Je t’écris de la main gauche

20130405-224503.jpgJ’ai été étonnée en lisant une étude récente d’apprendre que seulement 10% des gens sont gauchers. Je croyais ce pourcentage beaucoup plus élevé. À la maison, je suis en minorité comme droitière, car Tendre Moitié et Charmante Ado sont tous les deux gauchers.

Il semble que ce ratio de 10% de gauchers soit resté constant tout au long de l’histoire humaine. On ne sait pas vraiment comment et pour quelle raison un choix se fait lors du développement de l’enfant, ni pourquoi un si faible pourcentage deviennent des gauchers, dans une proportion relativement stable, tout au cours de l’évolution humaine.

Avec ces incertitudes, certaines croyances et mythes se sont développés au sujet des gauchers. L’étude en question examine un certain nombre de ces mythes pour en évaluer la pertinence.

Un des mythes les plus répandus est celui que les gauchers seraient plus introvertis, plus intelligents et plus créatifs. On dit souvent que les artistes et les musiciens sont plus souvent gauchers. L’explication un peu trop simpliste serait que l’hémisphère droit, qui contrôle la main gauche, est le siège de la créativité. Léonard de Vinci était gaucher par exemple.

En fait, il y a très peu de preuves pour soutenir cette théorie. Une étude regroupant 226 étudiants Néo-Zélandais a évalué la personnalité selon que les sujets étaient gauchers ou droitiers. Les résultats ont démontré qu’il n’y avait pas de différence dans les éléments de la personnalité des sujets entre les gauchers et les droitiers. Toutefois, les gens qui étaient ambidextres avaient tendance à être plus introvertis.

Une autre étude a examiné l’intelligence et n’a trouvé aucun lien démontrant que les gauchers étaient favorisés de ce côté. Une autre étude a par ailleurs conclu à un léger avantage pour les droitiers, mais encore là, rien de concluant.

Un autre croyance, qui elle s’avère exacte, est que l’hémisphère gauche du cerveau des gauchers est moins souvent dominant pour le langage que chez les droitiers. Pour une grande majorité des humains, le centre du langage est situé dans l’hémisphère gauche. Un accident vasculaire cérébral localisé du côté gauche du cerveau entraînera des problèmes de langage. La dominance du côté gauche pour le langage se retrouve chez 95% des droitiers, mais seulement chez 70% des gauchers. Les 30% restants auront le centre du langage, soit du côté droit, soit, réparti également entre les deux hémisphères.

Un autre mythe postule que les gauchers meurent plus jeunes et souffrent davantage de maladies impliquant le système immunitaire. La théorie de la mort précoce provient d’une étude datant de 1988 par Diane Halpern et Stanley Coren. Ces psychologues avaient analysé les registres de décès des joueurs de baseball et décrété que les gauchers avaient tendance à mourir plus jeunes. Une autre étude, réalisée en 1994, analysant la mort de joueurs de cricket, a quant à elle conclut qu’il n’y avait absolument aucun lien entre gauchers et morts précoces.

Quant au mythe des maladies immunitaires plus fréquentes, deux chercheurs ont analysé les données de 89 études impliquant 21 000 patients et n’ont trouvé aucune tendance systématique reliant les gauchers à la susceptibilité de développer des maladies immunitaires.

La théorie que nous deviendrons davantage ambidextres avec l’âge, serait véridique selon les chercheurs. Une étude datant de 2007, réalisée par Tobias Kalisch et ses collègues a recruté 60 participants solidement droitiers et leur a fait exécuté une variété de tâches manuelles. Les jeunes sujets d’en moyenne 25 ans ont réussi beaucoup mieux avec leur main droite. Les droitiers plus âgés, (moyenne de 50 ans) ont réussi aussi bien avec la main gauche que la droite lorsqu’on leur demandait de viser, alors que les droitiers entre 70 et 80 ans réussissaient aussi bien dans toutes les tâches demandées, quelle que soit  la main utilisée. Malheureusement, chez ces sujets plus âgés, l’équilibre résultait d’une perte de dextérité de la main droite, qui se retrouvait ainsi au même niveau que la main gauche.

Les gauches ont été plus ou moins persécutés tout au long de l’histoire. On a longtemps tenté de corriger ce  »défaut » en obligeant les gauchers à utiliser leur main droite. De nos jours, on reconnaît que ce n’est pas un problème à corriger et les gauchers ne sont pas sujets à la discrimination. 5 des 7 derniers présidents américains étaient gauchers.

