Changement de rythme

course à la jeunesseLorsque j’ai atteint la cinquantaine, ma perspective de la vie a graduellement changée. Après une brève période de nostalgie pour les attributs physiques qui avaient disparu de ma vie; la fertilité, une peau sans ride, un  corps sans douleur articulaire, un temps de récupération rapide, n’est resté que le vague sentiment de ne plus être aussi pertinente. C’est un peu comme si je réalisais que je ne suis plus celle qui dirige, alors que les plus jeunes prennent leur place.

D’où vient cette impression? Probablement de la réalisation que mon temps sur cette Terre m’est compté et que la partie la plus dynamique est derrière  moi. Je regarde les jeunes dans la vingtaine dans mon entourage et je sens que c’est maintenant leur monde à eux et que leurs actions, plus que les miennes, donneront une forme au futur. Lorsque je considère les enjeux écologiques, économiques et sociaux, je pense plus à l’impact que cela aura sur les jeunes que sur ma génération, car ils hériteront de ce monde.

Vu comme cela, c’est assez déprimant, mais avec cette réalisation, vient aussi la constatation que beaucoup de nos inquiétudes et préoccupations de jeunesse ne sont plus d’actualité. L’insécurité, le désir de plaire, d’appartenir à un groupe, la compétitivité, la recherche de statut, toute la structure de notre vie matérielle à bâtir, avec une carrière, une maison, des biens de consommation, tout cela n’a plus vraiment d’importance pour moi. Pourtant, à une époque, ces préoccupations étaient primordiales à mes yeux.

Je ne changerai pas le monde, mais cela ne veut pas dire que je ne compte pas. Parfois, je constate que le regard des jeunes glisse sur moi comme si je n’étais pas là, devant eux, mais je réalise aussi que ce n’est pas parce que je suis insignifiante, mais plutôt parce que je ne fais pas vraiment partie de leur univers familier. Ils ont des choses à faire et des endroits où aller qui sont différents de mes destinations personnelles.

Les jeunes ont une vie à bâtir et des buts à atteindre qui  leur sont particuliers.  Ils ne sont pas vraiment intéressés à entendre comment nous avons fait les mêmes choses qu’eux à leur âge, car ils sont convaincus d’être différents de nous, mais c’est correct, car je me rappelle avoir pensé exactement la même chose à leur âge.

Sans être des étrangers l’un pour l’autre,  nous ne sommes pas dans la même phase et il serait malsain de prétendre l’être. Je ne me vois pas prétendre que sortir dans les bars branchés, écouter de la musique et m’habiller  »jeune » , pourrait accomplir autre chose que me donner un air pitoyable. J’ai eu le temps qui m’était alloué pour vivre ma jeunesse et je suis rendue maintenant à l’étape suivante.

Ce qui compte pour moi à ce stade-ci est la famille, l’écriture et la santé. Charmante Ado traverse présentement l’adolescence et ma principale préoccupation est de garder les lignes de communication ouvertes, de l’exposer au plus grand nombre d’opportunités possibles et de lui faire prendre conscience des problèmes sociaux et humains de notre société. Avec ces outils, elle saura bien trouver sa voie.

Nous ne participons plus à la course effrénée au statut social, via l’acquisition de biens matériels et  d’amis Facebook. Cela a considérablement ralenti notre rythme de vie car nous ne ressentons plus le besoin de faire quelque chose parce que les autres le font. Tout est plus simple, nous faisons ce qui nous plaît sans nous soucier de notre position dans la société.

Cela ne veut pas dire que  j’ai un pied dans la tombe et que je n’accomplirai plus rien de valable. De grands auteurs, scientifiques et hommes d’affaires ont connu leurs meilleures réalisations dans la cinquantaine ou plus tard. Il y a encore de nombreuses années à venir et plein de potentiel à réaliser même si la  »jeunesse » est derrière nous. On est toujours  jeune aux yeux de quelqu’un d’autre. Une personne de 80 ans me trouvera jeune alors qu’un ado croit ma date de péremption dépassée!

Ce n’est pas si mal de vieillir finalement, cela apporte une certaine sérénité et une acceptation de soi-même qui remplacent avantageusement la frénésie de notre jeunesse et son insécurité. Je ne porte plus le flambeau mais j’occupe une place différente  et tout aussi importante.

 

Vieillir, c’est passer de la passion à la compassion.   –   Albert Camus
Dans l’âge mûr, on s’entend mieux à se garder contre le malheur, dans la jeunesse à le supporter.    –   Arthur Schopenhauer

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