Promenade en motoneige

Husky

Je vous ai déjà parlé de Fanny, la chienne Husky que j’ai eu pendant douze ans. Je racontais à Tendre Moitié une autre anecdote à son sujet, cette semaine et il trouvait que cela pourrait être une histoire intéressante pour ce blogue.

Dans le Grand Nord, il n’y a pas grand chose à faire, hormis le travail. Le seul magasin du village était le magasin général, appelé Northern. Aucun cinéma, ni librairie ou bibliothèque pour égayer nos rares moments de loisirs.

Nous passions donc beaucoup de temps entre nous, les travailleurs venus du Sud, allant souper chez l’un, veiller chez l’autre ou nous donnant rendez-vous pour faire un tour de quatre-roues (véhicule tout terrain) ou de motoneige.

En hiver, certains bâtissaient des camps loin du village et chaque fin de semaine, quelques excursions s’organisaient vers un camp ou l’autre. Durant mon séjour de trois ans, je n’ai pu y aller qu’une seule fois à cause de mon travail , qui était sur une rotation de quarts.

Lorsque l’occasion s’est enfin présentée, j’ai pris place derrière une amie sur sa motoneige et le groupe d’une dizaine de personnes s’est mis en route en début de soirée. Le voyage a duré plus d’une heure et avec une température de moins trente degrés Celsius, j’étais complètement frigorifiée à l’arrivée.

Fanny suivait notre motoneige, accompagnée de quelques autres chiens appartenants au reste du groupe. Elle courait rapidement, se maintenant à la hauteur de notre motoneige, semblant apprécier le voyage.

Durant le trajet, nous avons traversé un lac gelé. Dans le noir, Fanny n’a pas vu que la neige se changeait en glace et elle est arrivée sur la glace à toute allure. Elle a dérapé et elle a fait quelques tonneaux avant de s’immobiliser. Nous avons ralenti pour vérifier qu’elle allait bien et elle s’est relevée et a marché jusqu’au bord du lac avant de se remettre à courir.

Quelques minutes plus tard, nous arrivions au camp. Je suis allée à l’intérieur porter mes affaires et lorsque je suis ressortie, Fanny et les autres chiens étaient couchés sous la cabane. Aucun des chiens n’a voulu venir à l’intérieur et je dois dire que je les comprenais car la chaleur du poêle à bois était suffocante dans un si petit espace.

Camp

La soirée s’est passée à chanter des chansons, accompagnées par la guitare d’un copain, à boire quelques verres et à discuter. Nous avons dormi sur des plate-formes de bois, bien au chaud. Le lendemain, certaines personnes, dont je faisais partie, devaient rentrer plus tôt pour aller travailler. J’ai encore une fois pris place derrière un conducteur de motoneige et j’ai appelé Fanny.

Elle ne semblait pas vouloir quitter son abri, pas plus que les autres chiens. Le reste du groupe m’a dit de la laisser, qu’elle reviendrait avec eux en fin de journée. Je suis rentrée sans elle au village et je suis allée travailler mon quart de soirée, qui exceptionnellement était suivi d’un quart de nuit, donc seize heures en ligne à travailler.

En début de soirée, j’ai vu par la fenêtre les motoneiges revenir au village avec les chiens qui les accompagnaient. Rassurée, j’ai attendu que Fanny vienne me voir au travail. Elle n’est pas venue de la soirée ni de la nuit. Elle ne passait pas la nuit dehors habituellement, sauf durant l’été. Le collègue qui est arrivé pour prendre ma place le matin suivant était allé lui aussi au camp et était revenu avec le deuxième groupe. Il m’a dit que Fanny n’était pas revenue avec eux.

Inquiète, je suis allée voir mon patron chez lui et je lui ai demandé de me prêter sa motoneige afin d’aller à sa recherche. Il faisait un froid mordant, mais c’était une très belle journée ensoleillée. Je n’ai vu aucune trace de Fanny durant le trajet, mais une fois arrivée au camp, maintenant fermé et vide, je l’ai retrouvée toujours couchée sous la cabane.

Je me suis agenouillée dans la neige et je l’ai appelée. Elle a réussi à se lever avec beaucoup de mal et sa jambe arrière droite semblait la faire souffrir. Elle arrivait à faire quelque pas sur trois pattes, mais il était hors de question qu’elle fasse tout le trajet dans cet état. Elle s’était blessée en dérapant sur le lac glacé.

Je l’ai prise dans mes bras avec ses quarante kilos, et je l’ai installée sur la motoneige entre mes deux jambes, le dos bien appuyé contre moi. Elle avait fière allure et ne fût pas du tout perturbée par le moteur de la motoneige, ni notre vitesse de croisière. Elle n’a pas bougé durant tout le voyage, assise devant moi comme une passagère de luxe.

Les Inuits aiment beaucoup les chiens, mais pour eux, ce ne sont pas vraiment des animaux de compagnie, ce sont des animaux qui travaillent, en tirant un traîneau, par exemple. Ce que je craignais un peu arriva et je croisai plusieurs Inuits hilares, qui semblaient complètement effarés de me voir promener un chien en motoneige. Ne voulant pas être la risée du village, je leur expliquais qu’elle s’était blessée et qu’elle ne pouvait plus marcher. Le problème était que Fanny avait l’air parfaitement confortable et elle trônait vraiment comme une reine, sur la motoneige. Si elle avait gémi ou eu l’air pitoyable, j’aurais eu un peu plus de crédibilité.

Je fis une entrée très remarquée dans le village et je ramenai Fanny à la maison. Un ami m’aida à la transporter à l’intérieur. Je ne sais pas ce que c’était comme blessure; entorse, foulure, ligament ou autre et il n’y avait pas de vétérinaire au village. Je laissai donc le temps faire son oeuvre et elle mit un bon quinze jours avant de marcher normalement. Elle se rétablit parfaitement et nous entendîmes longtemps parlé du chien qui se promenait en motoneige au lieu de tirer un traîneau comme tout bon Husky.

Ils ont fous ces gens de la ville!

Au début des temps, il n’y avait pas de différence entre les hommes et les animaux.   –   Légende autochtone

 

 

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