Dans les sports, les gauchers sont souvent avantagés, particulièrement lorsqu’ils jouent directement face à un adversaire, comme au tennis, au hockey ou au basketball. Les gauchers sont habitués à jouer contre des adversaires en majorité droitiers alors que les droitiers font face à des gauchers beaucoup moins souvent.

Dans tous les sports que Charmante Ado a pratiqués, que ce soit le basketball, le water polo ou le karaté, tous ses instructeurs étaient excités de recruter un joueur gaucher. Cela compense pour les difficultés que les gauchers rencontrent à utiliser des outils et ustensiles conçus pour des droitiers.

Charmante Ado a utilisé des ciseaux pour gauchers pendant un très court laps de temps, puis elle a décrété, que tout comme Tendre Moitié, elle utiliserait les objets pour droitiers. À moins de transporter en tout temps ses ciseaux gauchers avec soi, il faut inévitablement utiliser en maintes occasions des ciseaux pour droitiers, alors ils trouvent plus simple tous les deux de s’habituer aux objets pour droitiers qui sont beaucoup plus répandus.

Dans le titre: Je t’écris de la main gauche. – Chanson de Danielle Messia (une de mes chansons préférées).
Je suis adroit de la main gauche et je suis gauche de la main droite. – Raymond Devos

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De la cervelle en masse

cerveau

Le cerveau humain est un organe qui a un volume moyen d’environ  1400 centimètres cubes, ce qui est assez volumineux par rapport à la taille de notre corps. Les chercheurs ont émit plusieurs hypothèses pour expliquer ce gros cerveau. La première est l‘hypothèse du cerveau social. Nous aurions développé un plus gros cerveau au cours de l’évolution, parce que nous avons établi des relations sociales de plus en plus complexes qui demandaient une plus grande puissance neuronale. Une plus grande capacité cérébrale nous aurait permis de garder en mémoire qui aurait fait quoi à qui par exemple.

Notre cerveau plus développé aurait aussi été utile pour une foule d’autres choses. Comme à innover avec l’utilisation d’outils et la cueillette de nourriture. Il y a probablement plusieurs raisons qui ont joué en faveur d’un cerveau plus volumineux.

Pourtant, il y a beaucoup de points défavorables à un grand cerveau. Il y a un coût énergétique énorme à avoir un cerveau de grande taille. Le cerveau représente environ deux pourcent du poids total d’un corps humain, mais il consomme à lui seul vingt pourcent de toutes nos calories ingérées et ce pourcentage varie peu, que l’on effectue des tâches mentales ardues, ou que l’on végète sur le canapé en regardant la télé.

Si avoir un grand cerveau était si avantageux, nous devrions en voir aussi chez les autres espèces animales. Pourtant, la plupart des espèces se sont satisfaites de cerveaux relativement petits. Nos cousins, les chimpanzés, ont un cerveau qui est moins d’un tiers du volume du notre, alors qu’ils ont un poids se rapprochant du notre.

Par contre, la plupart des primates ont un cerveau  plus grand que l’on pourrait s’y attendre, par rapport à la grosseur de leur corps Le quotient d’encéphalisation  (QE) est une mesure de la grandeur du cerveau par rapport à la masse relative du corps. Un chat a un QE de 1, ce qui est ce à quoi on pourrait s’attendre, avec la grosseur de son corps.  Les chimpanzés (2.5) et les singes rhésus (2.1) ont un plus grand cerveau que l’on pourrait s’y attendre par rapport à leur corps. Les humains pour leur part on un QE de 7.5, nettement supérieur à ce que la grandeur de leur corps suggère. Les dauphins, qui forment comme les humains des groupes sociaux complexes, ont un QE d’un peu plus de 4.

Les chercheurs ont découvert que plus une espèce a tendance à vivre à l’intérieur d’un grand groupe social, pus le cerveau sera gros par rapport au corps.

Le nombre de Dunbar, nommé ainsi pour le chercheur qui a fait ses travaux, représente la quantité de personnes avec qui un individu moyen peut entretenir des rapports  personnels étroits. Il a été fixé à environ 150 personnes. Les chimpanzés eux entretiennent des relations avec un groupe d’en moyenne 60 à 70 individus.

