Croire à l’absurde

rationnel

Le cerveau humain est capable de gérer plusieurs processus à la fois. Nous sommes toutefois sujets à des défaillances dans notre jugement, du fait que notre raisonnement est biaisé.

Les biais cognitifs sont des déficiences dans notre manière de penser. Les erreurs de calcul, comme une fausse conception des probabilités ou des statistiques, sont aussi souvent la cause d’un raisonnement biaisé.

Ces failles dans notre raisonnement nous amènent à faire des erreurs. Il est impossible de contrôler tous les biais possibles, mais il est utile d’en être conscient pour les minimiser. En voici quelques uns parmi les plus fréquents.

Nous adorons que les gens soient d’accord avec nous. Nous nous entourons de gens qui ont des goûts et des idées en accord avec les nôtres. Nous aurons tendance à être inconfortables parmi des gens qui ont des opinions complètement opposées aux nôtres et cela peut nous entraîner à  ne prendre en ligne de compte que les perspectives qui confirment nos préjugés ou opinions. Nous écartons alors inconsciemment toute idée qui menace notre vue du monde.

Un biais similaire existe lorsque nous faisons partie ou nous identifions à un groupe. Nous formons des liens plus ou moins forts avec notre groupe tout en écartant tout ce qui n’en fait pas partie. Les membres d’un certain groupe seront alors méfiants ou dédaigneux de ceux qui n’en font pas partie. Ce biais nous amène à surestimer la valeur et les compétences des membres de notre groupe aux dépens de gens que nous ne connaissons pas vraiment.

Il nous arrive tous d’acheter quelque chose de totalement inutile, qui est mal conçu ou beaucoup trop cher. Le biais de rationalisation va parfois nous amener à nous convaincre que cet achat était vraiment une excellente idée.

C’est un moyen pour notre subconscient de justifier nos décisions pour éviter une dissonance cognitive. Nous aimons nous voir comme des êtres rationnels et constants. Si le résultat d’une décision nous amène à croire que nous avons fait une erreur de jugement, notre subconscient cherchera à trouver des arguments pour que notre décision ne nous apparaisse pas comme une erreur.

Nous ne sommes pas toujours rationnels lorsqu’il est question de probabilités. Beaucoup de gens sont terrifiés en avion, mais très peu le sont lorsqu’ils sont dans une automobile. Pourtant, les risques d’accidents sont infiniment plus grands en voiture qu’en avion. C’est le biais des probabilités ignorées qui est à l’œuvre. Il nous amène à surestimer les risques de certaines activités relativement sécuritaires tout en sous-estimant le danger de certaines autres.

Le biais de l’observation sélective nous porte à remarquer davantage ce qui nous est devenu familier et à nous persuader que cette chose est devenue plus fréquente qu’auparavant. Un exemple parfait serait l’achat d’une nouvelle voiture. Avant d’acheter une Volvo, nous ne remarquions pas les Volvo sur la route. Une fois devenus propriétaires, nous commençons à en voir partout. Les femmes enceintes se mettent ainsi à remarquer  les autres femmes enceintes.

Ces choses ne surviennent pas plus fréquemment autour de nous, c’est seulement que notre cerveau garde ce sujet à la surface de notre esprit, suite à une expérience personnelle récente et ce faisant, nous porte à remarquer tout ce qui est similaire.

Plusieurs personnes y voient le jeu de coïncidences inouïes alors que ce n’est que le fruit d’une sélection de notre cerveau, qui nous entraîne à remarquer ce qui nous est familier.

Nous sommes souvent réfractaires au changement, ce qui peut nous porter à faire des choix qui garantissent que les choses resteront stables ou changeront le moins possible. Nous aimons suivre nos routines,  appuyer  tel parti politique ou choisir toujours les mêmes mets au restaurant. Nous supposons inconsciemment que tout autre choix serait inférieur ou néfaste. Cette tendance à être conservateur dans ses choix s’appelle le biais du statu quo. Pourquoi changer si cela nous a toujours réussis ? Il est bien de nous écarter de notre route bien tracée à l’occasion pour éviter la rigidité et la stagnation.

