Le plaisir d’écrire

blogue

Avec un peu plus de 300 articles écrits, la ligne d’arrivée est visible et atteignable concernant mon objectif de publier un article par jour durant un an.

Comment mesurer mon succès? Si je me fie aux statistiques de fréquentation de mon site, l’expérience est décevante. J’ai quelques dizaines de lecteurs fidèles et la plupart des gens qui atterrissent sur mon site par hasard y passent au moins quatre minutes et y reviennent par la suite. Tout cela est positif.

Par contre, le lectorat n’augmente pas vraiment, en grande partie parce que le site n’est pas connu, ni publicisé. Je comptais sur le bouche à oreille mais en cette ère où les blogues pullulent, le choix est tout simplement trop grand.

Je réfléchissais sur ce point hier, lorsque j’ai révisé la liste des blogues que je lis régulièrement. J’ai longuement hésité à supprimer un blogue que je consulte depuis plusieurs années, mais je l’ai finalement enlevé de ma liste, car je n’ai pu me rappeler d’un seul article intéressant dans les derniers six mois.

Les goûts et les besoins changent, et avec eux, la liste de blogues que nous suivons, évolue. Il est possible de trouver un blogue sur à peu près n’importe quel sujet de nos jours et beaucoup sont très bien écrits et intéressants. Hier, j’ai découvert un blogue écrit par une jeune femme médecin qui travaille aux soins intensifs. Ses articles sur la fin de la vie sont simplement époustouflants.

J’ai vécu plusieurs années aux États-Unis, je regarde souvent la télé en anglais et je préfère aussi lire les livres en anglais plutôt qu’une traduction française. À la longue, je trouvais que la qualité de mon français écrit avait déclinée. J’hésitais lorsque venait le temps de conjuguer correctement un verbe et il m’arrivait de chercher le mot juste pour exprimer une idée.

L’idée d’écrire un blogue était en partie issue du désir de replonger dans la langue française et de retrouver mes repères, les nuances et les règles pour mieux écrire. Je me disais qu’avec une telle discipline à écrire un article d’environ 700 mots en moyenne par jour, je ne pouvais que m’améliorer.

Effectivement, je n’ai plus à m’interroger sur la grammaire lorsque j’écris et la fluidité est revenue. On dit que cela prend 10 000 heures de pratique pour devenir un expert. Je ne crois pas que l’on puisse devenir un expert en écriture créative, mais je calcule que j’ai consacré environ 1 000 heures d’écriture sur ce blogue, à raison d’environ trois heures par jour. Je ne crois pas avoir écrit un article en moins de deux heures, et plusieurs m’ont demandé de cinq à sept heures chacun.

Côté discipline personnelle, un blogue quotidien est un formidable outil, qu’on soit lu ou non. Cela m’a montré qu’on peut persévérer même en l’absence de récompense immédiate ou tangible.

Un autre de mes objectifs était de laisser quelque chose de moi à ma fille. Je n’ai qu’un enfant et Tendre Moitié et moi n’avons pas une grande famille. Nous avons eu Charmante Ado à un âge plutôt avancé et il est vraisemblable qu’elle ne gardera pas ses parents aussi longtemps que les gens de son âge.

Ce qui survit de nous est en partie le souvenir que les gens gardent de nous et la fréquence à laquelle ils parlent de nous avec d’autres. Nos familles respectives étant plutôt petites, Charmante Ado n’aura pas beaucoup d’occasions de discuter avec des gens qui nous aurons connus.

Je me disais donc qu’un blogue portant sur mes préoccupations, mes intérêts, mes questionnements,  assaisonné de quelques articles sur notre vie de tous les jours, pourrait être un genre de legs, une tranche de notre vie comme famille, quelque chose qu’elle pourrait relire plus tard et montrer à ses enfants et petits-enfants éventuels.

J’ai donc amélioré ma grammaire et je laisserai un épisode de notre téléroman familial en héritage. C’est déjà pas mal. Examinons maintenant la question de la popularité du blogue.

Premier obstacle majeur à devenir connue, l’anonymat. Je crois sincèrement que mon identité importe peu et qu’elle n’apporterait rien de plus au contenu. Par contre, j’aurais pu utiliser un nom d’emprunt moins évident qu’Opus et les gens auraient pensé que c’était mon nom véritable. En fait, Opus est un surnom qui remonte aux premiers échanges par courriel, entre Tendre Moitié et moi, avant même qu’on ne se rencontre. J’y tiens particulièrement car il fait partie de mon identité et de notre relation. Tendre Moitié ne m’appelle jamais par mon prénom, il utilise toujours  affectueusement ‘’Opus’’ ou ‘’Pingouin’’, même en public. Pour ceux qui n’auraient pas lu l’histoire de notre rencontre, Opus est un pingouin issu d’une bande dessinée intitulée Bloom County, datant des années 1980.

J’ai une relation très ambivalente avec la popularité. D’un côté je voudrais être lue, mais de l’autre, je veux préserver ma vie privée.  Je crois que ma peur principale est la peur des critiques et du rejet. Je pense être capable de gérer le rejet si je garde une certaine frontière entre les lecteurs et moi, mais j’ai peur des attaques personnelles. Pourtant, je n’ai eu aucune critique négative depuis que j’écris ce blogue et je n’ai pas souffert de la présence de ce qu’on appelle des trolls, des gens qui cherchent à semer le trouble sur un blogue. Il est vrai que je passe encore complètement sous le radar et qu’il est difficile de commenter sur quelque chose dont on ne connaît même pas l’existence.

