Voyage dans le temps

TEPS

Comme je le mentionnais dans un article dernièrement, nous essayons constamment de nous projeter dans le futur mais nous ne sommes pas très bons pour imaginer la personne ou la vie que nous aurons à ce moment-là.

La société en général,  fait aussi cet exercice régulièrement et tente d’imaginer ce que sera la vie de sa population dans plusieurs décennies.

En 1967, le réseau américain CBS présentait une série sur le 21e siècle. L’animateur était le célèbre présentateur de nouvelles Walter Conkrite. Un épisode en particulier, présenté en mars 1967, s’intitulait ‘’ At Home 2001’’ et présentait une vision de la maison familiale telle qu’envisagée par les penseurs de l’époque.

Dans cet épisode, on suggérait entre autres, que notre vaisselle serait entièrement recyclable, au point d’être liquéfiée par une machine après chaque repas, pour être reconstituée en de nouveaux couverts pour le repas suivants. De plus, la préparation des aliments devait devenir presque entièrement automatique. Nous n’aurions qu’à taper le menu désiré à l’avance et il apparaîtrait au moment voulu.  Les ingrédients pré-emballés seraient conservés pendant des décennies si besoin, congelés ou ‘’irradiés’’. Lorsque requis, ils seraient acheminés de l’entreposage au four micro-ondes, pour former un repas et être cuits en quelques secondes. Pour obtenir des couverts, il suffirait d’appuyer sur un bouton pour voir apparaître le bon nombre d’assiettes et d’ustensiles, fabriqués à l’instant même. Cela me fait un peu penser aux imprimantes 3D développées ces dernières années, mais nous sommes encore loin d’une telle réalité.

Walter Cronkite  assurait aussi les téléspectateurs que les robots ménager seraient d’usage courant. Nous avons bien les aspirateurs robots tels la Roomba, mais nous n’avons pas encore les robots envisagés, qui feraient tout le travail domestique et utiliseraient les escaliers sans problème.

Les experts s’imaginaient que les meubles seraient gonflables. Nous aurions ainsi quelques fauteuils supplémentaires en réserve, que nous n’aurions qu’à gonfler pour nos visiteurs et  que nous pourrions ranger par la suite dans l’armoire pour ne pas encombrer la maison. Les lits gonflables sont effectivement devenus une réalité et sont bien utiles pour dépanner.  les meubles pour enfants quant à eux devaient devenir jetables et être fabriqués à partir de papier.

La maison à l’aube du 21e siècle allait être auto-suffisante, comme un vaisseau spatial. Elle ferait re-circuler toute l’eau utilisée et aurait sa propre source d’électricité à partir de batteries. En entrant dans la maison, on pénétrerait dans un sas vitré où la poussière et les impuretés extérieures seraient aspirées de manière ‘’électrostatique’’.

Les penseurs de cette époque ont correctement prévu l’avènement de la télé couleur à écran géant, mais nous sommes un peu en retard sur l’horaire en ce qui concerne la télé en 3D qui devrait être répandue dans tous les foyers depuis un bon moment.

Walter Cronkite explique dans l’émission de 1967 qu’un rapport gouvernemental récent avait conclu que les américains travailleraient 30 heures par semaine en l’an 2000 et qu’ils bénéficieraient d’un mois de vacances à la base. Les gens auraient beaucoup plus de temps pour les loisirs. Disons, que la fiction dépasse la réalité là dessus, les Américains travaillant plus d’heures et prenant moins de vacances aujourd’hui qu’à l’époque.

L’ordinateur, comme objet de la vie courante avait été prédit, avec une console géante comprenant plusieurs écrans qui informerait, donnerait des instructions et fournirait les divertissements de la famille toute entière. On soutenait aussi que cet équipement permettrait de travailler à partir de la maison, sans jamais avoir à se rendre à un bureau. Les nouvelles seraient distribuées dans cette console via des satellites de partout dans le monde. On prévoyait aussi la création de vidéo-téléphones.

L’ambiance de l’époque était enthousiaste. La NASA et l’âge spatial était en effervescence et on imaginait le futur rempli de gadgets qui transformeraient la vie de tous les jours.