Même si nous ne croyons pas y être soumis, nous adorons suivre la foule. C’est le biais de la conformité. Lorsqu’un groupe  commence  à choisir un gagnant ou un favori, notre cerveau entre dans un mode de pensée collectif ou une mentalité de ruche. Nous ne voulons pas manquer le train et nous suivons l’effet de la foule. Nous avons un besoin intense de nous conformer et d’appartenir, qui nous fait parfois faire fi de l’évidence ou de notre propre jugement.

Nous avons de la difficulté  à nous projeter en dehors de notre conscience. Nous  croyons incorrectement que la majorité des gens pensent et ressentent les choses exactement comme nous. C’est le biais de projection. Il mène souvent au biais du faux consensus qui lui nous amène à croire que non seulement les gens pensent comme nous, mais aussi qu’ils sont d’accord avec nous.

Nous aurons alors tendance à surestimer à quel point notre point de vue est typique et répandu. Nous croirons faussement qu’il y a un consensus et que notre opinion est généralisée.

Nous avons énormément de difficultés à nous imaginer dans le futur et à modifier notre comportement et nos attentes en conséquence. Nous allons préférer le plaisir du moment présent et négliger la douleur qui viendra plus tard. Nous allons trop dépenser maintenant sans considérer les conséquences futures. Nous allons nous accorder une petite ou grosse entorse à notre diète en nous convainquant que nous recommencerons le lendemain. C’est le biais du moment présent, qui nous fait ignorer les conséquences futures de nos choix en nous faisant miroiter le plaisir que nous pouvons en retire présentement.

L’être humain aime comparer les choses. Le biais d’ancrage nous porte à n’utiliser qu’un nombre limité de critères de comparaison.   Nous nous concentrons alors sur une valeur ou un item à l’abstraction des autres. Cette attitude est fréquente lorsque nous examinons un objet offert en solde. Nous nous concentrons plus sur le montant d’argent ‘’épargné’’ que sur le rapport qualité-prix du bien lui-même. Les marchands de matelas sont passés maîtres dans ce domaine. On ne voit jamais de matelas affichés au prix courant; ils sont toujours soldés à cinquante ou même soixante pour cent ! Les gens ont alors l’impression d’avoir fait une bonne affaire.

Je trouve fascinant le domaine des biais cognitifs et même si je me considère  comme étant très rationnelle, je dois reconnaître que je me retrouve dans plusieurs d’entre eux. En prendre conscience, c’est déjà un pas de fait pour les corriger.

Dans le titre: Nous cherchons tous des motifs rationnels de croire à l’absurde.   –   Lawrence Durrell

L’homme est un animal rationnel qui perd patience lorsqu’on lui demande d’agir en accord avec les diktats de la raison.   –   Orson Welles

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L’intuition trouve, le raisonnement prouve

deviner

Malcolm Gladwell écrit sur des sujets fascinants. Dans son livre La force de l’intuition (Blink, en anglais), il décrit plusieurs situations où nos meilleures décisions sont celles que l’on prend sans penser du tout.

Nous sommes loin d’être infaillibles lorsque nous nous fions à notre intuition, cependant. Il semble que notre intuition serait juste en moyenne 70% du temps, selon une étude réalisée par Nalini Ambady et Robert Rosenthal et que nous prenons moins de cinq minutes pour évaluer quelqu’un.

Certains domaines semblent plus faciles à jauger que d’autres selon les études. Si nous évaluons qu’une personne est extravertie ou consciencieuse, il y a de grandes chances que nous ayons raison.

Nous pouvons aussi nous fier à notre intuition si l’instinct nous dicte qu’une personne est dangereuse ou qu’elle n’est pas digne de confiance. Si une personne nous apparaît comme un psychopathe, mieux vaut nous fier à notre intuition et couper tout contact, car il y a probablement plusieurs signaux valables qui ont stimulé notre inconscient à sonner l’alarme.

Notre intuition serait aussi fiable lorsque nous essayons de déterminer qui est bon dans son travail et si un quelconque quartier est sécuritaire ou non. Lorsque nous écoutons notre partenaire parler et que nous avons un pressentiment qu’il nous trompe, il est bien possible que ce soit le cas. Nous décelons une différence chez l’autre qui n’est pas définissable, mais que nous percevons néanmoins.

