Lorsque l’on pense connaître déjà la fin de l’histoire

illusion

Lorsque l’on examine notre passé et que l’on songe à la personne que nous étions auparavant, nous nous apercevons à quel point nous avons changé et nous avons tendance à nous concentrer sur les différences entre cet ancien moi et la version présente.

Nous pouvons facilement décrire comment nous avons changé au fil des ans. Nous sommes assez convaincus que notre mémoire est fiable et que ce que nous voyons comme différences aujourd’hui, représentent réellement des changements profonds.

Lorsque nous regardons vers le futur cependant, nous avons plutôt tendance à nous imaginer exactement tels que nous sommes aujourd’hui. Nous prévoyons que nos valeurs, nos intérêts et préférences seront les mêmes. Nous sommes convaincus que demain ou dans dix ans, nous serons la même personne que présentement.

Une étude récente publiée dans le journal Science, par une équipe de psychologues a démontrée ce phénomène et les chercheurs l’ont appelé ‘’L’illusion de la fin de l’histoire’’. Ils ont analysé les traits de personnalité, les valeurs et les préférences de plus de 19 000 personnes et leur ont demandé d’estimer à quel point ils avaient changé dans les derniers dix ans et à quel point ils s’attendaient à changer dans  les jours suivants et dans la prochaine décennie.

Les sujets, âgés entre 18 et 68 ans, étaient convaincus d’avoir énormément changés en dix ans, mais s’attendaient à ne changer que très peu dans le futur. Lorsqu’on leur demandait, par exemple, de rapporter les changements dans leurs goûts musicaux, les gens avaient tendance à rapporter des changements substantiels dans leurs goûts et intérêts durant les derniers dix ans, tout en s’imaginant qu’il y aurait très peu de changements dans leurs goûts musicaux dans les années futures. Pour eux, ce qui était apprécié présentement, serait sûrement tout autant aimé dans le futur.

Cela suggère que nous avons tendance à voir le présent comme un point tournant qui représente ce que nous serons toujours dans le futur et pour le reste de notre vie. Nous faisons nos choix en nous basant sur cette croyance, ce qui entraîne souvent des conséquences imprévues ou décevantes. Les achats ou les décisions impulsives peuvent sembler comme une excellente idée sur le moment, mais notre moi futur n’appréciera peut-être pas nos tatouages ou la maison de rêve immense que notre alter ego n’arrivera plus à payer.

Nous ne semblons pas réaliser que notre moi futur se tournera lui aussi vers le passé et en viendra aux mêmes conclusions que nous. Il trouvera lui aussi qu’il n’est plus la même personne et que les changements ont été majeurs. Où que l’on se trouve sur notre ligne de vie, nous sommes toujours convaincus que la version  actuelle représente la version définitive de notre personne, même si cela est complètement faux.

Croire que la version présente est celle qui a atteint le sommet de l’évolution personnelle est agréable et nous nous sentons accomplis en pensant de cette manière. Réaliser que nos préférences sont souvent transitoires pourrait nous amener à questionner chaque décision et être une source d’anxiété. Nous préférons donc voir l’expérience acquise comme une source de satisfaction et de croissance, sans considérer que le processus se poursuivra dans le futur.

Ce phénomène est un point important à prendre en considération lorsque l’on fait des plans pour le futur, comme pour la retraite par exemple. J’ai toujours pensé que je voudrais passer ma retraite sur la route, à voyager dans un véhicule récréatif, sans domicile fixe. En vieillissant, je réalise que je deviens plus casanière et que j’ai souvent hâte de revenir dans mes choses à la maison.

Sans rejeter ce rêve, je prends maintenant en considération que je préférerai peut-être un jour avoir un pied à terre quelque part, tout en continuant à voyager. Je prévois donc de garder des fonds pour l’achat éventuel d’un petit condominium alors que mon moi passé croyait que la vie de bohème serait toujours son vœu le plus cher.

La réalité est que nous changeons tout au long de notre vie et que cela continuera jusqu’à notre dernier souffle.

 

Prévoir, c’est à la fois supputer l’avenir et le préparer ; prévoir, c’est déjà agir.   –  Henri Fayol
On ne peut prévoir les choses qu’après qu’elles sont arrivées.   –   Eugène Ionesco

 

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Commentaires

  1. Gabrielle a écrit:

    Tout d’abord merci de cette illustration de la montre molle de Dali, un artiste que j’apprécie beaucoup.
    En ce qui concerne nos changements de vision de la vie, ceci est en partie dû aussi que le cerveau n’est pas indissociable de notre corps qui change ou plutot qui vieillit. J’ai aussi des rêves de nomadisme jusqu’à meme avoir le regret de ne pas être née dans une famille de cirque ambulant! D’ailleurs aujourd’hui encore je suis attirée par les « hotels » qui offrent des nuités en roulotte aménagées mais immobiles. Le temps passe, moi qui criait haut et fort que je n’étais matérialiste, j’avoue à présent avoir besoin d’un certain confort, non par pas snobisme mais par nécessité physique. Le temps passe, la forme physique aussi et je pense que ça met des freins dans nos choix, meme si on a du mal à l’accepter. Aujourd’hui aussi je rêve de voyager à la retraite, mais je prévois un pied à terre alors qu’au départ on voulait partir faire un tour du monde sans connaitre la date de retour, j’ai besoin de savoir maintenant le lieu de retour. Et demain???

    • C’est très vrai que le besoin de confort augmente avec l’âge, principalement pour accommoder un corps vieillissant. Nous changeons aussi mentalement et je trouve que nous devenons moins spontanés et moins portés sur l’improvisation. C’est pourquoi nous devons garder à l’esprit que même nos rêves les plus ancrés pourraient changer au fil des années.

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