Écouter avant de parler

trop parler

Vous est-il déjà arrivé de trop parler et de réaliser au bout de votre longue tirade, que vous auriez été bien mieux de vous taire, ou à tout le moins de demander des éclaircissements?

Cela m’est arrivé hier. Si on remonte à la semaine dernière, Charmante Ado m’a annoncé un jour en rentrant de l’école qu’elle avait égaré son cahier d’éducation physique. Elle a par la suite vérifié quelques endroits ainsi que le local des objets perdus à l’école, pour finalement me dire que le cahier en question était introuvable.

Voyant là une occasion pédagogique, je lui explique que je vois à ce que ses besoins soient comblés et que cela comprend les fournitures scolaires. Par contre, je ne crois pas que je doive payer encore une fois pour un cahier que j’ai acheté il y a moins de six semaines.

Elle reçoit de l’argent de poche à chaque semaine et elle le gère toute seule.   Je lui ai donc annoncé qu’elle devrait racheter le cahier elle-même avec ses propres sous. On parle ici d’un montant de douze dollars. Elle était d’accord pour assumer cette responsabilité et a promis de faire plus attention à ses choses.

Hier, en rentrant de l’école, Charmante Ado annonce à voix basse à Tendre Moitié quelle a perdu sa carte repas. Une carte repas permet d’acheter cinq repas d’une valeur de six dollars chacun à la cafétéria de l’école. Il restait trois repas sur la carte, donc dix-huit dollars.

C’est ici que j’ai pris une mauvaise tangente. J’ai entendu des bribes de la conversation alors que je préparais le repas du soir et je suis venu me joindre à la discussion. J’ai insisté sur le fait que cela faisait deux items de perdus en moins d’une semaine et qu’il fallait vraiment qu’elle fasse plus attention à ses affaires.

Lorsque je lui ai demandé ce qui était arrivé, elle m’a expliqué qu’elle croyait l’avoir oublié sur le plateau de son repas et que la carte s’était retrouvée à la poubelle. Elle a avisé une employée et ensemble, elles ont commencé à fouiller dans la poubelle pour la dite carte. Comme la cloche du retour en classe venait de sonner, la dame lui a dit de filer et qu’elle continuerait de chercher. Plus tard dans l’après-midi, elle est venue lui dire qu’elle ne l’avait pas retrouvée.

Pour revenir à notre discussion, voyant qu’elle ne réagissait pas à la situation, j’y suis allée d’un petit sermon sur le coût de la vie, la responsabilité et les conséquences. N’obtenant pas de réaction de sa part, j’ai pontifié que je ne paierais plus pour des cartes repas et qu’à l’avenir, elle aurait toujours une boîte à lunch.

Cette année, pour la première fois, j’avais décidé de lui payer une carte repas  pour qu’elle puisse manger à la cafétéria une ou deux fois par semaine. Cela m’épargne du travail et ça lui procure une plus grande variété de choix. Par contre, c’est tout de même une dépense supplémentaire.

Ce que j’ignorais, c’est que Charmante Ado avait débuté la conversation avec Tendre Moitié en mentionnant qu’elle nous devait dix-huit dollars. Tendre Moitié n’a pas fait le lien entre le dix-huit dollars et la perte de la carte. Néanmoins  Charmante Ado avait  complété tout le processus mental de la responsabilité et avait fait le lien avec l’évènement de la semaine dernière. Elle avait déjà conclut avant de nous parler que la solution était de prendre dix-huit dollars dans son argent de poche pour compenser la perte de la carte. Elle croyait ainsi que cette prise de responsabilité de sa part ferait que nous continuerions de lui acheter des cartes repas. Je suis certaine qu’elle s’est aussi dit qu’elle ferait beaucoup plus attention à sa carte dans le futur.

Voilà, j’ai perdu une belle occasion de me taire. Mes remontrances n’ont servi à rien car elle avait déjà trouvé la solution au problème. À souligner aussi qu’elle m’a laissé faire mon petit discours sans mot dire et ce n’est qu’après que j’aie décrété qu’il n’y aurait plus de carte si elle ne prenait pas plus soin de ses affaires que cela, qu’elle a fait remarquer qu’elle avait déjà dit à son père qu’elle paierait vu qu’elle était responsable de la perte.

Éduquer c’est aussi écouter avant de parler, pour ne pas faire la leçon alors qu’elle est déjà bien assimilée.

 

Celui qui sait parler sait aussi quand il faut parler.    –    Archidamos
Celui qui ne sait pas se taire, il ne sait pas non plus parler.   –   Sénèque

 

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Commentaires

  1. Bon… De toute évidence une belle leçon d’humilité… Vous avez le courage et l’intelligence d’en parler, c’est tout à votre honneur. Ce que je conclus de cet épisode de vos vies respectives (la vôtre et celle de votre fille) est que vous en avez toutes deux tiré quelque chose de positif… même si cela aurait pu mieux se passer.

    Vous en sortez plus riches quoique peut-être un peu écorchées… Merci de partager cette tranche de vie.

    En passant je n’ai pas vraiment hâte que ma fille grandisse… Je me vois assez dans le rôle de celle qui s’avance un peu trop vite… Agacée par une situation je pourrais très bien adopter la même attitude que vous.

    • Ma mère me disait toujours ‘’Je te souhaite d’avoir juste des filles, tu verras ce que c’est‘’. Je n’ai eu qu’une fille, mais contrairement à ma mère et moi, nous nous ressemblons et nous nous comprenons. Je ne crois pas que Charmante Ado m’en voudra d’avoir parlé trop vite, elle comprend que le mode ‘’mère qui va faire un sermon‘’ se met parfois en route automatiquement.

      Elle trouve par contre vraiment cool que je m’excuse lorsque j’ai tort. C’est le secret d’une bonne relation, je n’ai pas la science infuse et il m’arrive de me tromper, d’être injuste ou trop prompte. Alors, lorsque ça survient, je m’excuse, sincèrement.

      J’adore cette phase de l’adolescence, on peut entrevoir des bribes de l’adulte qu’elle deviendra. Vous allez voir, c’est fascinant!

      • Ma mère m’a épargné ça mais par contre je me rappelle ce que je faisais passer à mes parents et je réalise maintenant la force de leur dédication à leurs enfants et leur volonté de bien faire. Je n’étais pas une enfant facile; en fait mes enfants sont plus faciles que ce que j’ai pu être, même si je ne leur dirai pas cela avant un bon 10 ans 🙂 Je vois maintenant par quoi ils ont dû passer; c’est étrange ces feed-back qui flashent de temps à autres…

        Effectivement moi aussi je m’excuse quand je vois que je suis allée trop vite (et même quelques fois trop loin, j’ai un côté impétueux et les mots peuvent sortir vite quand je suis agacée). Mes enfants sont très sérieux quand je m’excuse et me disent systématiquement d’un ton solennel (quand ils sont prêts à le faire bien sûr) « C’est ok Maman, je t’excuse. Bien sûr je fais la même chose de mon côté. On prend ça sérieusement! 🙂 Heureusement que cela n’arrive pas souvent!

        Bon, j’ai bien hâte d’être fascinée par les « phases de l’adolescence », comme vous dites. Merci de me rassurer! 🙂

Exprimez vous!

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