Notre cerveau utilise des raccourcis pour prendre des décisions rapidement et sans effort. Ces biais cognitifs sont utiles, mais ils peuvent aussi nous faire faire fausse route à certaines occasions.

Nous formons des opinions sur les autres en quelques secondes et lorsque nous avons fait une mauvaise évaluation, prendre plus de temps ne nous pointera pas dans la bonne direction. Au contraire, nous deviendrons de plus en plus convaincus que notre intuition était correcte.

Nos raisons inconscientes pour décider si nous aimons quelqu’un ou pas sont souvent irrationnelles. Nous attachons de l’importance à l’apparence et la beauté même si croyons ne pas être si superficiels.

Ce qui nous semble facile à comprendre et à assimiler nous paraîtra plus vrai que les concepts compliqués qui demandent un effort pour notre cerveau.

Nous avons tendance à aimer et à faire confiance aux gens qui sont plus éloquents, même s’ils évitent ou contournent nos questions. Nous préférons les gens qui affichent une solide confiance en soi à ceux qui ont une expertise réelle dans un domaine.

Don Moore de l’université Carnegie Mellon de Pittsburgh, en Pennsylvanie,  a démontré dans une étude que nous préférons une source qui semble sûre d’elle-même, au point de lui pardonner un bilan médiocre dans ses affirmations passées. Dans une situation compétitive, cela peut amener certaines personnes à exagérer leur certitude pour être plus convaincants. Cela profère un certain désavantage à ceux qui sont plus honnêtes quant à leur expertise ou certitudes, car ils ont l’air plus hésitant, donc moins convaincant.

Daniel Simons et Christopher Chabris, dans leur livre The Invisible Gorilla: How our intuitions deceive us, expliquent que les médecins qui sont minutieux et qui vérifient l’information deux fois plutôt qu’une, attirent moins la confiance que ceux qui affichent une confiance aveugle. Ils préfèreront le médecin sûr de lui à celui qui vérifie dans un livre avant de se prononcer.

Nous pensons tous être des créatures rationnelles qui ne font pas ce genre de jugement, mais les recherches démontrent que l’être humain est un peu trop confiant en ses capacités.

Nous pouvons faire confiance à notre intuition dans certains domaines mais d’autres exigent un examen plus approfondi. Si le sujet ou la situation est quelque chose que nous connaissons très bien, notre intuition sera probablement correcte.

Pour les décisions simples, n’impliquant que quelques éléments, quelle marque d’un produit acheter, par exemple, il vaut mieux être rationnel et se baser sur des faits précis. Si la décision est plus complexe ou vitale, comme quelle carrière choisir; notre intuition nous guidera probablement dans la meilleure direction pour nous.

L’intuition, c’est l’intelligence qui commet un excès de vitesse.   –   Henry Bernstein
C’est avec la logique que nous prouvons et avec l’intuition que nous trouvons.   –   Henri Poincaré

Attentes irréalistes

vérités

La vie a ses hauts et ses bas. Notre état d’esprit est fortement influencé par notre attitude et manière de réagir face aux évènements. Certaines choses  méritent qu’on s’y attarde, ne serait-ce que pour apaiser nos esprits quant à de fausses certitudes ou attentes.

Les amis ne sont pas nécessairement pour la vie. Lorsque j’étais jeune adulte, j’étais convaincue que mes amis d’alors, m’entoureraient toute ma vie. Je suis partie vivre en Californie et j’ai dû me faire de nouveaux amis. À mon retour au Canada, sept ans plus tard, je me suis établie dans une ville différente de ma ville d’origine. Je n’ai donc pas revu mes anciens amis. Chaque déménagement amenait un changement d’entourage et une reconstruction de mon tissu social.

La réalité est que les amis restent rarement fixes au fil du temps. Les personnes changent, évoluent et peuvent emprunter une voie qui les distancera de nous. Les intérêts et les convictions se modifient, ou au contraire se solidifient en vieillissant et cela peut aussi contribuer à ce que l’on délaisse des personnes avec qui nous n’avons plus rien en commun.

