L’esprit de contradiction

dilemne

J’ai lu cette semaine un article dans le journal La Presse, où on avait demandé à la chroniqueuse de partager ses contradictions. Je trouve l’exercice amusant, alors voici mes propres contradictions, dans tout ce qu’elles ont d’illogiques.

Comme chacun le sait, j’adore les animaux et je ne ferais pas de mal à une mouche. Pourtant, je mange de la viande, sans trop de problèmes de conscience. Je n’aurais pourtant aucun mal à être végétarienne. Je l’ai été, un peu forcée par les circonstances, pendant près de trois ans lors de mon premier séjour dans le Grand Nord.

Les Inuits aiment la viande grasse, très grasse même. Au début, j’ai acheté de la viande à l’occasion, mais c’était incroyablement gras. Je devais égoutter le bœuf haché à la passoire, comme pour des spaghettis! Les côtelettes contenaient aussi plus de gras que de viande.

Certains compagnies payaient pour que leurs employés fassent venir leur épicerie par avion de Val d’Or ou Montréal, mais pas la mienne. Je l’ai tout de même fait à deux ou trois occasions, mais le prix était vraiment prohibitif. J’ai donc modifié mon alimentation durant ces trois années. Je ne mangeais de la viande que lorsque je sortais du Nord pour aller en vacances. Le reste du temps, je mangeais du riz, des haricots, des pâtes, du fromage et des œufs. Les légumes et les fruits coûtaient un prix fou, mais il y en avait à l’occasion. C’est durant cette période que mon poids a été le plus santé, sans effort et sans rien calculer.

Lorsque je lis des articles ou que je vois des reportages sur le traitement des animaux, tels que bœufs, poules et porcs, je trouve que leurs conditions de vie sont épouvantables. Ils sont confinés dans des espaces clos minuscules, ils ne peuvent presque pas bouger et on les engraisse en accéléré.

On admet que pour une personne qui dit adorer les animaux, cela devrait m’interpeler plus que cela ne semble le faire. Mon excuse actuelle est que Tendre Moitié adore la viande, il a déjà tenu une charcuterie/fromagerie!

Je crois que dans un ou deux siècles, la viande sera une chose du passé. Les questions éthiques, en plus des problèmes environnementaux et économiques qu’engendre l’élevage, feront que les humains serons probablement tous végétariens. Peut-être dégusteront-ils des substituts de viande, mais on ne tuera plus d’animaux pour nourrir la population.

Disons, que dans mon futur, il y a une réelle possibilité que je choisisse pour de bon le végétarisme. Voici une anecdote en passant, qui date du temps où Charmante Ado avait sept ou huit ans. Un jour en rentrant de l’école, elle m’annonça très sérieusement qu’elle voulait devenir végétarienne. Je lui répondis : ‘’Super ma chérie, mais tu commenceras demain car les côtelettes sont prêtes’’. Elle alla bien sagement manger son repas et je n’en entendis plus jamais parler.

Une autre de mes contradictions, toujours en rapport avec les animaux, est que je vais parfois au zoo, ou dans des endroits comme Marineland. Il n’y a rien de plus beau qu’un animal en liberté, mais nous n’aurions jamais l’occasion de voir des lions, éléphants, dauphins ou baleines, s’il n’y en avait pas en captivité.

Pourtant, lorsque je visite ces endroits, je me dis que ce n’est pas naturel comme vie, qu’ils seraient mieux en liberté. Nous avons une vision quelque peu idéalisée de la liberté où tous les animaux sont en parfaite santé et bien nourris. Je ne crois pas que cela soit toujours le cas.

Je peux rationaliser l’existence de ces endroits en me disant que ces animaux sont nés en captivité et n’ont jamais connu la liberté. Il y a aussi le fait que certains animaux sont des espèces menacées et que la captivité permettra peut-être d’empêcher leur disparition, pourvu qu’on arrive  à ce qu’ils se reproduisent.

Est-ce que Charmante Ado ou moi-même aimeraient autant les animaux si nous ne les avions pas vu en chair et en os? Je ne sais pas. Peut-être que la technologie sera assez avancée un jour pour que nous puissions observer les animaux dans leur cadre naturel, mais à distance, sans troubler leur liberté.

J’imagine un futur où des caméras pourraient nous montrer des dauphins ou des baleines dans la mer, en direct, alors que nous serions dans le confort de notre salon. Nous n’aurions plus d’intervention directe avec eux, mais nous pourrions tout de même les observer. On peut rêver.

Une dernière petite contradiction dans ma manière de vivre. Mon idéal serait d’habiter dans un endroit où je pourrais tout faire à pied ou à vélo et où je n’aurais pas besoin de voiture. Au lieu de cela, j’habite dans un milieu semi rural, presque la campagne, où, non pas un, mais deux véhicules sont essentiels. Il n’y a pratiquement pas de transport en commun et il n’y a pas vraiment moyen de circuler en vélo, car les routes sont trop dangereuses.

Je me console en me disant que c’est temporaire, que lorsque Charmante Ado aura grandi et quitté le nid, il ne devrait nous rester qu’un chat ou deux, et nous pourrons alors nous installer dans un lieu plus propice au vélo, à la marche et aux transports en commun. Pour le moment, les animaux nous gardent loin de la ville.

L’important avec nos contradictions, c’est de les assumer et de comprendre que rien n’est tout à fait noir ou tout à fait blanc. Cela nous permettra d’être plus indulgents face aux contradictions que l’on voit chez les autres.

Tout être humain a le droit d’être en contradiction avec lui même.   –    Amélie Nothomb
Essayer coûte que coûte de n’être qu’un, c’est ignorer nos propres contradictions et vivre dans le mensonge. Alors qu’en exprimant nos contradictions, nous ne nous en portons que mieux !   – Norman Mailer

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