Pas d’hélicoptère en vue

indépendance

J’ai toujours rêvé d’avoir une grande famille. J’ai grandi avec un seul frère, qui avait quatre ans de plus que moi et n’avait absolument aucun intérêt envers ma personne. Nous nous sommes quelque peu rapprochés à l’âge adulte, mais nous avons finalement réalisé que nous avions très peu de choses en commun, ce qui fait que nous ne nous fréquentons pas beaucoup.

J’ai rencontré Tendre Moitié sur le tard et Charmante Ado est arrivée parmi nous alors que j’avais presque trente-neuf ans.  Il nous a été impossible d’avoir une plus grande famille malgré tous nos efforts.

Le danger avec un enfant unique, c’est qu’il est l’objet de notre attention exclusive et que si on ne fait pas attention, il peut ressentir une énorme pression de performer pour être à la hauteur des attentes qu’il peut percevoir de notre part.

Il  y a aussi le danger de trop s’impliquer et d’essayer de résoudre le moindre petit problème parce qu’on ne veut pas que notre enfant ait des difficultés. Ceci n’est pas particulier aux parents d’enfants uniques, mais disons, qu’avec un seul enfant, il y a plus de chances que nous souffrions d’une petite tendance à la surprotection. Les anglais appellent cela le « Helicopter Parenting », parce que ce type de parent est toujours dans les parages, planant au dessus de l’enfant, en essayant de prévenir la moindre embûche, réelle ou perçue, envers leur progéniture.

Je n’écris pas à l’école au moindre petit problème, j’étais entièrement d’accord avec l’instructeur de basketball qui hésitait à la prendre dans l’équipe AA parce que Charmante Ado ne faisait pas des efforts soutenus et nous la laissons gérer ses tâches, devoirs, activités et obligations elle-même.

Nous voulons tous que nos enfants soient épanouis, ne manquent de rien et soient en sécurité. Nous allons essayer de leur éviter les écueils les plus évidents ou dangereux, parce qu’on ne veut pas les voir souffrir ou endurer des conséquences désagréables.

Par contre, les enfants ont le désir d’être compétents et d’apprendre par eux-mêmes. Un enfant n’est pas porteur de nos rêves déçus ou de nos ambitions abandonnées. Il doit découvrir ses propres rêves et sa propre passion, à travers des erreurs, des mauvaises expériences et même des échecs.

Il n’est pas possible, ni même souhaitable, de protéger nos enfants de tout stress,  ni de toujours intervenir pour les rescaper d’une situation difficile. Charmante Ado avait un livre qu’elle devait lire pour aujourd’hui à l’école. Elle aime bien lire, mais elle trouve ce livre difficile (Le meilleur des mondes par Aldous Huxley) et même si elle connaissait l’échéance depuis trois semaines, elle s’est retrouvée avec 180 pages à lire dans les deux derniers jours.

Elle sait que j’ai déjà lu ce livre et je crois qu’elle aurait bien aimé que je le lui résume pour s’éviter cette course frénétique, mais elle n’a pas osé me le demander et je ne lui ai pas offert non plus. Elle est partie à l’école ce matin avec encore quelques dizaines de pages à lire, ce qu’elle se promettait de faire durant a période d’étude et sur l’heure du midi.

Disons, que j’espère que la prochaine fois, elle s’y mettra plus tôt. Je ne voyais pas l’utilité de lui révéler le reste du livre car le but de l’exercice est de démontrer sa compréhension du texte et la morale de l’histoire. Il faut qu’elle arrive à une conclusion toute seule pour en retirer quelque chose.

Ce n’est pas facile de ne pas intervenir et je crois qu’elle aurait de beaucoup préféré que je la « sauve » en lui révélant la fin et en lui expliquant la morale de l’histoire, mais la maturité vient en faisant ses propres erreurs et ses propres expériences.

Je veux qu’elle ait confiance en ses moyens et qu’elle comprenne qu’il faut prendre les moyens pour arriver à ses fins. La solution à un travail difficile n’est pas de demander à maman de le faire. Elle n’a pas besoin de moi et aurait très bien pu y arriver sans stress, si elle s’y était prise plus tôt.

Une des habiletés les plus importantes que l’on veut voir se développer chez nos enfants est de planifier les étapes pour arriver à un but. Cette fois-ci le but n’était pas des plus captivant pour elle, mais c’était tout de même quelque chose qu’elle devait faire.

Le fait de toujours intervenir pour  »aider » notre enfant, risque de l’amener à grandir en croyant qu’il y aura toujours quelqu’un qui sera disponible pour l’empêcher de vivre des situations désagréables. Ces enfants rois qui n’auront pas connu de contrariétés en grandissant ne feront pas des adultes très agréables à côtoyer, lorsqu’ils réaliseront que le monde réel n’est pas à leurs pieds.

Il y a tout un art en élevant un enfant, à jongler entre la surprotection et la négligence, sans jamais s’approcher de ces deux extrêmes.

Un petite dose d’adversité permet de développer des compétences et d’acquérir une confiance en ses capacités. Cela permet aussi à l’enfant de voir qu’il peut faire face aux conséquences, en tirer des leçons et continuer sa route avec plus d’assurance.

J’ai compati avec Charmante Ado sur ses deux soirées de lecture intensive, en me retenant de lui faire remarquer qu’elle avait eu amplement de temps de lire ce bouquin dans les trois dernières semaines.

Elle a peut-être été désappointée que je ne vienne pas à sa rescousse, mais grandir, c’est ça aussi. C’est faire face aux difficultés et aux défis et en ressortir plus compétent et confiant. Ce n’est pas se fier sur papa et maman pour se sortir du pétrin.

Vos enfants : vous pouvez vous efforcer d’être comme eux, mais ne tentez pas de les faire comme vous.   –   Khalil Gibran
Des parents sages permettent à leurs enfants de se tromper. Il est bon qu’ils se brûlent les doigts de temps en temps.   –  Mahatma Gandhi

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