Le contrôle et la tentation

désir

J’ai lu aujourd’hui un article fascinant sur ce que l’auteur appelle le point charnière. Le Dr Marc Lewis, un neuroscientifique, appelle point charnière ce moment où l’on est prêt à céder à une envie ou à une tentation, alors que l’on s’est astreint à un contrôle de soi pendant une certaine période auparavant. C’est l’instant où l’on franchit le pas vers l’abandon, où l’on sait que l’on va céder même si on se dit depuis des heures que l’on saura résister.

C’est un sentiment très particulier. Durant ce moment, nous ne pensons à rien, nous n’imaginons pas la suite, c’est plutôt comme un sentiment de chute libre où nous sommes soustraits à la gravité de notre manuel de règlements personnels.

Nous passons alors du sentiment de contrôle à celui de liberté. Il arrive que ce moment soit à peine conscient et parfois il survient longtemps avant que nous réalisions pleinement que nous nous sommes irrémédiablement engagés vers la voie aboutissant à la tentation.

Lorsque nous sentons que notre décision s’affaiblit après avoir désespérément gardé le pied enfoncé sur les freins, nous ressentons parfois l’inévitabilité de flancher encore une fois. Juste le fait de se dire que nous nous sentons fléchir revient souvent à dire que nous ne pouvons pas nous arrêter, que nous allons succomber. Que ce soit pour une diète, de l’alcool, des drogues ou autres, nous perdons confiance que nous arriverons à nous contrôler.

En psychologie depuis une dizaine d’années, on parle aussi de la panne sèche du contrôle de soi. J’en ai discuté dans un article précédent. Cela survient lorsque nous essayons de supprimer ou d’inhiber une tentation de manière continuelle pendant quelques heures et que nous vidons complètement notre réservoir de contrôle de soi. Ce réservoir se vide de son énergie après avoir été sollicité de manière intensive pendant plusieurs heures et il restera vide jusqu’à ce que nous puissions nous reposer et le remplir à nouveau.

Lorsque nos atteignons notre point charnière, ce n’est pas seulement comme une branche cédant sous notre poids. Il y aussi un sentiment d’excitation, d’anticipation, de liberté et de soulagement, durant un court instant. Nous ne combattons plus nos démons, nos n’essayons plus d’être notre moi idéal. Plus tard la déception d’avoir cédé nous envahira, mais durant le point charnière, nous ressentons définitivement un certain soulagement et une libération de toutes ces contraintes que l’on s’est imposées.

Un autre facteur qui entre en ligne de compte lorsque nous tentons de résister à une tentation est le « retard d’actualisation». C’est notre incapacité à résister à la tentation d’une petite récompense immédiate alors que nous pourrions recevoir une récompense plus importante à une date ultérieure.

Si nous sommes incapables de retarder une récompense de manière constante et que nous préférons toujours la récompense immédiate de moindre valeur, nous faisons marque d’impulsivité. La dopamine dans notre cerveau souligne la désirabilité des gains à court terme et des plaisirs immédiats. Elle ne se soucie pas du tout des bénéfices à long terme.

Voilà pourquoi il est difficile de respecter une diète dans la vie de tous les jours même si nous savons qu’il y aura un bénéfice certain à long terme. La tentation est présente dans le moment présent, elle est très insistante et la récompense est rapidement accessible la plupart du temps. Lorsque nous sommes fatigués, las de nous battre avec nous-mêmes en essayant de résister, nous aurons tendance à céder au plaisir disponible le plus tôt possible.

Les solutions à ce problème sont évidemment d’éviter autant que possible de se battre avec soi-même. Il faut fuir ou prévenir toutes les situations qui pourraient nous amener dans un moment de fatigue, à flancher et à céder à la tentation. Il faut donc mettre des barrières entre nos tentations et nous-mêmes, refuser de les laisser entrer chez soi ou éviter de se retrouver dans des lieux qui menaceront notre contrôle de soi.

Nous avons beaucoup de mécanismes cérébraux qui ne jouent pas en notre faveur dans notre lutte pour atteindre un but. Un réservoir de contrôle de soi qui se vide à l’usage, la dopamine qui nous pousse vers la satisfaction immédiate au lieu de voir à long terme. Par contre, la détermination et le bon sens peuvent venir à bout de tous ces obstacles. Comprendre comment l’être humain fonctionne, pense et réagit nous permettra de combattre à forces égales.

Je peux résister à tout, sauf à la tentation.    –    Oscar Wilde 
Discuter avec la tentation, c’est être sur le point d’y céder.     –   Miguel de Unamuno

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