Le compliment facile

            féliciter

Nous avons le compliment facile dans la société d’aujourd’hui. Nous évitons de critiquer nos enfants et les complimentons et les couvrons de félicitations à tout moment. De 1970 à 2000, plus de 15 000 articles scientifiques ont été écrits sur le sujet de l’estime de soi. Les conclusions des études étaient souvent contradictoires ou peu concluantes.

En 2003, l’Association for Psychological Science demanda au Docteur Roy Baumeister, un ardent défenseur de l’estime de soi, d’analyser  tout ce qui avait été publié sur le sujet. Son équipe conclut que la majorité des études ne rencontraient pas les standards scientifiques, seulement 200 études sur les 15 000 études analysées respectaient la rigueur scientifique.

Le docteur  Baumeister en est venu à la conclusion qu’avoir une haute estime de soi n’améliorait pas les résultats scolaires ou le succès dans une carrière. Cela ne diminue pas l’usage de l’alcool, ni ne réduit la violence. En fait, il existe de nombreuses personnes très agressives qui ont une très haute opinion d’elles-mêmes, ce qui détruit quelque peu la théorie que les gens sont agressifs pour pallier à leur faible estime de soi. Le docteur Baumeister a mentionné que les conclusions de son analyse ont é té la plus grande déception de sa carrière.

Une étude réalisée par Carol Dweck à l’université Columbia, a démontré que les louanges dont on couvre nos enfants peuvent avoir l’effet opposé à celui auquel on s’attendait.

L’étude s’est déroulée dans quatre classes de cinquième année de la ville de New York. Dans chaque classe, un élève a été choisi et retiré de la classe pour subir un test de quotient intellectuel non verbal. Le test consistait en une série de problèmes assez faciles, afin que tous les enfants soient capables de les compléter.

Une fois le test terminé, les chercheurs faisaient part à l’enfant du résultat obtenu et lui donnaient une phrase de louange. Il y avait deux types de louanges. La première soulignait leur intelligence : ‘’Tu dois être doué pour ce genre de test’’. L’autre phrase s’appuyait sur leur effort : ‘’Tu dois avoir travaillé vraiment fort à ce test’’. Le hasard déterminait qui recevait quelle phrase et cela n’avait aucun rapport avec le résultat obtenu.

Par a suite, les élèves eurent la possibilité de choisir leur test pour la deuxième partie de l’exercice. Il pouvait choisir un test plus difficile que le premier, mais les chercheurs indiquaient aux enfants qu’ils apprendraient beaucoup en essayant de compléter ce test. L’autre choix était un test aussi facile que le premier.

Les enfants chez qui l’on avait souligné l’effort choisirent à 90% de faire le test le plus difficile.  Ceux dont on avait vanté l’intelligence choisirent en majorité le test facile.

Lorsque nous disons aux enfants qu’ils sont intelligents, nous leur disons en fait qu’ils doivent s’assurer de toujours avoir l’air intelligent et de ne pas prendre le risque de faire des erreurs , Ces jeunes ont donc choisi de conserver leurs acquis et de continuer à paraître intelligents plutôt que de risquer de ne pas bien réussir l’autre test.

Pour le troisième test, il n’y avait aucun choix et le test était difficile car il était conçu pour des enfants deux ans plus âgés. Tous les enfants échouèrent le test, mais ceux qui avaient reçu des compliments pour leurs efforts lors du premier test ont simplement conclu qu’ils ne s’étaient pas concentrés suffisamment sur ce test ci. Plusieurs déclarèrent même que c’était leur test favori. Les enfants qu’on avait qualifiés d’intelligents ont pour leur part ressenti leur échec comme une preuve qu’ils n’étaient pas intelligents du tout.

Le dernier test était aussi facile que le premier. Les enfants louangés pour leurs efforts améliorèrent significativement leurs résultats, d’environ 30% en moyenne, par rapport au premier test. Ceux à qui l’on avait dit qu’ils étaient intelligents, firent moins bien au dernier test, avec un résultat inférieur en moyenne de 20%.

Il semble qu’encourager un enfant en soulignant ses efforts lui procure un sentiment de contrôle, car il croit alors avoir une chance de réussir en y mettant la quantité d’efforts requis. Complimenter l’intelligence implique une variable que l’enfant ne peut absolument pas modifier et sur laquelle il n’a aucun pouvoir ou contrôle. Cela ne lui procure aucun moyen ou recette pour faire face aux difficultés ou à l’échec.

Un enfant à qui l’on dit sans cesse qu’il est intelligent ou brillant en vient à ne pas voir les mérites de l’effort car il croit être capable de voguer avec ses talents naturels.

Un commentaire à l’occasion soulignant qu’un enfant est doué ou intelligent n’est pas mauvais en soi, mais il est préférable de lui faire comprendre que le succès lui viendra de ses efforts et des leçons tirées de ses erreurs. Cette approche plus ciblée, en soulignant les efforts plutôt que le talent inné semble être ce qui motive vraiment les enfants et les poussent à apprendre et à s’améliorer.

Nous voulons que l’enfant apprenne que la meilleure manière de faire face à un échec est de faire plus d’efforts, plutôt que de simplement abandonner.

 

Le compliment exagéré est pire qu’une injure.      –    Proverbe persan 
L’homme qui fait beaucoup de compliments pervertit l’usage des paroles en leur ôtant toute leur signification.    –   Axel Oxenstiern

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