Parfois, il vaut mieux faire semblant

changement

La mode actuelle est à la pensée positive. Pour améliorer notre vie, nous devons changer notre manière de penser, nous forcer à avoir des idées positives et cela nous rendra plus heureux.

En visualisant notre rêve, nous aurons plus de succès. En pensant comme un millionnaire, nous deviendrons riches miraculeusement. Quoique la prémisse semble plus ou moins raisonnable, les études démontrent que ces techniques ne fonctionnent pas.

Une de ces études, réalisée par Lien Pham de l’université de la Californie, demandait aux participants de passer quelques minutes chaque jour à se visualiser obtenant une meilleure note dans un futur test. Étonnamment, même si la visualisation ne durait que quelques minutes, il en a résulté que les participants ont étudié moins qu’à l’habitude et ils ont obtenu des notes plus basses.

Une autre étude, de Gabriele Oettingen de l’université de New York, a demandé aux participants de noter la fréquence  à laquelle ils rêvassaient en pensant à l’emploi idéal qu’ils obtiendraient après l’université. Ceux qui ont rapporté passer le plus de temps à imaginer leur succès futur ont reçu moins d’offres d’employeurs et ont finalement obtenus des emplois moins bien rémunérés.

On ne sait pas précisément pour quelles raisons les résultats ont été moins bons que les rêves. Peut-être que le fait de rêver nous rend plus réticents à faire des efforts pour atteindre un but, mais de toute façon, il semble bien qu’imaginer une vie parfaite ne nous est pas très bénéfique dans la réalité.

Il y a par contre des décennies de recherches qui démontrent qu’il existe une façon simple mais très efficace de transformer notre manière de penser et d’être.

Cette technique remonte à la fin du 19e siècle. William James, le frère du romancier Henry James, de l’université Harvard a examiné la relation entre l’émotion et le comportement.

Nous croyons généralement que l’émotion nous pousse à agir d’une certaine manière. Lorsqu’on se sent joyeux, par exemple, nous aurons tendance à sourire.

William James trouvait cette évidence incomplète et il proposa une théorie tout à fait nouvelle. Il postula que relation entre l’émotion et le comportement existait dans les deux sens et que le comportement pouvait aussi causer l’émotion.

Selon lui, sourire nous fait nous sentir mieux et froncer les sourcils peut nous rendre soucieux ou tristes. Il donna cet exemple pour expliquer sa théorie : Vous ne fuyez pas l’ours parce que vous avez peur de lui, mais plutôt, vous devenez effrayé parce vous fuyez l’ours. Cette théorie ne fut pas bien accueillie et sombra dans l’oubli pendant une soixantaine d’année.

Durant cette période, les gourous du développement personnel ont continué à promouvoir l’idée que les émotions venaient avant le comportement.

Dans les années 1970, un psychologue, James Laird, décida de tester la théorie de William James. Il demanda à un groupe de participants de présenter certaines expressions faciales. Pour créer une expression de colère, les participants devaient rabaisser leurs sourcils et serrer les dents. Pour une expression joyeuse, on leur demandait de relever les commissures des lèvres. Les résultats furent remarquables. Comme l’avait prédit William James, les participants se sentirent plus joyeux de façon significative, lorsqu’ils se forçaient  à sourire, et plus en colère en serrant les dents.

D’autres études subséquentes ont démontrées que nous retrouvons le même effet dans tous les aspects de notre vie. En agissant comme si nous étions un certain type de personne, nous devenons cette personne.

En 1979, Dana Carney, de la Columbia Business School, réalisa une étude où il sépara les participants en deux groupes. Les gens du premier groupe eurent à prendre des poses qualifiées de dominantes. On leur indiqua de s’asseoir à leur bureau, de placer les pieds sur la table et de croiser leurs mains derrière la tête. Le deuxième groupe reçut l’ordre de prendre des poses non dominantes. On leur demanda de placer les pieds à plat sur le sol, les mains sur les genoux et de fixer le plancher. Une seule minute de pose dominante suffit à augmenter la confiance en soi des participants du premier groupe. On découvrit même que le taux de testostérone sanguin était considérablement plus élevé chez ceux qui avaient pris une posture dominante.

Une étude extrêmement intéressante fut complétée en 1979 par un professeur de psychologie de l’université Harvard, Ellen Langer. Elle recruta un groupe d’hommes septuagénaires pour une ‘’semaine de réminiscence sur le bon vieux temps’’. Avant de commencer l’étude, elle  fit subir à ces participants des tests de force musculaire, de posture, de vue, d’ouïe et de mémoire.

Durant cette semaine, les participants devaient agir comme s’ils avaient vingt ans de moins. En arrivant à l’endroit de l’étude par exemple, il n’y avait personne pour les aider à descendre du bus et ils durent transporter eux-mêmes leurs valises à l’intérieur.

De plus, l’endroit n’était pas équipé de rampes ou autres appareils pour les assister dans leurs mouvements, comme ceux qu’ils avaient à la maison. L’édifice était rempli d’objets des années cinquante, incluant une télévision en noir et blanc et une radio d’époque. On leur indiqua que toutes leurs conversations sur le passé devaient se faire en utilisant le temps présent et qu’ils ne devaient pas mentionner quoi que ce soit s’étant produit après 1959.

En quelques jours, on pu noter un effet remarquable. Les participants marchaient plus vite et montraient plus de confiance en leurs capacités. Durant la semaine, plusieurs participants décidèrent qu’ils pouvaient maintenant marcher sans cane.

Durant toute la durée de l’étude, la psychologue testa les participants et découvrit que le groupe en entier démontrait des améliorations dans tous les domaines; la dextérité, la vitesse de mouvements, la tension artérielle, la mémoire, la vision et l’ouïe.

En agissant comme s’ils étaient plus jeunes, ils avaient en quelque sorte réussi à effacer vingt ans d’usure de leur corps et leur esprit.

La théorie de William James n’était pas aussi farfelue qu’on pourrait le penser. Agir d’une certaine manière amènerait le changement beaucoup plus sûrement que de se contenter d’y penser ou d’en rêver.

Au lieu de remettre une tâche à plus tard, mieux vaut faire semblant que cette tâche nous intéresse réellement. En prenant quelques minutes pour commencer la première partie de cette tâche, nous ressentirons probablement le besoin de la compléter.

Se redresser sur sa chaise et croiser les bras nous inciteraient à persévérer. Selon une étude de Ron Friedman de l’université de Rochester, les participants qui se tenaient droits sur leurs chaises en croisant les bras, persévéraient près de deux fois plus longtemps à essayer de résoudre un problème que ceux qui ne le faisaient pas.

Richard Wiseman de l’université de Hertfordshire a écrit plusieurs livres dont 59 secondes dont je vous parlerai éventuellement. Dans un autre livre intitulé Rip It Up, il explique aux gens comment modifier leur comportement en faisant des choses qu’ils n’ont jamais faites, ce qui aurait pour conséquence d’altérer leur façon de penser et d’être.

Parlant de changement, je suis présentement au milieu d’un exercice créé par le philosophe BJ Fogg de la Californie. Cela se nomme 3 Tiny Habits et le but est de modifier un comportement ou en adopter un nouveau. C’est un exercice très intéressant et je vous ferai part de mes impressions une fois l’exercice terminé.

Il suffit parfois de faire semblant d’avoir du courage pour s’en découvrir vraiment. Dommage ça ne marche pas pour l’intelligence.   –   Grégoire Lacroix 

Vous aimerez peut-être:

Partagez!

Commentaires

  1. FleurZe a écrit:

    Article très intéressant

Exprimez vous!

*