Certaines personnes partagent une solide amitié toute leur vie avec quelqu’un qu’elles ont rencontrées dans la petite enfance, mais cela est l’exception, dans notre monde de globalisation. Nous éprouvons un certain réconfort à partager une longue histoire avec une personne, d’avoir quelqu’un qui nous a connu avant; avant notre mariage, nos enfants, notre carrière ou tout simplement depuis longtemps.

Par contre, il y a toujours une abondance de personnes avec qui nous pouvons lier des liens d’amitié pour un peu que l’on s’en donne la peine.

Il n’est pas possible d’être aimé de tous et c’est un exercice futile que d’essayer. Il y aura toujours des gens qui ne nous aimeront pas. Un grand pas a été franchi dans ma vie lorsque j’ai réalisé que si une foule de personnes me sont complètement indifférentes, il est tout à fait normal que la même chose se produise avec ma personne. Il y aura des gens qui ne m’apprécieront pas particulièrement et je peux vivre avec ça. On ne peut pas être le ‘’genre’’ de tout le monde.

Nous allons échouer parfois.  On ne peut pas réussir dans tout. Il y aura des échecs, parfois retentissants, mais ce n’est pas là l’important. Il faut persévérer, apprendre de ses erreurs et non pas les cacher comme si nous en avions honte. Toutes nos erreurs nous ont permis de progresser ou à tout le moins d’apprendre ce qui ne fonctionnait pas.

Ne pas bouger par peur de l’échec nous condamne à la stagnation. Il faut oser et se risquer, quitte à obtenir des résultats moins flamboyants que ceux espérés. La persévérance est un des plus grands facteurs de succès. Certains atteignent la célébrité ou le succès du premier coup et sans trop de peine, mais la grande majorité d’entre nous devra faire de nombreuses tentatives avant de réussir.

Nos attentes ne seront pas comblées à tout coup. Les évènements de notre vie ne se dérouleront pas toujours dans l’ordre et de la manière que nous le souhaitons. Il faut accepter les choses comme elles viennent et être capable d’y faire face calmement, sans stresser sur les points que nous ne pouvons pas contrôler. Parfois, la seule chose que l’on peut contrôler, c’est notre manière de réagir à la situation.

Il faut vivre maintenant, il n’y aura peut-être pas de demain. Tout en planifiant financièrement pour notre retraite ou notre indépendance financière, il ne faut pas reporter notre bonheur dans un futur hypothétique. Un accident, une maladie, la fin du monde (!) même, pourrait effacer tout notre futur.

Il faut s’entourer de gens avec qui nous sommes heureux, leur laisser savoir souvent leur importance à nos yeux et cultiver ces relations. Essayons de passer notre temps à des choses et avec des gens que nous apprécions dès maintenant au lieu de rêver à un futur idéalisé.

Quelqu’un, quelque part en aura toujours davantage que nous. Que ce soit de l’argent, des amis, ou même des lecteurs de blogue, il y aura toujours quelqu’un qui en aura plus que nous.

Près de chez moi, une gigantesque maison avec piscine intérieure et garage détaché triple, s’est érigée dans les derniers mois. La rumeur est que ces gens ont gagné sept millions de dollars à la loterie. La maison est splendide et les décorations de Noël doivent valoir plusieurs milliers de dollars. Notre maison actuelle, que nous aimons beaucoup, aurait besoin d’être rafraîchie et vaut cinq fois moins que cette propriété. C’est probablement notre dernière maison et la plus belle que nous aurons jamais. Certaines demeures font rêver, mais resteront à jamais inaccessibles.

Je ne connais rien de ces gens, de leurs amis, relations, ou s’ils sont heureux dans cette nouvelle vie. Je sais toutefois, que ma petite maison, ma petite famille et notre niveau de vie nous satisfont pleinement et que nous sommes capables de regarder sans envie les gens qui ont des possessions plus impressionnantes.

Toutes ces contestations peuvent sembler évidentes, désagréables ou injustes, mais si peut en venir à accepter ces réalités, nous serons beaucoup plus sereins.