La théorie de Robin Dunbar et Leslie Aiello est que nos ancêtres se sont regroupés pour éviter les prédateurs comme les hyènes et autres grands carnivores, lorsqu’ils ont quitté les arbres pour vivre sur la terre ferme. Pour maintenir ce rapprochement intime, ils ont développé un langage, ce qui a aussi fait augmenter la taille du cerveau.

Une étude publiée dans la revue Science, a trouvé une corrélation positive entre la quantité de matière grise du cerveau chez 23 singes rhésus et la grandeur du groupe auquel ils appartenaient. Une autre étude chez les humains a démontré un lien entre le nombre d’amis Facebook d’une personne et la densité de sa matière grise cérébrale.

Nous n’avions pas besoin d’un si grand cerveau pour faire fonctionner le corps humain. Mais il semble que nous ayons évolué vers cette voie pour nous permettre de nous rapprocher et d’entretenir des relations avec un plus grand nombre de personnes.

Cerveau: Appareil avec lequel nous pensons que nous pensons.   –   Ambrose Bierce

Le mystère du poil disparu

gorille dos argenté

C’est fou à quel point une chose peut nous mener  à une autre et complètement nous absorber pendant plusieurs heures ou même plusieurs jours.

Il y a quelques jours j’ai écouté un documentaire sur les gorilles présenté via l’émission Planète Bleue. Le film présentait l’histoire de Titus, un gorille des montagnes au dos argenté, sur une période de plus de trente ans. La primatologue  célèbre, Dian Fossey, lui a donné son nom en 1974, alors qu’elle faisait un recensement des gorilles du Rwanda.

Titus est devenu possiblement le gorille le plus photographié et filmé de tous les temps. Sa vie ainsi que celle de sa famille a été documentée dès sa naissance. Le père et l’oncle de Titus ont été tués par des braconniers alors qu’il n’avait pas encore cinq ans. Suite à une tentative de prise de pouvoir ratée par un mâle du groupe, toutes les femelles se sont enfuies parce que ce mâle avait tué le bébé d’une d’elles. Les mâles sont restés plusieurs années célibataires avant que d’autres femelles se joignent au groupe.

Éventuellement, Titus est devenu le chef de la bande et il a régné pendant quinze ans avant d’être vaincu par son propre fils. Le groupe s’est scindé en deux et seuls quelques gorilles sont demeurés avec Titus. Il a par la suite été mis au défi et harcelé pendant une dizaine d’années par un autre de ses fils, Rano et il a perdu définitivement le pouvoir. Titus est mort peu après, en septembre 2009, à l’âge de trente cinq ans. Si vous avez l’occasion de voir ce documentaire, n’hésitez pas, c’est fascinant. On voit la mère dont le bébé(qui était la petite soeur de Titus) a été tué lors du coup avorté, tenir son bébé mort, pendant deux jours dans ses bras, en essayant vainement de le ranimer. Je vous met le lien pour la version originale anglaise, car je n’ai rien trouvé en français.

Lorsque je disais au début de l’article qu’un chose en amène une autre, cette émission m’a amenée à me poser une question. Pourquoi les humains ont-ils perdus le poil dont ils étaient recouverts, en cours d’évolution? Il me semble que ce poil avait une très grande utilité et je ne voyais pas de raison logique pour que nous nous retrouvions, essentiellement nus.

J’ai donc lu sur le sujet durant les deux derniers jours et j’ai le regret de vous apprendre que les scientistes n’en ont aucune idée non plus. Il y a cinq grandes théories sur le sujet, mais aucune n’est pleinement satisfaisante ni concluante. Pour ceux que cela intéresse, voici ces théories:

La première relève d’une suggestion formulée par Charles Darwin. Il a postulé que le poil était nécessaire aux mammifères pour rester au chaud et qu’ils perdaient leur fourrure seulement pour une raison spéciale dans leur évolution. Les baleines et les morses ont perdu leurs poils pour améliorer leur vitesse dans leur nouveau milieu de vie, la mer. Les éléphants et les rhinocéros ont une peau très épaisse et sont trop massifs pour perdre leur chaleur corporelle durant les nuits froides, ils n’avaient donc plus besoin de poils. Pourquoi alors, est-ce que les humains seraient les seuls primates  à avoir perdu leur fourrure?

