Le goût du risque

 cerveau

Les adolescents sont différents, ce ne sont plus des enfants mais ils ne sont pas encore des adultes. Lorsque l’on vit avec un adolescent, il est facile de constater que nous sommes en présence d’une personne en plein développement vers l’autonomie, avec des réactions parfois incompréhensibles.

Ce qui se passe dans le cerveau des ados est unique à cette période. On ne retrouve pas les mêmes processus, ni durant l’enfance, ni à l’âge adulte.

Notre cerveau est équipé d’un centre de la récompense, qui s’illumine avec la présence de dopamine, produite lorsque nous trouvons quelque chose excitant, intéressant ou agréable.

Une étude démontre que le cerveau des adolescents ne peut retirer du plaisir des choses qui ne sont que légèrement ou moyennement gratifiantes.

Docteur Adriana Galvan de UCLA, a réalisé une étude avec des participants divisés en trois groupes; enfants, ados et adultes. Elle leur a fait jouer un jeu  vidéo de pirates alors qu’ils étaient connectés à une machine IRM (Imagerie par Résonance Magnétique). Le but du jeu était d’amasser le plus de pièces d’or possible. Les récompenses étaient une pièce d’or, une pile de pièces d’or ou une marmite remplie d’or.

Lorsque les enfants jouaient, leur cerveau s’illuminait pour toute récompense reçue, de l’unique pièce d’or à la marmite, sans distinction. Nous avons tous pu constater que les enfants s’enthousiasment et s’excitent pour la moindre chose et ne sont pas difficiles  à combler ou  à satisfaire.

Chez les adultes, le cerveau s’illuminait en proportion de la grosseur de la récompense, Plus la récompense était grande, plus il y avait une activation du centre du plaisir dans le cerveau.

Chez les adolescents cependant, leur cerveau réagissait de façon différente. Il ne s’activait que pour la plus grande récompense, la marmite. Par contre, leur cerveau réagissait beaucoup plus fortement à cette récompense que celui des enfants et des adultes en démontrant une plus grande activité. À l’occasion, les récompenses moindres allaient même jusqu’à provoquer une baisse en dessous de la ligne de référence dans le centre du plaisir.

Cela confirme ce que l’on peut noter en regardant le comportement des jeunes adolescents. Ils ont tendance à réagir très fortement aux événements, qu’ils soient positifs ou négatifs, souvent de façon disproportionnée aux yeux d’un adulte.

Pour les jeunes, il semble que si ce n’est pas le gros lot, cela ne vaut pas la peine.  Cela rend les ados particulièrement sujets à s’ennuyer, car seules les grandes émotions ou récompenses sont jugées satisfaisantes. Ils nous semblent même parfois blasés de la vie.

Docteur Glvan a noté que cette réponse du cerveau chez les adolescents, est la même que l’on retrouve chez les drogués qui ne peuvent être stimulés par de faibles doses et qui demandent des doses de plus en plus grandes pour en retirer du plaisir.

Pour un ado, quels sont les choses qui activent la sensation de plaisir? Il y aurait le risque, les choses excitantes ou dangereuses et l’interaction sociale avec leurs pairs.

Docteur Abigail Baird de l’Université Vassar a réalisé deux études sur le sujet. Dans la première, les ados devaient dire si une idée était bonne ou mauvaise. La liste de questions incluait des idées comme nager avec des requins, sauter du haut d’un toit  ou mordre dans une ampoule électrique.

Les ados ont donné les mêmes réponses qu’un groupe contrôle d’adultes. Toutefois, les adultes ont répondu beaucoup plus rapidement que les ados, de façon presque instinctive. Les ados eux, ont pris le temps d’y penser avant de répondre, comme s’il était possible que ces idées puissent être de bonnes choses à essayer.

Selon le Docteur Baird, le manque de réponse automatique des ados provient du fait qu’ils n’ont pas l’expérience des adultes et doivent par conséquent réfléchir à chaque suggestion d’idée.

C’est pourquoi nous sommes parfois exaspérés de constater un comportement et d’avoir à demander à notre ado comment il a  pu penser que son geste puisse être une bonne idée. Il semblerait que notre ado sait de façon abstraite qu’une idée est mauvaise, mais il ne le saisit pas émotionnellement et le cerveau humain réagit plus aux émotions qu’aux concepts abstraits lorsque le moment vient d’inhiber un comportement.

D’une part les ados prennent de grands risques et recherchent la plus grande récompense possible, De l’autre côté, ils sont souvent facilement embarrassés, gênés et timides.

Dans une autre étude, le docteur a posé une panoplie de questions à des adolescents, allant du genre de musique qui leur plaisait jusqu’à questionner ce qu’ils aimaient faire comme activités. Elle les a informés que leurs réponses seraient affichées au hasard à un groupe répondant aux mêmes questions en ligne. En réalité, ce deuxième groupe n’existait pas, mais on montrait aux jeunes de fausses réponses provenant de ce groupe imaginaire, ce qui les amenait à croire que l’autre groupe pouvait aussi voir leurs réponses.

Cette fois aussi, le cerveau des ados a été étudié via l’imagerie à résonance magnétique (IRM). Les résultats ont été fascinants. Le seul fait de croire que leurs préférences seraient affichées à un auditoire a fait s’activer et s’illuminer une région du cerveau qui signale le danger et la détresse.

Tout en recherchant le danger, les ados ont aussi intensément besoin de l’approbation de leurs pairs. Certains n’hésiteront pas à faire le clown en classe ou à conduire dangereusement si l’approbation de leurs amis est présente.

Plus le niveau de dopamine est élevé, plus un adolescent sera porté à croire qu’un comportement risqué qui s’est bien terminé (une balade à haute vitesse par exemple) en valait le coup.

Un autre exemple est la récompense sociale face aux copains lorsqu’un jeune reste dehors passé son couvre-feu, qui éclipsera la conséquence de cette infraction aux règles, une fois de retour  la maison. Les jeunes voient les récompenses comme étant beaucoup plus grandes que les conséquences potentiellement négatives.

Si nos enfants ne changeaient pas et voyaient toujours les interactions avec leurs parents comme la marmite d’or, ils ne deviendraient jamais autonomes et ils ne nous quitteraient jamais pour faire leur vie. Ils sont programmés pour chercher l’approbation de leurs pairs et prendre des risques durant cette période de leur vie. C’est ainsi qu’ils apprennent. Nous sommes là pour éviter qu’ils aillent trop loin, en leur donnant des règles et en les guidant vers l’âge adulte.

Donc, finalement, nous voulons qu’ils soient comme cela, imprévisibles et grognons, peu impressionnables et blasés, mais seulement pour un laps de temps. Ils sont en train de découvrir qui ils sont et la prise de risque et les contacts sociaux sont une grosse partie du processus.

Il faut savoir tirer la leçon des erreurs commises par les autres. On risque de ne pas vivre assez longtemps pour pouvoir les faire toutes soi-même !   –   Sam Levenson 
L’inconscience est l’apanage de la jeunesse, mais elle ne se justifie que dans la mesure où le but vaut le risque qu’on encourt.    –   Alice Parizeau

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