De nombreux items de cette émission d’il y a plus de 45 ans sont devenus réalité. Je m’amusais cette semaine à essayer de concevoir ma personne dans 25 ans. C’est difficile comme exercice car on se sait pas ce que sera notre vie et la société à ce moment-là, sans parler des changements internes dont j’ai discuté dans un autre article.

J’ai donc regardé mon moi d’il y a 25 ans, en 1988. Cette année-là. j’avais 27 ans et si aujourd’hui, je pouvais prendre cette personne de  27 ans et lui présenter mon quotidien, elle serait effarée. Juste dans la maison, il y a l’internet par câble DSL, les nombreux ordinateurs de bureau ou portatifs reliés par un réseau wi-fi, les téléphones cellulaires intelligents, les thermostats programmables, le robot aspirateur, la télé sur demande, Facebook, Twitter et autres réseaux sociaux et une multitude d’objets qui n’existaient pas et que mon moi de 27 ans n’aurait pas pu imaginer à son époque.

En 1988, j’achetais mon journal quotidien et c’était ma source unique de nouvelles, à part quelques abonnements à des magazines d’actualités. Aujourd’hui, je peux prendre connaissance des nouvelles n’importe quand et de n’importe où dans le monde grâce à internet.

Lorsque je me projette 25 ans dans le futur pour imaginer ma vieillesse, je peux difficilement concevoir toutes les avancées scientifiques et les changements majeurs qui se dérouleront sur une si longue période. Les changements seront-ils aussi grands que sur les derniers 25 ans? Probablement, et c’est pourquoi nous serons toujours approximatifs dans notre conception du futur.

Dans le temps, même le futur était mieux.   –    Karl Valentin
La distinction entre le passé, le présent, le futur n’est qu’une illusion, aussi tenace soit-elle.
–   Albert Einstein

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À la poubelle

abandonner comportements

Janvier est la période des résolutions, moment où l’on tente de prendre de nouvelles habitudes. Il nous arrive aussi de vouloir perdre des habitudes néfastes qui nous minent depuis longtemps.

Certains comportements, modes de pensée ou états d’esprit auraient avantage à être abandonnés, ce qui pourrait nous simplifier la vie et par le biais, nous rendre plus heureux.

J’aime bien avoir raison, mais nous admettrons qu’avoir raison toute seule n’est pas l’objectif. Vouloir avoir raison à tout prix, détester « perdre » un argument, peut éloigner bien des gens et nous isoler. Il faut se demander si l’enjeu en vaut vraiment la peine et si notre ego n’est pas légèrement démesuré, pour s’entêter à toujours essayer d’avoir raison au sujet de n’importe quelle broutille.

Heureusement, dans mon cas, Tendre Moitié n’est pas du genre à escalader un argument pour avoir raison alors ma tendance à la discussion est tenue en laisse, sans trop d’effort de ma part.

Certaines personnes vont affirmer après l’escalade d’un argument, que l’autre a probablement raison, en ajoutant « si ça peut te faire plaisir », ce qui à mon sens est un discours passif-agressif. Tendre Moitié lui, ne joue pas à ces petits jeux et évitera tout simplement que la discussion dégénère en premier lieu.

Le contrôle est un désir assez puissant. Il est impossible de tout contrôler, mais bien des gens tentent malgré tout de contrôler leur petit univers et les gens qui en font partie. Même si l’être humain aime être en contrôle, peu de gens apprécient d’être contrôlés par d’autres. Ce qui illustre bien que le désir de contrôler tout un chacun devrait être réprimé. Laisser les gens être eux-mêmes, faire les choses à leur façon et trouver eux-mêmes les solutions à leurs problèmes, éliminera beaucoup de stress dans notre vie. Les choses vont se faire quand même, mais probablement pas selon notre horaire ou de notre manière. Et puis après ?

Il ne faut pas croire tout ce que notre esprit nous dit, particulièrement si c’est négatif, dévalorisant ou défaitiste. Notre langage intérieur excelle à nous convaincre que nous n’arriverons pas à faire telle ou telle chose, au point que souvent, nous n’essaierons même pas. Nous sommes parfois notre pire ennemi et détracteur. Il ne faut pas se laisser dominer par cette petite voix intérieure qui ne fait que refléter nos insécurités.