Nous aurions perdu graduellement notre fourrure à travers la sélection naturelle, puis une sélection sexuelle se serait produite avec le développement d’un goût pour l’esthétique d’une peau lisse. Ce caractère serait devenu attrayant pour l’autre sexe. Ceci n’explique pourquoi la sélection naturelle s’est dirigée vers un humain sans poil, ni pourquoi, après des millénaires d’humains poilus, présumément considérés comme attrayants, nous aurions décidé qu’un humain dégarni était plus séduisant, ce qui aurait renforcé la tendance de la sélection naturelle. Une autre question est aussi pour quelle raison n’avons-nous pas perdu tous nos poils?

La deuxième théorie suggère que l’humain a connu une phase aquatique il y a six à huit millions d’années. Nous aurions passé beaucoup de temps à rechercher de la nourriture dans les eaux peu profondes et nous aurions perdu notre fourrure pour la remplacer par un plus haut taux de gras corporel, comme plusieurs autres mammifères aquatiques. C’est une théorie originale, mais il n’y a aucune évidence paléontologique  que nous aurions connu une telle phase aquatique après avoir été des êtres très poilus.

Une troisième théorie postule que nous nous sommes débarrassés de notre fourrure pour éliminer l’infestation par les parasites. Le problème avec cette idée est que la fourrure nous protégeait aussi de nombreuses piqûres d’insectes, en plus d’offrir une protection contre le soleil et le cancer de la peau. Il y a aussi le fait que nous avons conservé suffisamment de poils sur la tête et dans la région pubienne pour souffrir d’infestation parasitaire.

La quatrième théorie suggère que l’humain a perdu sa fourrure lorsqu’il s’est établi dans la savane. Auparavant, il vivait dans les forêts plutôt fraîches. mais un humain marchant en position debout, recouvert de fourrure dans la savane chaude et humide aurait rapidement souffert d’un coup de chaleur. Toutefois, la perte de fourrure aurait aussi eu des impacts négatifs car les humains à la peau lisse auraient perdu beaucoup de leur chaleur corporelle durant les nuits froides. Il aurait aussi été plus difficile de régulariser la température corporelle durant le jour, parce que la peau absorbe davantage de chaleur que le poil.

La dernière théorie suggère que nous aurions perdu notre fourrure après avoir inventé les vêtements. Le poil aurait disparu parce qu’il n’était plus nécessaire. Le problème avec cette théorie est qu’il se serait passé un million d’années entre la perte de poils et l »invention des vêtements.

Le docteur Alan R. Rogers, un généticien spécialisé en évolution de l’Université de l’Utah,  a calculé le moment où l’humain a perdu ses poils en utilisant une manière indirecte, reliée à un gène qui détermine la couleur de la peau.

Un autre scientiste, le docteur Mark Stoneking  de l’Institut Max Planck en Allemagne  a déterminé, lui aussi de manière indirecte, la période  à laquelle les humains ont commencé à porter des vêtements. Sa méthode impliquait l’évolution du pou de corps humain qui ne vit que sur les vêtements. Si leurs calculs sont exacts, nous nous sommes promenés nus pendant un million d’années avant d’inventer les vêtements.

Aucune de ces théories ne me semble entièrement convaincante et je suis restée sur ma faim. Je ne vois pas la logique qui expliquerait une raison rationnelle pour la disparition de cette fourrure. Ce n’est pas qu’elle me manque, en fait je n’aime même pas les barbes et Tendre Moitié est toujours rasé de près, mais j’aurais bien aimé comprendre.

Les espèces qui survivent ne sont pas les espèces les plus fortes, ni les plus intelligentes, mais celles qui s’adaptent le mieux aux changements.   –    Charles Darwin
On est obligé à présent de regarder l’imposant spectacle de l’évolution de la vie comme un ensemble d’événements extraordinairement improbables, impossibles à prédire et tout à fait non reproductibles.   –   Stephen Jay Gould

Le savant fou

Nobel

Je parle souvent des études scientifiques parce que je m’intéresse à la recherche. En général, je me concentre sur des études que je considère sérieuses et qui sont publiés dans des médias reconnus.

Aujourd’hui par contre, sur une note plus légère, nous allons regarder des sujets de recherche un peu plus loufoques et improbables. Il y a deux jours se tenait à l’université Harvard, la remise annuelle des Prix ig Nobel.