Est-il futile d’écrire des mots qui sont très peu lus? Je crois de plus en plus que la récompense est d’écrire et non pas d’être lu. Il faut aimer l’acte d’écrire lui-même et en retirer une certaine satisfaction pour persévérer pendant un an, à tous les jours. La popularité est une autre récompense, mais elle ne vient qu’après, et peut-être même jamais. Écrire pour être lu peut entraîner une foule de compromis sur le contenu et la profondeur de nos écrits. Écrire pour le plaisir d’écrire est plus libérateur en ce sens que l’on ne se cantonne pas dans un sujet niche qui a pour but d’attirer les foules ou de susciter l’intérêt.

Voilà où j’en suis dans mes réflexions sur l’écriture. Je ne vous parle même pas de ma relation avec la possibilité d’écrire un roman et d’essayer de le faire publier.  En admettant avec un peu de présomption, que je possède le talent nécessaire à mener une telle entreprise à bien, j’entrevois de nombreux écueils à sa réalisation. Comment faire la publicité d’un livre avec un auteur qui ne veut faire ni entrevue (télévisée, radiophonique ou presse écrite) ni séance de signature d’autographes, ni rien de ce qui est prévu pour le marketing d’un ouvrage? Je crois définitivement que si je mène ce projet à échéance, ce sera un livre numérique, auto publié.

Entre temps, je vais continuer sur ce blogue tant que le plaisir d’écrire sera au rendez-vous.

Il ya autant d’immodestie à écrire pour les autres que l’illogisme à n’écrire que pour soi.   –   Philippe Bouvard

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Commentaires

  1. Bonjour Opus,

    Rien à dire, je me retrouve beaucoup dans tes interrogations personnelles vis-à-vis de toi et de ton blogue. Je sais combien de temps et d’effort cela prend pour écrire un article soigné, et en fait cela m’a fait me demander si tu as un travail à temps plein? Parce que soutenir le rythme d’enfer que tu tiens depuis presque 10 mois demande vraiment beaucoup d’énergie et de temps…

    Cela n’est pas étonnant de vouloir être lue. J’aime le passage où tu parles de « leg » à ta fille. Juste pour te dire, j’ai fait mettre à jour mon testament avant de partir en vacances et j’y ai couché mon blogue, à l’intention de mes enfants. J’y tiens, il contient des points sur moi, sur ma perception de la vie et des autres; je voudrais que mes enfants me lisent un jour, quand ils seront en mesure de comprendre. C’est une partie de moi qui est là.

    Un blogue dans notre cas, c’est un peu aussi comme un enfant qu’on met au monde. On s’y investit, on le voit grandir, grossir, on y laisse une trace de soi (dans notre cas je considère qu’elle est très profonde parce qu’elle est vraie). J’ai noté un jeu-ne-sais-quoi dans le ton de ton billet… plus que de la déception, une sorte de tristesse, à ne pas être lu. Je t’ai peut-être mal perçu, ce n’est peut-être pas de la tristesse (ou même de la lassitude?)… Une chose est sûre, je te lis régulièrement et j’y prends du plaisir donc, même si ce n’est que pour moi ou pour un tout petit nombre de personnes, je peux te confirmer que ton blogue a vraiment une raison d’être 🙂 Je me sens privilégiée de pouvoir te lire, et je suis bien contente d’avoir fait ta connaissance virtuelle. Assure toi simplement de faire des back-ups réguliers, histoire de ne pas perdre ce superbe témoignage d’une tranche de vie qui est la tienne 😉

    Je sais que ton blogue ferait fureur parmi les internautes français. Cependant, pour recevoir il faut aussi donner et tu aurais plus de lecteurs assidus si tu installais un « blogroll » sur ton blogue, une liste des blogues que tu parcours régulièrement. Tu pourrais faire des échanges de liens. Ce n’est pas pour rien qu’on appelle le net « la toile ». Il s’agit d’une immense toile d’araignée virtuelle. Plus tu auras de liens vers ton site et plus tu auras de visiteurs. Ce n’est pas sorcier et dans ton cas tu écris tellement régulièrement et bien, Google ne peut que t’aimer 🙂

    Quoiqu’il en soit, je souhaite longue vie à Opus Secret!

    • Wow, un gros merci pour ce magnifique billet. Oui, j’ai un emploi à temps plein, mais comme travailleur autonome. Tendre Moitié travaille beaucoup sur la route et moi, je fais le travail administratif ainsi que l’informatique. Je travaille principalement de la maison et j’adore cela.

      Non, il n’y a pas de tristesse, une légère déception, tout au plus, assaisonnée d’une certaine fatigue avec le retour de la routine de la rentrée scolaire. Le fait d’être aussi motivée par l’envie de laisser quelque chose à ma fille m’encourage grandement à persévérer, même si peu de gens me lisent.

      J’aime bien l’idée d’un blogroll, mais je ne lis pour ainsi dire pas de blogues en français, à part le tien! C’est vrai que je pourrais m’y mettre, essayer d’en découvrir quelques uns et ajouter ceux que j’aimerais par la suite. C’est une super idée et tu as raison, on ne vit pas en vase clos. Tu seras la première tout en haut! Merci!!

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