Les affaires sont les affaires

Argent contre le peupe

Il est  parfois très difficile de discerner ce qui est juste ou injuste. Dans le cas qui me préoccupe, ce n’est pas un problème.

Mon père a travaillé trente-trois ans pour une certaine compagnie. Il avait un bon régime de pension et a pu avoir une bonne retraite. Mon père étant décédé en 2009, ma mère reçoit maintenant une rente de conjointe survivante, amputée de 40% du montant précédemment alloué.

La mort d’une personne ne diminue pas toutes les dépenses d’un couple en deux. Les taxes municipales, le chauffage, l’électricité, tout cela coûte le même montant pour la personne qui reste. Il n’y a que la facture de nourriture qui est maintenant moins élevée. Ma mère a ajusté ses dépenses et arrive à joindre les deux bouts quoique avec un peu de difficultés.

Mon frère a travaillé pour la même compagnie que mon père pendant trente-cinq ans. Sa retraite est prévue pour le 31 décembre, dans un peu plus d’un mois.

La compagnie s’est mise sous la protection de la Loi sur les arrangements avec les créanciers il y a plusieurs mois et ferme  « temporairement » dans quelques jours. Il y a un gigantesque trou de centaines de millions de dollars dans le régime de retraite. La compagnie est à vendre et un acheteur est intéressé mais le dit acheteur refuse d’assumer le plan de retraite et demande qu’il soit tout simplement aboli.

Si nous laissons ces « géants » de la finance et de la conscience morale à leurs petites magouilles et regardons plutôt l’effet que cette nouvelle a concrètement sur ma petite famille.

Si rien n’est fait et que la compagnie ferme ou est achetée par cet acheteur qui n’assumera pas le régime de retraite, ma mère perdra un autre 40% de sa rente mensuelle. Elle ne pourra tout simplement pas arriver à joindre les deux bouts. Elle a soixante-seize ans et elle est en très bonne santé.  Elle avait de très beaux projets avec mon frère et sa femme,  de voyages et de soleil dans le Sud .

Pour mon frère, c’est encore pire. Il perdra 50% de sa rente de retraite, soit la part de l’employeur. Je ne lui en ai pas encore parlé car nous attendons le dénouement, mais je doute que ses projets de retraite restent inchangés. De plus il a développé un grave problème de santé qui, s’il n’est pas fatal, handicape fortement sa vie de tous les jours et qui prendra encore plusieurs mois à être traité.

C’est une société vraiment désespérante que la nôtre. L’honneur et le respect des lois et des ententes ne veulent plus rien dire. On fait travailler des gens pendant des décennies dans des conditions vraiment difficiles à faire des tâches rebutantes en leur promettant une belle retraite. Puis, au moment de leur donner la carotte qui les a gardés bien tranquilles pendant toutes ces années, et bien, on enlève la carotte et on dit qu’on n’a plus les moyens pour respecter nos engagements!

Bon, notre famille ne sera pas à la rue et il y a pire que nous. Ma mère qui est très indépendante va vendre sa maison et habiter avec nous quelques mois par année et le reste du temps avec mon frère. On va s’aider et passer au travers. Charmante Ado est ravie d’avoir sa mamie à domicile et nous qui habitons si loin, serons bien contents aussi de l’avoir avec nous. Le problème est qu’on demande à une personne de soixante-seize ans de quitter la ville où elle a habité toute sa vie parce qu’elle n’a plus les moyens de garder sa maison suite aux agissements de gens sans scrupule.

Un régime de retraite, c’est pour les retraités et ça ne devrait pas disparaître comme ça. Les employés ont souvent dû au fil des années faire des concessions lors des négociations avec l’employeur car ils avaient un « beau fonds de pension » et on leur disait alors qu’ils étaient bien chanceux d’avoir ça.

Ils ne l’auront jamais ce « beau fonds de pension » tant promis. Ils n’étaient peut-être pas si chanceux que cela finalement.

L’employeur met son argent dans les affaires et l’ouvrier y met sa vie. Le second a tout autant le droit que le premier de diriger ces affaires.  –  Clarence Darrow 

L’honnêteté dans les affaires consiste à posséder à son compte en banque l’argent qu’on refuse à ses créanciers.   –  Philippe Bouvard

Dans le titre: Les affaires sont les affaires.  –  George Colman

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Commentaires

  1. Barth a écrit:

    Bien dit ! C’est scandaleux !

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