100% des choses qu’on ne tente pas échouent.   –   Wayne Gretzky
Je n’ai pas échoué. J’ai simplement trouvé 10 000 solutions qui ne fonctionnent pas.  
–   Thomas Edison
J’ai raté 9 000 tirs dans ma carrière. J’ai perdu presque 300 matchs. 26 fois, on m’a fait confiance pour prendre le tir de la victoire et j’ai raté. J’ai échoué encore et encore et encore dans ma vie. Et c’est pourquoi je réussi.   –   Michael Jordan

Vent de changement

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Après mûre réflexion, j’ai décidé de cesser la publication quotidienne d’un article pour passer à une fréquence de trois jours par semaine. La seule raison qui m’oblige à diminuer la fréquence de mes articles est le manque de temps. La recherche et la préparation pour chaque article gruge facilement entre trois et cinq heures de mes journées et je n’arrive tout simplement pas à maintenir le rythme ou, comme je l’aurais souhaité, avoir une réserve d’article pour les jours où je n’ai pas le temps d’écrire.

Écrire est ma principale passion mais j’ai besoin de consacrer plus de temps à mon roman, ce qui m’oblige à diminuer la fréquence ici. Je veux également participer à plusieurs concours littéraires, ce qui me permet d’écrire selon certaines règles bien définies et ainsi de m’améliorer. Côté travail, nous sommes assez occupés et je n’y consacre pas autant de temps que Tendre Moitié, chose à laquelle je veux remédier. Je m’ennuie aussi des activités faites avec Charmante Ado; basketball, scrapbooking, peinture, soirées cinéma et autres, auxquelles je ne participe plus aussi souvent car  »maman doit écrire son article ».

À l’avenir, je parlerai plus fréquemment de notre petite famille, de nos intérêts et activités et probablement un peu moins souvent de recherches scientifiques, à moins que cela ne pique vraiment mon intérêt.  Je lis beaucoup et j’aimerais aussi faire des compte-rendus de livres, anciens ou nouveaux, Par exemple, je pourrais vous expliquer que mon roman préféré entre tous est La Source de James Michener et que dans ma jeunesse j’étais une fan de livres de science-fiction.

J’espère donc rendre ce blogue plus personnel et varié. J’espère aussi que vous continuerez à  le fréquenter, car même si ce ne sera pas un rendez-vous quotidien, je serai au rendez-vous les lundi, mercredi et vendredi.

Je crois que si je peux passer plus de temps à faire d’autres choses que ce blogue, j’élargirai mes horizons et je pourrai ainsi vous faire part de mes découvertes. Je considère donc que ce changement sera bénéfique pour tous.

Finalement, j’aurai écris, avec celui-ci, 390 articles sans manquer une journée. La cadence diminuera à environ 150 articles par année, ce qui n’est pas si mal non plus.

On se revoit lundi, sans faute.

Rien n’est permanent, sauf le changement.   –   Héraclite d’Ephèse
Tout est changement, non pour ne plus être mais pour devenir ce qui n’est pas encore.   –  Epictète

L’arbre de la vie

chêne

Lorsque j’avais seize ans, en secondaire cinq, l’examen de fin d’année en français fut assez particulier. On nous avisa que nous aurions à écouter un morceau de musique classique et que nous devrions composer une histoire selon ce que la musique inspirerait en nous. Le jour de l’examen, je découvris que la pièce musicale était Les quatre saisons de Vivaldi. Je composai une histoire de la longueur requise, deux pages. J’ai eu 100% à cet examen, du jamais vu selon le professeur.

Je n’ai jamais revu mon manuscrit mais quelques années plus tard, j’ai de nouveau mis cette histoire sur papier pour participer  à un concours littéraire. Je dus étoffer le contenu pour arriver à la longueur minimale demandée. Je n’ai pas gagné ce concours, mais j’ai conservé le manuscrit. Vous pouvez lire cette histoire ici. Dites-moi ce que vous en pensez, mais soyez indulgents pour la jeune fille de seize ans qui a conçu la trame.

L’arbre de la vie

Répondant à un appel irrésistible, il poussa plus fort vers l’inconnu. Il sentait que quelque chose de grande importance était sur le point de se produire. Il continua à pousser aveuglément et soudain, la résistance s’évanouit pour faire place à une multitude de sensations. 

Il y avait de la lumière, de la chaleur, des couleurs et la sensation de faire partie d’un tout. Il était devenu un morceau de ce monde, un arbre était né. Même s’il n’était encore qu’une mince tige, il s’afficha avec une merveilleuse sensation d’accomplissement. 

