Faire un effet boeuf

viande synthétique

Les films de science fiction nous montrent souvent de la viande synthétique. Deux scientifiques essaient présentement de développer de la viande en laboratoire.

En Californie, il y a le professeur Patrick Brown, un adepte du véganisme depuis plusieurs années, qui tente de fabriquer des substituts de viande et de produits laitiers, dérivés de plantes. Il déclare que son but n’est pas de nourrir les végans mais d’offrir une alternative aux gens qui veulent de la viande.

Patrick Brown est un spécialiste de la génétique du cancer et il enseigne à l’université de Stanford. Il travaille sur ce projet depuis deux ans. Il veut ainsi réduire l’empreinte de l’humain sur la planète de 50%.

La consommation de viande est mauvaise pour l’environnement et les arguments moraux contre la mise à mort des animaux sont  soulevés de plus en plus fréquemment.

La biomasse totale du bétail sur notre planète est deux fois plus grande que celle de l’humanité toute entière. Nos cultures occupent 4% de l’espace utilisable, mais les pâturages pour notre bétail couvrent 30% de cet espace.

On s’attend à voir la population atteindre 9.5 milliards d’humains d’ici 2060. Le coût de la viande s’élèvera certainement lorsque la demande pour des terres de pâturages augmentera pour satisfaire les besoins en viande de la population.

L’autre scientifique travaillant sur ce défi est un chercheur de l’université de Maastricht, aux Pays-Bas. Il tente actuellement de faire pousser de la viande, sans utiliser l’animal lui-même.

Au tournant du siècle, un scientifique travaillant pour la NASA, Morris Benjaminson, a réussi à faire ‘’pousser’, cultiver serait un meilleur terme, un filet de poisson.

La technique utilisée par Mark Post consiste à prélever une lamelle de muscle d’un animal décédé. Même si cette méthode requiert tout de même de tuer un animal, en théorie, un seul animal suffirait pour produire des centaines de tonnes de viande. Nous n’aurions besoin que d’une minuscule fraction d’animaux de ferme, comparativement au bétail requis de nos jours, pour nourrir l’humanité.

La lamelle de viande est alors transféré dans une boîte de Pétri. Il faut ensuite séparer les cellules en les manipulant manuellement et chimiquement, pour en retirer les cellules satellites du muscle squelettique, qui sont des cellules souches capables de créer du tissu nouveau.

Lorsqu’on a obtenu quelques milliers de ces cellules satellites du muscle squelettique, on les place alors dans un bouillon de culture auquel on ajoute des éléments nutritifs et un sérum, extrait présentement des fœtus de vaches, mais que le docteur Post espère obtenir d’une autre source éventuellement.

Après quelques jours, les cellules se sont divisées et forment une mince couche de muscle. C’est à ce stage que l’on teste les cellules pour vérifier leur stabilité génétique. Après une semaine, il y a suffisamment de cellules pour enrouler les tranches de muscle autour d’un ancrage Velcro. On leur donne ensuite un choc électrique pour les amener à se contracter spontanément.

En ce moment, cette technique ne permet de produire que de fines lanières de muscle, de quelques centimètres de long et épaisses de quelques millimètres seulement. Le processus prend un temps considérable et demande beaucoup de travail. Le coût présent pour former une boulette de bœuf haché à partir de plusieurs centaines de ces lanières serait de plus de 300 000$.

Ce projet est financé  par un donateur riche et anonyme, mais on espère que la présentation d’une première boulette de cette viande créée en laboratoire attirera des fonds additionnels pour faire avancer la recherche plus rapidement.

Pour en arriver à fabriquer de plus gros morceaux de viande, il faudra créer du gras synthétique, ce qui est facilement possible selon le docteur Post. Ensuite, il faudra utiliser des veines biodégradables, à base de polysaccharides, qui pomperont des éléments nutritifs pour nourrir les tissus et ainsi éviter que le centre du morceau de viande deviennent gangréneux et meure.

La technique est semble-t-il possible pour  n‘importe quelle espèce de viande. Selon le docteur Post, nous pouvons imaginer un futur où une viande de haute qualité sera produite en grande quantité dans des cuves. Il espère aussi que l’on pourra incorporer au morceau de viande, du vrai gras et peut-être même un os synthétique.

Il croit fermement que d’ici 25 ans, nous devrons payer une taxe écologique considérable pour acheter de la viande et que les paquets seront étiquetés avec des avertissements comme celui-ci : ‘’Un animal a souffert dans la production de cet aliment’’. Il ajoute que dans 50 ou 60 ans, il sera peut-être interdit d’obtenir de la viande à partir du bétail.

Évidemment, tout ceci ne peut se produire que si les consommateurs acceptent de ne plus consommer de la ‘’vraie’’ viande. Le facteur de dégoût (de tuer un animal), joue un rôle, mais il semble que le prix, le goût et la sécurité des aliments jouent un rôle plus important dans nos achats. Peu de gens se soucient réellement de savoir comment est produite leur viande.

Pour ce qui est du goût, il semble que des chefs cuisiniers non végétariens aient participé au projet pour tenter d’obtenir la texture, la sensation en bouche et le goût de la vraie viande. Ceux qui l’ont testée indiquent qu’ils n’auraient jamais deviné que ce n’était pas de la viande réelle.

Ces nouvelles technologies menacent l’ordre actuel des choses dans le domaine alimentaire. L’industrie de la viande sera un adversaire de taille.

Par contre, il y a de plus en plus d’inquiétude chez les gens que l’explosion de la population mondiale, les techniques actuelles de production de viande (poules, porc, bœuf et autres) qui commencent à nous paraître quelque peu intensives et inhumaines, le manque éventuel de ressources, le changement climatique, nous mènent tout droit vers un cul-de-sac.

Un psychologue de Harvard, Steven Pinker, prédit que manger de la viande sera la dernière frontière dans ce qu’il appelle la révolution des droits, ce déclin considérable de la violence et de la cruauté humaine durant les derniers 300 ans.

Il croit que le goût de la viande est très fort chez l’humain et qu’une  révolution végétarienne pourrait ne jamais se produire. Par contre, si nous arrivons à satisfaire notre goût pour la viande à un coût raisonnable, avec quelque chose qui lui ressemble suffisamment, ce sera sûrement une des plus grandes révolutions de l’histoire humaine.

Avec tout ce qu’on nous dit sur la viande, pour continuer à en manger aujourd’hui, faut vraiment être boucher!    –   Laurent Ruquier

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