Certaines personnes adorent se plaindre ou commenter négativement à tout propos. Nous avons alors droit à une longue litanie sur ce qui ne va pas dans le monde et dans leur propre vie. L’intention est peut-être d’attirer de la sympathie, mais le résultat est souvent tout autre. Le négativisme à outrance éloigne les gens. Nous ne sommes pas toujours responsables de ce qui nous arrive, mais nous pouvons décider de notre attitude face aux évènements de la vie.

Les gens différents de la « norme », qui ne rentrent pas dans le moule de la société ont une réalité plus difficile à vivre. Une copine de Charmante Ado s’est récemment déclarée homosexuelle, puis s’est récusée en voyant les réactions de ses camarades. Elle dit maintenant qu’elle est bel et bien en amour avec une autre fille et « qu’on ne peut pas changer ce qui ne se change pas ».

On étiquette souvent ce qu’on ne comprend pas comme étant bizarre, hors nature ou pire. Il serait temps de s’ouvrir l’esprit et d’accepter ce qui est différent de notre petite personne, au lieu de rejeter une personne pour cette raison. L’esprit ne fonctionne qu’en étant ouvert, pas fermé.

Cette saison, le vestiaire de l’équipe de hockey des Canadiens de Montréal, est orné d’un nouveau slogan: « No excuses » (Pas d’excuses). C’est une excellente idée de dire adieu aux excuses qui nous limitent dans ce que nous pourrions accomplir. Au lieu de se mentir à soi-même et aux autres en proférant des excuses pour expliquer nos erreurs, nos échecs ou notre inertie, nous pourrions analyser notre performance, en faire les déductions nécessaires et nous résoudre à nous améliorer la prochaine fois. La première étape est évidemment de reconnaître notre responsabilité sans chercher d’excuses.

Améliorer sa vie, c’est aussi laisser tomber les comportements qui ne nous apportent rien de positif.

 

Imposer sa volonté aux autres, c’est force. Se l’imposer à soi-même, c’est force supérieure.      –   Lao-Tseu
La plus grande forme d’ignorance est de rejeter quelque chose dont vous ne connaissez rien.   –  Wayne Dyer

Mémoire partagée

connaissances

En général, l’humain évite de faire un effort mental à moins d’y être obligé.  Nous sommes réticents à faire tout le processus cognitif requis, lorsqu’un raccourci est disponible.

La technologie nous permet d’utiliser des raccourcis. Charmante Ado découvre les joies de la calculatrice à l’école ces temps-ci  et elle n’est plus obligée de faire les calculs dans sa tête. La calculatrice n’avait jamais été permise avant cette année, justement pour que les élèves soient capables de faire les calculs mentaux par eux-mêmes.

Nous faisons la même chose avec nos cellulaires et GPS. Au lieu de mémoriser des adresses et des numéros de téléphones, nous les entrons dans nos appareils et ils sont disponibles sur le champ, sans effort mental.

Les gens ne se fieront pas à leur mémoire pour les choses qu’ils peuvent accéder facilement autrement. De nombreuses études ont démontré que l‘on peut modifier drastiquement l’environnement d’une personne, sans qu’elle le remarque; en enlevant des immeubles dans des photos pendant que les gens regardent ou en changeant un interlocuteur durant une interaction sans que cela soit remarqué.

Ce phénomène se nomme la cécité au changement. Ce n’est pas un exemple de stupidité mais plutôt un exemple d’efficacité mentale. L’esprit juge que le monde qui l’entoure est plus fiable que ce que contient notre mémoire.

Daniel Wegner de l’université Harvard  a réalisé une étude sur la mémoire. Dans celle-ci, il a demandé à des couples de faire un test de mémorisation. La moitié des couples  a été séparée et les participants ont été jumelés avec des inconnus. L’autre moitié est demeurée en couples. Les gens qui étaient en couple dans la vie se sont souvenus de davantage d’items, que ce soit individuellement ou lors des exercices ensemble, que les paires qui ne se connaissaient pas.

