La mémoire, une faculté qui choisit

souvenir

J’ai une très bonne mémoire et je peux fréquemment citer avec assurance comment chaque personne était habillée lors de tel ou tel évènement, même si des années se sont écoulées. Tendre Moitié lui a souvent tendance à regrouper deux évènements différents et à se rappeler quelque chose de complètement à l’opposé de mon souvenir pour le même évènement.

Lorsque nous puisons un souvenir dans notre mémoire, c’est un peu comme si nous faisions jouer une petite vidéo dans notre esprit. Nous voyons notre mémoire comme une bibliothèque de souvenirs figés qui ne changent jamais.

Il semblerait que cette vision soit fausse et qu’en vérité nous reconstruisons nos souvenirs chaque fois que nous nous rappelons un évènement. Nos souvenirs ne sont pas des vidéos clips entreposés à un endroit précis de notre cerveau comme le sont des fichiers sur un disque dur. Nos voies nerveuses s’activent chaque fois que nous nous rappelons un souvenir et le souvenir peut être différent de ce que nous nous rappelions précédemment.

Des choses qui se sont produites après l’évènement original peuvent modifier notre souvenir de ce premier évènement. Disons que l’on se rappelle d’une activité faite avec une amie de longue date. Ce souvenir sera plaisant et nous fera sourire chaque fois que l’on se le remémorera. Puis un jour, une grosse dispute éclate entre nous et nous cessons complètement de nous fréquenter. Des années plus tard, lorsque nous nous rappellerons du premier évènement, nous aurons tendance à y superposer des éléments qui n’existaient pas à ce moment là, comme de se rappeler que notre amie semblait distante envers nous ou qu’elle nous avait quelque peu ignorée. Les évènements subséquents viennent teinter notre souvenir initial.

Il nous arrive aussi de combler les trous dans notre mémoire avec des éléments inventés de toutes pièces. Au fil du temps, ces ‘’souvenirs’’ nous sembleront aussi réel que concrets. Imaginons une réunion de famille. Nous n’arrivons pas à nous souvenir de toutes les personnes présentes, mais comme notre tante préférée est habituellement présente à toutes ces réunions, nous nous ‘’rappelons’’ qu’elle était bien là lors de cet évènement. À partir de ce moment, notre tante fera toujours partie de notre souvenir de cette réunion, même si elle n’y était pas.

Elizabeth Loftus a été parmi les premiers chercheurs en psychologie à étudier la reconstitution de la mémoire. Elle a étudié les déclarations  de témoins oculaires et l’effet du langage sur la mémoire.

Lors d’une étude, elle a montré aux participants une vidéo d’un accident de voitures. Elle a ensuite posé une série de questions en rapport avec l’accident. Elle a modifié les mots de ses questions en demandant par exemple : « À quelle vitesse estimez-vous que la voiture roulait lorsqu’elle a frappé l’autre véhicule?’ ». D’autres participants se faisaient demander : « À quelle vitesse estimez-vous que la voiture roulait lorsqu’elle a écrasé l’autre véhicule? ». Elle demandait aussi aux participants s’Ils se rappelaient avoir vu du verre brisé.

Ceux à qui l’on avait demandé la question en utilisant le verbe écraser ont évalué que la voiture roulait à une vitesse plus élevée que ceux avec qui on avait utilisé le terme frapper. De plus, ceux avec qui on avait utilisé le terme écrasé se rappelaient avoir vu de verre brisé deux fois plus souvent que les autres.

Nos souvenirs seraient donc reconstitués et non figés dans le temps. Les mots utilisés sont importants, ils peuvent influencer les souvenirs des gens. Nous ne pouvons pas réellement nous fier à nos souvenirs car ils ne sont pas des modèles d’exactitude. Nous ne nous rappelons pas avec précision ce que nous, ou les autres, ont dit ou fait.

Le simple fait de ramener un souvenir à notre esprit, le modifierait subtilement. Un évènement mémorable comme l’attentat du World Trade Centre le 11 septembre. aura d’autant plus de chances d’être modifié dans notre mémoire, parce qu’on se le rappellera plus fréquemment. On y ajoutera des éléments qui sont survenus plus tard ou qu’on aura lu dans les journaux par la suite, tout en étant convaincus qu’ils font partie de nos souvenirs originaux du moment précis.

J’ai depuis très longtemps le souvenir d’être tombée au fond d’un trou ver l’âge de trois ou quatre ans et de mon grand frère qui me regardait, avant d’aller avertir mes parents. Ce souvenir est très clair, pourtant. Il semble bien que cela ne se soit jamais produit. Ni mon frère, ni mes parents ne se souviennent de cet évènement ni même de quoi que ce soit s’y rapprochant plus ou moins. J’ai fini par croire que j’ai rêvé cette histoire. Comme quoi, notre mémoire peut nous jouer des tours. La mienne n’est peut-être pas si bonne que cela après tout.

Dans le titre: La mémoire, une faculté qui choisit.   –   Laurent Laplante
Le bonheur, c’est une bonne santé et une mauvaise mémoire.   –   Inrgid Bergman
Se souvenir, c’est aussi inventer. La mémoire est l’art magique de la composition.    –   Hélène Grimaud

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