Durant les premières années de sa vie, l’arbre était vaguement conscient de son environnement. Il grandissait de façon constante et prit de plus en plus conscience de ce qui l’entourait. Il développa une identité, une personnalité. Il découvrait des choses merveilleuses autour de lui  et il connût la beauté, l’harmonie et la sérénité. 

Il continuait à répondre à l’envie de pousser plus haut, mais il avait un but maintenant. Il savait que plus il deviendrait grand, plus il pourrait voir de choses. Il devint curieux, imaginatif et passionné. 

Il apprit à communiquer avec les autres choses vivantes autour de lui. Il devint ami avec les fleurs sauvages, des êtres fragiles mais à l’âme vaniteuse, les abeilles hyperactives, les différents oiseaux qui ramenaient des visions de lieux distants. Il appréciait la musique de la rivière cascadante qui courait sans cesse vers une destination inconnue. 

Le soleil lui fournissait de la chaleur et de la lumière durant la journée et chaque soir, il lui donnait un spectacle de couleurs magnifiques sur l’écran géant du ciel, qu’il regardait avant de se retirer à l’intérieur de lui-même pour la nuit. L’arbre était heureux, il grandissait et il apprenait tout de ce monde et de la vie. 

Un jour, l’arbre remarqua sur une de ses branches, un oiseau qui arrangeait soigneusement  des brindilles de manière circulaire. Il observa l’oiseau un moment puis lui demanda : 

–  Pardon, qu’est-ce que vous faites-là au juste?

–  Je construits un nid pour ma partenaire, répondit l’oiseau.

–  Un nid? Qu’est-ce que c’est? demanda l’arbre.

–  C’est un réceptacle pour les œufs. Ma partenaire va pondre très bientôt. Ceci sera notre foyer et les œufs seront au chaud jusqu’à leur éclosion.

– J’ai bien peur de ne pas savoir beaucoup de choses, répondit l’arbre. Est-ce que vous pouvez m’expliquer ce que veulent dire œufs et éclore?

–  Bien sûr, répondit gracieusement l’oiseau, tu es encore jeune. Un œuf est une coquille ovale avec un oisillon à l’intérieur Le bébé se développe dans cette coquille jusqu’à ce qu’il soit prêt à émerger. Nous devons garder les œufs au chaud pour que les bébés puissent se développer. Éclore signifie venir au monde.

–  Vous voulez dire qu’il va y avoir des bébés oiseaux sur mes bras bientôt? demanda l’arbre tout émerveillé.

– Exactement, répondit le fier futur papa, plusieurs bébés, j’espère.

–  Est-ce que je peux faire quelque chose pour vous aider?

–  En fait je t’ai choisi parce que tu es solide, en santé et que tu es très feuillu. C’est vraiment tout ce dont ma petite famille aura besoin.

–  Peut-être pourrais-je envoyer plus de sève vers cette branche pour la rendre encore plus solide et aussi développer encore plus de feuilles pour vous donner un peu d’intimité. Est-ce que cela serait utile?

–  Bien sûr. Je savais que tu étais quelqu’un de bien dès que je t’ai rencontré.

– Tout cela est terriblement excitant, je vais assister à la naissance d’un nouvel être! J’ai tellement hâte s’exclama le jeune arbre.

Les oisillons virent le jour par un beau matin ensoleillé. Il y en avait cinq et l’arbre fut fort impressionné par le processus. Cela demandait beaucoup de travail de la part des bébés pour briser la coquille de l’intérieur et ils émergèrent tous épuisés et affamés. La mère les réconforta pendant que le père allait chercher à manger. Une fois nettoyés et rassasiés, les bébés s’endormirent auprès de leurs parents sous le regard protecteur de l’arbre. 

Les oisillons grandirent rapidement et l’arbre partagea les joies et les anxiétés des parents. Les bébés bougeaient beaucoup, parfois ils se balançaient dangereusement sur le bord du nid et l’arbre craignait de les voir choir au sol. Il eut terriblement peur lorsque les parents donnèrent la première leçon de vol à leur progéniture. Les enfants ne semblaient pas avoir une aussi bonne coordination que les parents, mais après quelques essais maladroits, ils réussirent à maîtriser la technique du vol. Ils reçurent aussi de leurs parents les autres leçons essentielles à la vie d’un oiseau, comme la quête de nourriture, le sens de l’orientation et comment éviter les prédateurs. Au fil du temps, l’arbre vit les oiseaux de moins en moins fréquemment, à mesure que les enfants acquirent leur indépendance. 