Il semblerait que les membres d’un couple ont en général une bonne compréhension de leurs partenaires. Par conséquent, ils se séparaient tacitement le travail de mémorisation. Par exemple, un partenaire mémorisait les mots en rapport avec la technologie, en présumant que l’autre enregistrerait les mots reliés aux sports.

Ainsi, chaque partenaire se concentrait sur ses propres forces et, individuellement, ils performaient mieux que les paires qui ne se connaissaient pas et qui ne pouvaient pas se partager le travail de mémorisation.

Tout comme nous fions aux moteurs de recherche sur Internet, dans la vie, nous nous fions aussi sur les gens qui nous entourent pour penser à certaines choses, développant ainsi un système de mémoire partagée que l’on peut accéder facilement.

Au lieu de devoir se fier uniquement sur nos propres ressources pour tout, nous pouvons partager nos connaissances et avoir accès à des données plus vastes. La technologie s’occupe de garder en mémoire des données pour nous et cela nous évite de devoir faire l’effort. Nous avons maintenant de vastes répertoires de connaissances facilement accessibles par Internet. Nous bénéficions tous de cet accès facile et instantané. Si je le désire, je peux consulter des informations sur la culture des artichauts ou comment construire une éolienne. Tout cela est accessible au bout de mes doigts, ce qui est un énorme changement dans l’histoire humaine.

Nous ne vivons pas seulement dans un environnement physique, nous avons aussi un environnement mental.  Notre esprit n’est pas tout à fait isolé car il bénéficie des gens qui nous entourent et des outils disponibles.

Nous vivons chaque jour dans des environnements virtuels définis par nos idées.   –   Michael Crichton

Riche et célèbre

célèbre

L’argent est certainement un élément primordial dans nos vies. Il nous permet de combler nos besoins de base comme la nourriture, les vêtements tout en nous procurant un endroit où habiter. L’argent nous permet aussi de vivre des expériences intéressantes et enrichissantes. Les biens personnels ont une certaine valeur pratique ou esthétique, ils nous procurent aussi du divertissement et nous permettent de faire des activités physiques.

Rechercher la richesse et l’accumulation de biens matériels en croyant que cela nous apportera quelque chose de profond et de significatif relève de la fantaisie. Croire que la richesse et le matérialisme nous rendront plus heureux, plus attrayants, plus populaires et que nous aurons un statut plus élevé est utopique selon une étude approfondie. Au contraire, les gens qui attachent de la valeur au succès financier sont moins heureux, ont une estime de soi plus basse, sont plus déprimés et anxieux et ont des relations moins satisfaisantes,

Les enfants de nos jours, sont inondés de messages par les médias, allant des magazines remplis de célébrités avec leurs demeures somptueuses, aux personnages des téléréalités. Les jeunes captent très tôt le message que la seule manière de se distinguer est d’avoir plus d’argent et plus de possessions.

Une étude récente a révélé que 81% des jeunes interrogés plaçaient ‘’être riche¨ au premier ou au deuxième rang de leurs aspirations. Ils ne savaient pas, par contre, comment s’y prendre pour y arriver, confortables dans leur illusion que ‘’tout est possible’’.

Il semblerait que les personnes qui ont la plus grande influence sur les valeurs matérielles que développeront les enfants, sont leurs parents, leurs pairs et la culture populaire. La perception qu’aura l’enfant des conflits entre ses parents déterminera son attachement aux choses matérielles. Plus les conflits impliquant des questions matérielles seront nombreux, plus l’enfant attachera d’importance à l’argent et aux possessions.

Les médias modernes comme YouTube, Facebook et Twitter ont transformés la publicité. Il y a maintenant des jeux sur de nombreux sites Web de compagnies; tels que Mattel, Hasbro et MegaBblocks. De nombreux jeunes ‘’aiment’’ et suivent les pages Facebook de compagnies qui cherchent à les fidéliser comme consommateurs.

