Plus qu’il n’en faut ou que ça n’en vaut

effet de dotation

Charmante Ado ayant exprimé le désir d’avoir un décor plus jeune et contemporain dans sa chambre, nous sommes en mode rénovation, tout en essayant de ne pas encombrer davantage la maison. La première étape a été de mettre en vente les meubles que nous voulions changer, notamment une coiffeuse antique et une tête de lit. La coiffeuse s’est envolée en deux jours et la tête de lit devrait suivre sous peu.

J’ai déniché une partie des nouveaux meubles en fouinant sur le site Kijiji. Les meubles usagés  sont souvent d’une meilleure qualité que ce que l’on retrouve en magasin et à un bien meilleur prix. Le processus fait aussi comprendre à Charmante Ado que l’argent ne pousse pas sur les arbres et que l’on doit vendre un item avant de le remplacer par un autre.

Un phénomène particulier survient dès qu’un objet nous appartient. Que ce soit un vêtement, une maison ou une voiture; aussitôt que nous en prenons possession, il se transforme.

Lorsque nous choisissons d’inclure un objet dans notre vie et de l’acheter,  sa valeur augmente immédiatement à nos yeux. Une étude réalisée en 2009, le confirme. Si quel qu’un offre de nous racheter l’objet en question, nous aurons tendance à demander plus que ce que les gens seront prêts à payer.

On appelle ce biais cognitif l’aversion à la dépossession ou l’effet de dotation (Endownment Effect).

Cela explique pourquoi nous avons des greniers, des garages et même des locaux d’entreposage remplis à ras bords de toutes sortes d’objets dont nous n’arrivons pas à nous séparer. Une fois qu’une chose nous appartient, nous lui attachons une valeur financière beaucoup plus grande que ce que les autres donneraient. Nous allons même parfois jusqu’à fixer un prix plus élevé que la valeur de l’objet neuf en magasin ou alors plus élevé que ce que nous serions prêts à payer personnellement pour l’acheter de nouveau.

L’effet de dotation serait étonnamment fort et a été vérifié par plusieurs études. Une d’elles, réalisée en 2000, a démontré que les détenteurs de billets pour un match de basketball surestimaient la valeur de leurs billets par un facteur de 14. Cela signifie qu’ils auraient voulu en obtenir un montant 14 fois supérieur à ce que les gens seraient prêts à payer pour ce type de billets. C’était une étude américaine où le basketball est un sport populaire, ce qui explique en partie le ratio élevé. Le ratio variera selon le type d’objet, mais il semble que de manière générale, nous aurions tendance à exagérer la valeur d’un bine dès qu’il entre en notre possession.

Plus l’objet est personnalisé, comme un bijou reçu de notre conjoint par exemple, ou plus nous conservons l’objet longtemps, plus nous surestimerons sa valeur monétaire.

Il arrive bien sûr que la valeur sentimentale d’un objet dépasse grandement sa valeur monétaire et que cela nous incite à le conserver précieusement. Plus souvent qu’autrement par contre, nous gardons des objets sans raison valable et nous encombrons notre foyer d’objets qui ne servent plus, mais dont on n’arrive pas à se départir.

Chaque printemps, j’examine d’un œil critique toutes les pièces de la maison ainsi que le garage et je fouille les placards, les armoires et les tiroirs, à la recherche d’objets qui n’ont pas servis du tout dans la dernière année. L’objet va dans une des quatre piles suivantes : à vendre, à donner, à jeter ou à conserver. J’essaie de ne conserver que ce qui a une valeur sentimentale ou ce qui a une chance de servir de nouveau. Par contre, il est assez rare qu’un objet n’ayant pas servi depuis une année complète, revienne en service.

Un autre exemple qui illustre ce fait est que j’ai vidé complètement la chambre de Charmante Ado il y a trois semaines pour refaire la peinture. Il ne lui reste que le lit, une table de chevet et une commode sur laquelle se trouvent aussi ses accessoires pour les cheveux et un peu de maquillage. Le reste a été rangé dans une autre pièce en attendant que nous achetions les nouveaux meubles.

Aucun objet, pourtant tous décrétés comme étant ESSENTIELS à son bonheur, n’a été repêché des boîtes durant cette période. Cela me permet d’espérer pouvoir faire un nouveau tri lorsque nous aurons terminé la décoration. Elle peut garder tout ce qu’elle veut comme souvenir et je range tout cela dans de grands bacs en plastique qu’elle pourra emporter avec elle lorsqu’elle quittera la maison. Pour le moment, toutes ses Barbies, ses figurines Littlest Pet Shop et Polly Pocket ont été sauvegardées.

Je comprends qu’elle désire conserver ses jouets pour ses futurs enfants. Par contre, les babioles trouvées dans les chocolats Kinder Surprise ou provenant du McDonald, auxquelles il manque le plus souvent des morceaux ou qui ne fonctionnent plus, pourraient définitivement être jetées.

Chez les enfants, toutes leurs possessions ont une grande valeur à leurs yeux, mais je commence à voir une différence à l’adolescence. Charmante Ado se détache plus facilement des objets de son enfance et après avoir adoré le rose pendant des années, elle trouve maintenant cela ‘’bébé’’ et rejette tout objet de cette couleur.  Nous avons donc beaucoup d’objets roses empilés dans des bacs. Espérons qu’un des ses futurs enfants aimera le rose! Sa couleur de prédilection est maintenant le mauve.

Il s’agit seulement de déterminer ce qui a vraiment une valeur sentimentale et de se demander si tout le reste vaut vraiment quelque chose, ou sommes-nous sous l’effet de dotation? Après tout, ce ne sont que des biens matériels et nous en avons toujours plus qu’il n’en faut.

L’abus de biens et de consommation est un fardeau qui rétrécit l’existence. L’absence d’encombrement procure de l’espace pour penser, et sans doute même pour comprendre.       –   John Pawson

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