L’arbre avait aussi d’autres amis, les fleurs sauvages par exemple. Elles étaient minuscules comparées à sa taille imposante, mais il était quelque peu intimidé par ces créatures. Elles parlaient d’une manière étrange et de rien d’autre qu’elles-mêmes. Elles croyaient que le monde tournait autour d’elles. Elles avaient une notion exagérée de leur importance mais elles étaient si jolies et naïves que l’arbre ne pouvait s’empêcher de les aimer malgré leurs grands airs. 

Il y avait aussi les abeilles qui pollinisaient les fleurs et recueillaient le nectar. Elles ne s’arrêtaient jamais et ne parlaient pas beaucoup, mais l’arbre admirait leur ardeur au travail. 

Un seul animal dérangeait l’arbre. C’était une chenille qui rampait en le chatouillant pour se rendre jusqu’à sa destination, les feuilles. La chenille se mettait alors à manger ses feuilles! L’arbre fut extrêmement indigné au début mais la chenille ignora  toutes ses protestations. L’arbre endura ce traitement humiliant jusqu’à ce que la chenille se transformât en un magnifique papillon qui remercia gracieusement l’arbre pour son apport nutritionnel durant toutes les étapes de son développement. Il expliqua aussi qu’à l’état de chenille, il n’était pas assez développé pour tenir une conversation. 

L’arbre apprit ainsi la tolérance et se fit à l’idée qu’il servait de nourriture à des êtres tous petits.  Il apprit à partager et il  ressentit une certaine fierté à contribuer à la création de si belles choses. Il découvrit la générosité et à ne pas juger à première vue. 

La vie était belle pour notre arbre et il était heureux. Chaque soir, il regardait le coucher de soleil avec un émerveillement sans cesse renouvelé. Puis, les choses commencèrent à changer. Un jour, il réalisa que les oiseaux étaient partis depuis un bon moment. Les fleurs sauvages moururent durant une nuit froide et il les trouva au petit matin toutes flétries. Ses propres feuilles se mirent à changer de couleur pour finalement tomber une à une.       

La rivière arrêta de couler et se figea dans un silence mortuaire. Les abeilles, les chenilles et les papillons disparurent aussi. L’arbre avait peur. Il ne comprenait pas ce qui se passait et il était triste de perdre tous ses amis. 

Un jour, il se réveilla pour trouver tout son monde recouvert d’une épaisse couverture de substance froide et blanche. Il se crût près de mourir, comme tout ce qui l’entourait.      

‘’Pourquoi?’’ se demanda-t-il. ‘’Cela a été tellement court. Est-ce là tout ce qu’il y a? Je ne veux pas mourir!’’ 

Il se recroquevilla au plus profond de lui-même, attendant la fin. Le temps passa, jusqu’à ce qu’un jour il entendit une voix à l’extérieur qui l’appelait. Il se secoua de sa torpeur et demanda :

–  Qui est là? Je ne vous vois pas.

–  Tu ne peux pas me voir, mais tu peux me sentir, répondit la voix. Je suis le vent et je suis occupé à soulever une tempête en ce moment, mais je n’ai pas pu m’empêcher de remarquer ton état. Pourquoi es-tu si triste?

–  Oh, j’avais une vie merveilleuse avec une foule d’amis et de plaisirs, j’apprenais de nouvelles choses chaque jour, mais tout cela a disparu. Je pense que je suis en train de mourir, expliqua l’arbre.

–  Mais non, tu n’es pas en train de mourir, tu es un jeune chêne en santé et vigoureux, c’est évident, répondit la voix.

–  Je suis un chêne? Est-ce que c’est bien d’être un chêne? demanda-t-il timidement.

–  Assurément. Les chênes sont très gentils et majestueux même s’ils sont plutôt solitaires.