Une étude américaine récente a examiné les valeurs exprimées durant les émissions télévisées les plus populaires auprès des jeunes entre neuf et onze ans. Les données couvraient la période de 1967 à 2007.

Les résultats révèlent peu de changements des valeurs pour les émissions diffusées entre 1967 et 1997. Durant cette période, les valeurs les plus souvent exprimées étaient l’appartenance à la communauté, la compassion, l’image, la tradition e la popularité. Les cinq valeurs le moins fréquemment présentées étaient la célébrité, la condition physique, l’hédonisme, la spiritualité et le succès financier.

Dans les émissions de la dernière décennie, on a pu voir un changement dramatique des valeurs projetées. Les valeurs les plus fréquentes étaient la célébrité, la réussite, la popularité, l’image, le succès financier, le pouvoir et l’égocentrisme.

Les valeurs que l’on retrouve le moins souvent dans les émissions pour jeunes, sont maintenant la spiritualité, la tradition, la sécurité, le conformisme, la compassion et  l’appartenance à la communauté.

Une analyse plus poussée des données révèle qu’entre 1997 et 2007, on a vu les personnages principaux devenir de plus en plus centrés sur le thème de la célébrité. L’ambition, se comparer aux autres, chercher de l’attention, la vanité, le glamour et le matérialisme sont des valeurs plus en plus présentes dans ce type d’émissions.

Il semble que ce changement drastique des valeurs présentées aux jeunes, coïncide avec la nouvelle technologie. Que l’on pense à Hanna Montanna, iCarly ou Big Time Rush, plusieurs émissions de jeunes ont pour thème central, des adolescents ayant atteint la célébrité en faisant carrière comme artiste populaire.

Toutes ces émissions envoient le même message, que la célébrité est le seul objectif et qu’apparemment, tout le monde peut y arriver avec très peu de préparation ou de travail. On aimerait bien croire que nos jeunes ne croient pas à ces sornettes mais quelques études semblent démontrer le contraire.

Selon une étude préliminaire faite auprès des enfants de moins de dix ans, devenir célèbre, riche et beau arrivent en premiers lieux de leur liste de choses souhaitables.

Les forces produisant ces messages sont puissantes. Notre seule alternative est de limiter l’exposition de nos enfants à ces valeurs superficielles tout en leur présentant des valeurs positives pour contrebalancer. Il faut aussi enseigner à nos enfants à ne pas se laisser séduire par ce type de messages, sinon, une fois arrivés à l’âge adulte, la désillusion sera brutale lorsqu’ils devront faire face à la réalité. La poursuite de la richesse et de la célébrité ne peut pas être l’unique objectif de nos jeunes et il faut leur faire prendre conscience que ce qu’on leur fait miroiter est une chimère.

L’estime vaut mieux que la célébrité, la considération vaut mieux que la renommée et l’honneur vaut mieux que la gloire.   –   Sébastien Roch, dit Nicolas de Chamfort
Pourquoi vendons-nous du bonheur aux lecteurs du magazine, si nous sommes profondément malheureux, esclaves de la célébrité? – Paulo Coelho

La fin justifie les moyens

tromperie

Lorsque l’on s’interroge sur les valeurs que nous voulons inculquer à nos enfants, nous devrions aussi prendre en ligne de compte le message que la société leur envoie.

Certaines valeurs véhiculées par la société sont dommageables pour le développement des enfants selon plusieurs études.

Il y a d’abord l’idée du succès à tout prix. Cette culture du succès amène les enfants à croire qu’ils doivent absolument réussir pour être reconnus par la société, leurs pairs et même par leurs parents. Les médias érigent le succès comme un but à atteindre, peu importe les moyens ou le prix.  Cette pression du succès crée un besoin désespéré de réussir chez les jeunes. Lorsque ce besoin intense est jumelé avec une culture où la fraude, la cupidité et l’absence de culpabilité sont monnaie courante, les jeunes apprennent qu’ils peuvent user de n’Importe quel moyen pour parvenir à leurs fins.

Les médias projettent ces images de succès à tout prix en nous montrant des exemples de malhonnêteté, de tricherie, de manipulation et de couteaux dans le dos. La téléréalité est un exemple frappant de cette culture. Le mensonge et la tromperie forment la base de ces émissions.

