Éloge du loisir

travail

À quoi sert l’argent? Combien d’argent avons-nous besoin pour avoir une ‘’bonne vie’’ (les philosophes anciens appelaient ct idéal, The Good Life)?

Gagner de l’argent ne peut pas être une fin en soi, peu de gens vont déclarer que leur but dans la vie est d’avoir de plus en plus d’argent. En tant que société, nous produisons une quantité sans cesse grandissante de produits plus ou moins utiles, avec une durée de vie de plus en plus courte, afin d’inciter les consommateurs à acheter davantage.

Imaginons un instant que nous avons une source infinie de revenus. Nos pourrions alors satisfaire TOUS nos désirs matériels. Ne viendrait-il pas un temps où nous serions rassasiés, au bord de l’écœurement, et peut-être même un quelque peu dégoûtés de notre appétit matériel?

John Maynard Keynes a écrit en 1930, un essai dans lequel il postulait que d’ici 100 ans (en 2030, donc), la technologie aurait tellement progressé que nous serions à même de produire beaucoup plus en travaillant beaucoup moins. Il croyait que lorsque nous aurions obtenu tous les biens dont nous aurions besoin, nous cesserions de travailler, ce qui, selon lui, entraînerait que la majorité des gens ne travailleraient qu’une quinzaine d’heures par semaine. Il suggérait alors que l’être humain pourrait consacrer son temps aux loisirs plutôt qu’au travail et ainsi avoir une vie plus significative.

Bertrand Russel a écrit un essai intitulé Éloge de l’oisiveté deux ans après celui de John Maynard Keynes, dans lequel il reprend l’idée que le loisir est le but ultime du travail.

Cette société de loisirs n’est bien sûr pas près de se réaliser. John Maynard Keynes était pourtant correct dans ses prédictions de croissance économique et technologique. Pourtant, nous travaillons toujours autant, quoique moins dur physiquement qu’il y a cent ans.

L’être humain est une espèce compétitive et nous avons tendance à attacher de l’importance au statut que donne la consommation de biens matériels. John Maynard Keynes a erré lorsqu’il a prédit bien naïvement, que la consommation diminuerait lorsque les gens auraient assez de biens pour subvenir à leurs besoins.

Le problème est que nous ne nous contentons pas de satisfaire à nos besoins, nous avons aussi des désirs et avec le crédit disponible si facilement, certains désirs passent souvent avant les besoins. Il est difficile de résister à l’envie d’un quelconque produit; voiture, bateau, télé géante, iPad, ou autres, lorsque l’on voit de nombreuses personnes que l’on considère comme étant au même niveau économique que nous, obtenir tous ces produits. Alors, nous faisons comme eux, et achetons à crédit ou en nous coupant sur des besoins réels comme une bonne alimentation pour rester en santé.

Si nous arrivions à contrôler notre envie irrésistible de consommer et de comparer nos avoirs avec ceux des autres, nous pourrions possiblement en arriver à être capable de travailler moins et à vivre confortablement avec moins de revenus.

Certains diront qu’une vie de loisirs entraînerait une oisiveté collective qui serait mortelle pour la créativité, la croissance, l’innovation et l’initiative. Pourtant le loisir n’est pas un passe temps inutile ou une perte de temps. Le Larousse décrit l’oisiveté comme étant l’état de quelqu’un qui vit sans travailler et sans avoir d’occupation permanente. Le loisir quant à lui est décrit comme étant du temps libre.

Avoir du temps libre ne signifie pas ne rien en faire. On peut avoir du temps libre et le consacrer à quelque chose de tout aussi valorisant, significatif ou important qu’un travail.

Aux yeux des philosophes Grecs, l’éducation et par extension, tout apprentissage ou connaissance acquise par une personne, était un des buts principaux de notre existence. Cette soif de toujours apprendre, tout au long de notre vie, devrait être le moteur de notre existence.

De nos jours, le bien-être matériel, qui ne devait être qu’une étape pour nous permettre d’accéder aux loisirs, est devenu le but ultime. Pourtant, nous ne sommes pas heureux.

Un loisir peut très bien rémunéré, mais le salaire n’en est pas la principale motivation. Le travail est un labeur, une activité entreprise pour gagner de l’argent pour subvenir à nos besoins. La même activité peut être un loisir pour une personne qui a la liberté de l’entreprendre, de l’interrompre ou de l’abandonner à son gré. Le mot clé ici est la liberté, le loisir implique la liberté de choisir comment meubler son temps.

Nous sommes rendus au point où nous vantons les mérites de la productivité et de l’efficacité, pas parce que ce sont des valeurs importantes, mais parce qu’elles nous tiennent occupés. Nous avons besoin de nous tenir occupés. Il faudrait redécouvrir et nous convaincre de l’importance du loisir, de la recherche du savoir au-delà de notre éducation qui vise uniquement à nous mener à un emploi et savourer la satisfaction d’avoir assez, sans chercher à obtenir davantage de biens matériels.

J’aime ce que je fais, je chante et je peins, en fait, je n’ai jamais travaillé un jour dans ma vie.   –   Tony Bennett
Si j’étais médecin, je prescrirais des vacances à tous les patients qui considèrent que leur travail est important.   –   Bertrand Russell
Être capable d’occuper intelligemment ses loisirs, tel est l’ultime produit de la civilisation.   –   Bertrand Russell

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