–  Je me sens vraiment seul en ce moment. Je ne comprends pas où sont partis tous mes amis, les fleurs, la rivière, les oiseaux et les papillons. Même le soleil n’est plus là aussi souvent. Regarde-moi, je suis tout nu. Un arbre en santé et vigoureux ne perdrait pas toutes ses feuilles, non?

–  Mon enfant, tu te trompes. Tout ce qui t’arrives est parfaitement normal. Cela s’appelle l’hiver. Un chêne en santé perdra ses feuilles chaque année avant l’hiver.

–  À quoi sert l’hiver? Je n’aime pas cela du tout. Il n’y a plus personne et plus rien ne se passe.

–  L’hiver est une période qui te permet de réfléchir sur ta vie, de regarder le chemin parcouru et d’entrevoir la route à venir. C’est aussi le temps de revoir tous les souvenirs que tu as accumulés, de les apprécier de nouveau. Si toute ta vie n’était qu’un été perpétuel, rempli de beauté et de bonheur, cela perdrait rapidement toute valeur. Une chose doit te manquer pour pouvoir vraiment l’apprécier.

Utilise ce temps pour penser et contempler. C’est une pause que t’accorde la nature. Tout reviendra comme avant et tu l’apprécieras beaucoup plus, parce que cela t’auras manqué.

 –  Pourquoi est-ce que cela arrive pour la première fois maintenant alors que vous dites que c’est périodique? demanda l’arbre.

–  Cela t’est arrivé précédemment, mais tu étais trop jeune pour comprendre ou le remarquer. Ton esprit est comme ton corps, il grandit. Tu étais trop immature pour remarquer le changement des saisons. Tu es plus vieux maintenant et ton esprit s’est développé.

–  Merci infiniment de m’expliquer tout cela. Est-ce que vous reviendrez me voir? demanda-t-il avec espoir.

–  Ne t’inquiète pas, je circule beaucoup durant l’hiver. Je vais repasser par ici. Prend soin de toi.

Le vent revint effectivement plusieurs fois durant le long hiver et le chêne apprit beaucoup de ses enseignements. Le vent avait voyagé à travers le monde et il raconta ses aventures à son jeune élève. 

Entre ces visites, le jeune chêne passait le temps confortablement, à revoir et à savourer ses souvenirs de l’été précédent. 

Éventuellement, la sève se remis à circuler plus rapidement dans ses veines et il se sentit renaître. Comme l’avait promit le vent, les oiseaux revinrent, la rivière recommença à couler et la couverture blanche s’évanouit graduellement. Il assista à la naissance de nouvelles fleurs sauvages, d’autres chenilles vinrent le chatouiller et il fut content de les voir manger ses feuilles. Les abeilles étaient tout aussi occupées qu’avant, comme si elles n’avaient jamais arrêté de butiner. 

Le chêne apprécia ce nouvel été encore plus pleinement que le précédent parce qu’il savait maintenant que cela ne durerait pas. Il essayait de vivre sa vie selon les enseignements du vent, en devenant sage et bienveillant. 

À la fin de l’été, il ne fût pas effrayé car il savait ce qui s’en venait et il était prêt à se reposer. Il avait une foule de nouvelles expériences et de beaux souvenirs à se remémorer.

 Son ami le vent, continua ses visites et ils passaient de bons moments ensemble. Le chêne devint un arbre solide et majestueux. Il ne pouvait pas voyager comme le faisait le vent, mais il devint sage et cultivé en écoutant les récits des autres. Il demeura humble et sociable, appréciant la compagnie des autres espèces. Il ne perdit jamais la capacité de s’émerveiller  et il ne cessa jamais d’apprendre. Il aimait et était aimé de tous. 

Une chose rendait le chêne particulièrement heureux. Son ami le vent, lui avait dit lors d’une de ses visites, qu’il connaissait un autre chêne, tout comme lui, en des lieux lointains. Cet arbre, disait son ami, avait plus de quatre cent ans. 

Le chêne songeait à tous les coucher de soleil à venir et il en était rempli de bonheur.

Les mots sont comme les glands… Chacun d’eux ne donne pas un chêne, mais si vous en plantez un nombre suffisant, vous obtiendrez sûrement un chêne tôt ou tard.   –   William Faulkner