Croire à l’absurde

rationnel

Le cerveau humain est capable de gérer plusieurs processus à la fois. Nous sommes toutefois sujets à des défaillances dans notre jugement, du fait que notre raisonnement est biaisé.

Les biais cognitifs sont des déficiences dans notre manière de penser. Les erreurs de calcul, comme une fausse conception des probabilités ou des statistiques, sont aussi souvent la cause d’un raisonnement biaisé.

Ces failles dans notre raisonnement nous amènent à faire des erreurs. Il est impossible de contrôler tous les biais possibles, mais il est utile d’en être conscient pour les minimiser. En voici quelques uns parmi les plus fréquents.

Nous adorons que les gens soient d’accord avec nous. Nous nous entourons de gens qui ont des goûts et des idées en accord avec les nôtres. Nous aurons tendance à être inconfortables parmi des gens qui ont des opinions complètement opposées aux nôtres et cela peut nous entraîner à  ne prendre en ligne de compte que les perspectives qui confirment nos préjugés ou opinions. Nous écartons alors inconsciemment toute idée qui menace notre vue du monde.

Un biais similaire existe lorsque nous faisons partie ou nous identifions à un groupe. Nous formons des liens plus ou moins forts avec notre groupe tout en écartant tout ce qui n’en fait pas partie. Les membres d’un certain groupe seront alors méfiants ou dédaigneux de ceux qui n’en font pas partie. Ce biais nous amène à surestimer la valeur et les compétences des membres de notre groupe aux dépens de gens que nous ne connaissons pas vraiment.

Il nous arrive tous d’acheter quelque chose de totalement inutile, qui est mal conçu ou beaucoup trop cher. Le biais de rationalisation va parfois nous amener à nous convaincre que cet achat était vraiment une excellente idée.

C’est un moyen pour notre subconscient de justifier nos décisions pour éviter une dissonance cognitive. Nous aimons nous voir comme des êtres rationnels et constants. Si le résultat d’une décision nous amène à croire que nous avons fait une erreur de jugement, notre subconscient cherchera à trouver des arguments pour que notre décision ne nous apparaisse pas comme une erreur.

Nous ne sommes pas toujours rationnels lorsqu’il est question de probabilités. Beaucoup de gens sont terrifiés en avion, mais très peu le sont lorsqu’ils sont dans une automobile. Pourtant, les risques d’accidents sont infiniment plus grands en voiture qu’en avion. C’est le biais des probabilités ignorées qui est à l’œuvre. Il nous amène à surestimer les risques de certaines activités relativement sécuritaires tout en sous-estimant le danger de certaines autres.

Le biais de l’observation sélective nous porte à remarquer davantage ce qui nous est devenu familier et à nous persuader que cette chose est devenue plus fréquente qu’auparavant. Un exemple parfait serait l’achat d’une nouvelle voiture. Avant d’acheter une Volvo, nous ne remarquions pas les Volvo sur la route. Une fois devenus propriétaires, nous commençons à en voir partout. Les femmes enceintes se mettent ainsi à remarquer  les autres femmes enceintes.

Ces choses ne surviennent pas plus fréquemment autour de nous, c’est seulement que notre cerveau garde ce sujet à la surface de notre esprit, suite à une expérience personnelle récente et ce faisant, nous porte à remarquer tout ce qui est similaire.

Plusieurs personnes y voient le jeu de coïncidences inouïes alors que ce n’est que le fruit d’une sélection de notre cerveau, qui nous entraîne à remarquer ce qui nous est familier.

Nous sommes souvent réfractaires au changement, ce qui peut nous porter à faire des choix qui garantissent que les choses resteront stables ou changeront le moins possible. Nous aimons suivre nos routines,  appuyer  tel parti politique ou choisir toujours les mêmes mets au restaurant. Nous supposons inconsciemment que tout autre choix serait inférieur ou néfaste. Cette tendance à être conservateur dans ses choix s’appelle le biais du statu quo. Pourquoi changer si cela nous a toujours réussis ? Il est bien de nous écarter de notre route bien tracée à l’occasion pour éviter la rigidité et la stagnation.

Même si nous ne croyons pas y être soumis, nous adorons suivre la foule. C’est le biais de la conformité. Lorsqu’un groupe  commence  à choisir un gagnant ou un favori, notre cerveau entre dans un mode de pensée collectif ou une mentalité de ruche. Nous ne voulons pas manquer le train et nous suivons l’effet de la foule. Nous avons un besoin intense de nous conformer et d’appartenir, qui nous fait parfois faire fi de l’évidence ou de notre propre jugement.

Nous avons de la difficulté  à nous projeter en dehors de notre conscience. Nous  croyons incorrectement que la majorité des gens pensent et ressentent les choses exactement comme nous. C’est le biais de projection. Il mène souvent au biais du faux consensus qui lui nous amène à croire que non seulement les gens pensent comme nous, mais aussi qu’ils sont d’accord avec nous.

Nous aurons alors tendance à surestimer à quel point notre point de vue est typique et répandu. Nous croirons faussement qu’il y a un consensus et que notre opinion est généralisée.

Nous avons énormément de difficultés à nous imaginer dans le futur et à modifier notre comportement et nos attentes en conséquence. Nous allons préférer le plaisir du moment présent et négliger la douleur qui viendra plus tard. Nous allons trop dépenser maintenant sans considérer les conséquences futures. Nous allons nous accorder une petite ou grosse entorse à notre diète en nous convainquant que nous recommencerons le lendemain. C’est le biais du moment présent, qui nous fait ignorer les conséquences futures de nos choix en nous faisant miroiter le plaisir que nous pouvons en retire présentement.

L’être humain aime comparer les choses. Le biais d’ancrage nous porte à n’utiliser qu’un nombre limité de critères de comparaison.   Nous nous concentrons alors sur une valeur ou un item à l’abstraction des autres. Cette attitude est fréquente lorsque nous examinons un objet offert en solde. Nous nous concentrons plus sur le montant d’argent ‘’épargné’’ que sur le rapport qualité-prix du bien lui-même. Les marchands de matelas sont passés maîtres dans ce domaine. On ne voit jamais de matelas affichés au prix courant; ils sont toujours soldés à cinquante ou même soixante pour cent ! Les gens ont alors l’impression d’avoir fait une bonne affaire.

Je trouve fascinant le domaine des biais cognitifs et même si je me considère  comme étant très rationnelle, je dois reconnaître que je me retrouve dans plusieurs d’entre eux. En prendre conscience, c’est déjà un pas de fait pour les corriger.

Dans le titre: Nous cherchons tous des motifs rationnels de croire à l’absurde.   –   Lawrence Durrell

L’homme est un animal rationnel qui perd patience lorsqu’on lui demande d’agir en accord avec les diktats de la raison.   –   Orson Welles

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