La réalité n’est qu’un point de vue

monde environnant

J’ai lu dernièrement sur un sujet fascinant, un concept appelé ‘’umwelt’’. Ce terme allemand signifie ‘’monde environnant’’.

Un biologiste, Jakob von Uexküll, a élaboré ce concept en 1900. Il cherchait un mot pour illustrer une observation simple mais souvent ignorée: dans un même écosystème, différents êtres vivants auront une réalité différente. Chaque espèce perçoit le monde extérieur d’une manière particulière; une tique, qui est sourde et aveugle, perçoit son monde à travers la température et l’odeur de l’acide butyrique. Chez la chauve-souris, ce sera les ondes de l’écholocation. Le monde de la tique sera imperceptible par la chauve-souris et vice-versa.

L’umwelt est donc la petite parcelle du monde qu’un organisme peut détecter. La réalité entière qui englobe toutes les parcelles se nommerait le ‘’umgebung’’.

Ce qui est intéressant dans cette théorie est que chaque organisme (en autant qu’il soit capable de s’interroger sur la question), assume que sa parcelle (son umwelt) est en fait toute la réalité objective qui existe. En effet, pourquoi essayer de concevoir ce que nos sens ne peuvent capter? Nous acceptons notre umwelt et ne fouillons pas plus loin.

Beaucoup de choses sont indétectables pour nous dans ce monde. Regardons le chien de St-Hubert (Bloodhound). Son long nez contient deux cent millions de récepteurs olfactifs. Son museau humide attire et capte les molécules d’odeurs. Les fentes dans le coin de chaque narine s’évasent pour laisser entrer plus d’air quand il renifle. Même ses longues oreilles tombantes se mettent de la partie lorsqu’elles traînent au sol durant un reniflage en faisant s’élever les molécules d’odeur sur leur passage. Tout son monde est centré sur l’odorat. Les humains ont un sens de l’odorat quarante fois moins développé.  Notre réalité olfactive est donc tout autre que celle du chien de St-Hubert. Alors que pour lui le monde est majoritairement composé d’odeurs, pour nous, les odeurs ne sont qu’une infime partie de notre réalité. Nous ne souffrons pas des odeurs absentes car nous ne pouvons les percevoir dans notre réalité.

Tant que nous n’étudions pas la capacité olfactive du chien de St-Hubert ou la réalité de tout autre organisme, il ne nous vient même pas à l’idée que notre conception de la réalité puisse être relative . Ce n’est que confrontés à la réalisation que d’autres espèces vivent et perçoivent la réalité différemment de nous, que nous pouvons imaginer que notre perception étroite de la réalité n’est en fait qu’une petite partie de ce qui existe réellement dans ce monde.

Prenons les rayons ultra-violet et infrarouges qui font partie du spectre électromagnétique. Les crotales (serpents à sonnettes) perçoivent les infrarouges et les abeilles utilisent les ultra-violets. Les humains par contre perçoivent seulement une infime partie du spectre électromagnétique.

Nous sommes inconscients des limites de notre umwelt. Les gens aveugles de naissance ne conçoivent pas la vision  car elle ne fait pas partie de leur réalité.  En fait, notre cerveau est conçu pour capter une très petite fraction de la réalité environnante. Nos sens sont suffisants pour nous permettre de survivre dans notre écosystème, mais ne nous permettent pas de voir la situation d’ensemble. Difficile d’imaginer un organisme capable de TOUT percevoir du monde physique.

Dans le fond, le concept de l’umwelt démontre l’idée de notre connaissance limitée, des informations inatteignables et des possibilités inimaginées. Cela nous permet d’entrevoir tout ce qui est non perceptible par nous et de réaliser que nous sommes extrêmement confinés par nos sens.

Bien sûr, la raison, la conscience et l’intelligence nous permet aussi de comprendre et de réaliser que nous ne percevons pas tout, contrairement aux autres organismes qui n’ont pas cette faculté et vivent dans une béate  ignorance.

Nous vivons donc tous dans des micro-réalités, conçues et limitées par nos sens et notre cerveau. Nous cohabitons avec des organismes qui ont une réalité tout à fait différente de la nôtre et ils peuvent même être inconscients de notre existence. Sommes-nous de même inconscients de l’existence d’organismes plus développés que nous, tant en intelligence qu’en perception sensorielle, tout simplement parce que nous ne pouvons pas les percevoir avec nos sens? Sommes-nous le proverbial poisson rouge du bocal pour une super espèce toute puissante de par sa capacité de tout percevoir?

Je vous laisse sur ce lien qui illustre bien notre relative importance dans l’Univers. Cette présentation a été réalisée par deux jumeaux de quatorze ans, Cary et Michael Huang de Californie. Ce n’était pas un projet scolaire, ils ont fait cela pour s’amuser !

The Scale of the Universe 2

Dans le titre: La réalité n’est qu’un point de vue.   –    Philip K. Dick
Le savant sait qu’il ignore.    –  Victor Hugo

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