Plusieurs évènements récents nous indiquent que la fraude, les malversations et la corruption sont beaucoup plus fréquents qu’on aimerait le croire. Le sport est aussi victime de cette vision du succès à tout prix et les champions se retrouvent déchus, lorsque l’on découvre qu’ils prenaient des substances illégales. Les jeunes idéalisent ces héros et les prennent comme modèles.

Des études récentes démontrent que pour les jeunes, la fin justifie souvent les moyens. 75% des étudiants interrogés ont rapporté avoir triché lors d’un test, au cours des douze mois précédents. En 1963, seulement 25% des jeunes interrogés déclaraient avoir déjà triché et en 1993, le taux de tricherie était de 50%.

Ce qui est plus inquiétant, c’est que 50% des étudiants de niveau secondaire croient qu’il n’y a rien de mal à tricher. Ils rationalisent la tricherie en déclarant que personne ne peut réussir dans la vie de nos jours, sans tricher. Ils croient qu’une personne totalement honnête ne peut pas réussir dans la vie. Certains se disent prêts à sacrifier leur intégrité pour faire bonne impression. Ils disent être jugés presque exclusivement sur leurs notes et qu’ils n’ont pas le choix de tricher. Les attentes de leurs parents, professeurs et autres adultes les obligent, selon eux à considérer la tricherie comme une option valable pour éviter l’échec.

De plus en plus de jeunes athlètes sont prêts à sacrifier leur santé et même leur vie pour être un ‘’gagnant’’. Des études récentes rapportent  qu’aux États-Unis, entre 4 et 12% des athlètes masculins de niveau secondaire utilisent des stéroïdes. Ils sont influencés en grande partie par les athlètes professionnels et s’ils voient que les bénéfices des stéroïdes sont significatifs, alors que les risques d’être pris sont minimes, ils n’hésiteront pas à en prendre, car à cet âge-là, le sentiment d’Invincibilité est très puissant.

Avec la technologie, les jeunes peuvent tricher de façon encore plus créative qu’auparavant, avec moins d’efforts et moins de chance d’être démasqués. L’internet peut fournir une pléthore de données sur n’importe quel sujet. Certains professeurs en sont rendus à taper des phrases entières des travaux de leurs étudiants dans Google, pour vérifier s’il y a eut plagiat. Il y a aussi des sites internet qui permettent d’acheter des travaux scolaires au lieu de les faire soi-même.

Selon les chercheurs, il y aurait une certaine contagion sociale avec la tricherie. Les jeunes auront plus tendance à tricher si leur entourage triche. Le fait de voir d’autres personnes tricher semble rendre la tricherie plus acceptable. La grande diffusion des différents moyens de tricher ou de frauder, par une vaste variété de tricheurs, allant des politiciens, aux hommes d’affaires en passant par les athlètes professionnels, donne le message aux jeunes que tout le monde triche et qu’ils doivent aussi le faire pour rester au même niveau que les tricheurs.

Il semble que la tricherie pratiquée au secondaire ou à l’université, perdure par la suite à l’âge adulte. Des études récentes indiquent que ceux qui ont triché tôt dans la vie, continueront à tricher plus tard, en mentant aux consommateurs, aux patrons, ou dans leurs relations amoureuses. Ils n’hésiteront pas à faire de fausses déclarations dans leur déclaration d’impôt ni à gonfler leurs réclamations d’assurances.

Il faudrait changer le message qui laisse croire aux jeunes qu’il est correct de mentir, de tricher, d’être irresponsable ou égoïste. La corruption n’est pas un mode de vie très édifiant et la société devrait s’indigner plus facilement et plus fréquemment lorsque nous en voyons des exemples manifestes de fraude ou de malhonnêteté. Sinon, nous lançons le message que la tromperie est justifiée et que, comme dans les téléréalités, la fin justifie les moyens.

La fin justifie les moyens. Mais qu’est-ce qui justifiera la fin ?   –   Albert Camus
Tout ce qui a son prix est de peu de valeur.   –    Friedrich Nietzsche