Cette cérémonie, célébrée depuis 22 ans, est organisée par le magazine humoristique Annals of Improbable Research.  Elle se veut une parodie des Prix Nobel suédois, qui eux seront annoncés le mois prochain. Le but est d’abord de faire rire et ensuite de faire réfléchir.

Parmi les prix remis cette année, on retrouve le prix Ig Nobel de Physique,  remporté par une équipe de scientifiques Britanniques et Américains pour leur recherche sur les mathématiques complexes qui régissent la forme et le mouvement d’une queue de cheval (on parle ici de cheveux, et non d’un cheval).

Ils ont d’abord développé un système d’imagerie tridimensionnel afin d’observer les propriétés individuelles des cheveux, comme la frisure ou la raideur. Ils ont ensuite  élaboré l’équation mathématique qui décrit les propriétés collectives d’une liasse de cheveux.

Craig Bennett, un psychologue de l’université de la Californie à Santa Barbara et Abigail Baird de l’université Vassar ont reçu le Ig Nobel de Neurosciences pour leurs recherches sur l’imagerie par résonance magnétique (IRM) et l’activité cérébrale chez les saumons morts.

Ils avaient auparavant scanné une citrouille, puis une poule; alors, un saumon de l’Atlantique semblait une progression tout à fait raisonnable. Ils ont utilisé les techniques d’imageries standards pour examiner le cerveau de saumons morts et ils ont eu la surprise de détecter un signal d’activité cérébrale.

Ils ont conclu à des signaux aléatoires et espèrent que leur étude servira d’avertissement aux autres neuroscientifiques. Ils rappellent qu’il faut éviter de considérer chaque signal perçu comme étant une donnée significative.

Anita Eerland, de l’Open University aux Pays Bas, s’est mérité le Ig Nobel de Psychologie pour ses travaux sur la tour Eiffel. Avec son équipe, elle a découvert que si les gens se penchent  vers la gauche, ils jugeront que la tour est moins haute que s’ils penchent vers la droite.

Les psychologues croient que l’esprit humain possède une ligne mentale de nombres et qu’il a tendance à se représenter les chiffres comme étant plus petits à gauche et  plus grands à droite.

Durant l’étude, les participants devaient se tenir sur des plate-formes légèrement inclinées, à leur insu. Lorsque la plate-forme penchait  vers la gauche, les participants évaluaient la hauteur de la tour comme étant plus petite.

Rouslan Krechetnikov, de l Université de la Californie à Santa Barbara  a reçu le Ig Nobel de la dynamique des fluides. L’inspiration lui est venue en observant des délégués à une conférence scientifique qui circulaient en tenant soigneusement des tasses remplies de liquides chauds.

Il a observé et a procédé à une analyse théorique du mouvement du café dans les tasses. Cela lui a permis de découvrir que les différents formats de tasses coïncidaient tout à fait par hasard avec la fréquence des oscillations naturelles du liquide, combinées au rythme des pas d’une personne marchant normalement.

Il conclut donc que ce serait un problème biomécanique qui cause le débordement de café lorsque l’on circule avec une tasse à la main. Notre pas irrégulier est le coupable.

Les autres prix qui ont été remis durant la cérémonie :

Ig Nobel de la Paix: La compagnie SKN  pour son utilisation d’une technologie permettant de convertir d’anciennes munitions russes en nouveaux diamants.   

Ig Nobel  en Acoustique: Kazutaka Kurihara et Koji Tsukada pour la création d’un brouilleur de paroles, une machine qui dérange un personne qui parle en lui faisant entendre, pendant qu’elle parle, ses paroles avec un léger décalage..

Ig Nobel  de Chimie: Johan Pettersson  pour avoir résolu l’énigme entourant certains résidents de la ville de Anderslöv en Suède qui voyaient leurs cheveux tourner au vert (les tuyaux de cuivre des nouvelles maisons étaient responsables)..

Ig Nobel de Littérature: Un bureau du gouvernement des États-Unis, pour avoir produit un rapport  au sujet des rapports sur les rapports de rapports selon les rapports, qui recommandait la préparation d’un rapport au sujet des rapports sur les rapports. 

Ig Nobel  d’Anatomie: Frans de Waal et Jennifer Pokorny, pour avoir découvert que les chimpanzés sont capables d’identifier d’autres chimpanzés à partir de photographies de leur derrière. 

Ig Nobel de Médecine: Emmanuel Ben-Soussan,  pour avoir conseillé les médecins qui performent des colonoscopies, sur la manière de minimiser les risques que leurs patients explosent.

