Une situation inhabituelle les fera se tourner vers moi pour voir ma réaction. Si elle est négative, ils vont faire comme moi et reculer.

Par contre, une réponse positive de ma part ne réussit pas toujours à les convaincre de relaxer. Toutou Parfait particulièrement, conserver un air inquiet et semblera dire : Tu penses que ce n’est pas dangereux mais je reste méfiante, mieux vaut prévenir.  Ce n’est qu’après avoir été exposée plusieurs fois à la situation qu’elle semblera se dire : Bon, finalement, tu avais raison et ce n’est pas inquiétant.

J’imagine que les propres expériences du chien auraient aussi une influence sur son comportement. Toutou Parfait est beaucoup plus prudente et posée que Tête de Mule qui fonce dans toute nouvelle situation à pleine vapeur et quelquefois elle s’en mord les pattes.

Pour son chien, tout homme est Napoléon. C’est ce qui explique la grande popularité des chiens.    –   Aldous Huxley

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