 Comme vous voyez, la science sait aussi s’amuser et se moquer d’elle-même.

La phrase la plus excitante à entendre en science, celle qui annonce de nouvelles découvertes, n’est pas «Eureka» (j’ai trouvé!), mais plutôt; Tiens, c’est marrant…    –   Isaac Asimov

Ingénierie organique

Faire pousser des organes

J’ai trouvé un autre article intéressant dans le New York Times de samedi. En Suède, en juin 2011, des chercheurs ont implanté une trachée à un patient souffrant d’un cancer. Ce qui est particulier avec cette trachée, c’est qu’elle a été créée de toutes pièces à partir de plastique et des cellules du patient.

Le chirurgien de ce patient, docteur Paolo Macchiarini, de l’institut Karolinska, dirige un laboratoire qui est un chef de pointe dans le domaine  de l’ingénierie tissulaire.

À date, seulement quelques organes ont été fabriqués et transplantés, ceux que l’on considère les plus simples, comme les organes creux; vessie et trachée par exemple.

À travers le monde, les scientifiques utilisent des techniques similaires pour tenter de créer des organes plus complexes.  L’université de  Wake Forest en Caroline du Nord, a développé les premières vessies et travaille maintenant à fabriquer des reins, et des foies. Des laboratoires en Chine et aux Pays Bas travaillent sur les vaisseaux sanguins.

Il faudra encore de nombreuses années avant que l’on parvienne à créer des organes complexes fonctionnels, mais le docteur  Joseph P. Vacanti, du Laboratory for Tissue Engineering and Organ Fabrication au Massachusetts General Hospital croit que cela est tout à fait possible.

Dans le cas de la trachée du patient cancéreux, les médecins ont réalisé une copie exacte de sa trachée avec un plastique poreux et fibreux. Ensuite, on a ensemencé ce support avec des cellules souches du patient, récoltées dans sa moelle osseuse.

Le tout a été placé dans un bioréacteur, un genre d’incubateur. La nouvelle trachée, baignant dans une solution de nutriments, y tournait, comme une broche de rôtissoire. Après seulement un jour et demi, l’implant  était prêt à remplacer la trachée cancéreuse du patient.

15 mois plus tard, le patient de 39 ans  reste sans tumeur et respire normalement avec sa nouvelle trachée.

Le fait de prendre les cellules  souches du patient  prévient le rejet qui affecte souvent les organes transplantés.

Une des fonctions les plus importantes de la trachée est de garder les bactéries et autres particules contenues dans l’air, hors des poumons, où elles pourraient causer de graves infections. Une trachée normale est tapissée de cellules spécialisées, dont certaines produisent du mucus qui peut emprisonner ces particules étrangères. La toux fait remonter le mucus vers l’extérieur.

Lorsque les cellules souches ont été ensemencées, l’espoir était qu’elles se différentient elles-mêmes en ce type de cellules spécialisées et aillent recouvrir la surface interne de la trachée.

Cinq mois après la chirurgie, un examen de la nouvelle trachée du patient démontra qu’une partie était recouverte des cellules spécialisées. Pour s’assurer que la trachée était bien vivante et qu’elle développait un réseau complexe de vaisseaux sanguins, les médecins firent une petite incision sans la couche de cellules spécialisées.  La blessure saigna, ce qui confirma que des vaisseaux sanguins étaient bien apparus.

Même si les cellules souches du patient ne causent pas de phénomène de rejet, le support de plastique lui, est synthétique et comme tout matériau étranger, entraîne la formation par le corps de tissu cicatriciel qui doit être enlevé.

Un deuxième patient a été opéré en  novembre 2011 mais il décéda en mars 2012. La famille ne diffusa pas la cause du décès mais il semble que la nouvelle trachée fonctionnait bien.

Par la suite, deux autres patients en provenance de la Russie ont aussi reçu des trachées et se portent bien actuellement.

Le docteur Macchiarini  prévoit de nouvelles chirurgies mais souligne qu’il faudra trouver une solution moins complexe et lourde en procédures, car  actuellement le coût d’une telle chirurgie peut atteindre un demi-million de dollars.

Il rêve de pouvoir développer de meilleurs supports, qu’il pourrait implanter sans avoir à y ajouter des cellules souches et  ce serait des médicaments qui stimuleraient le corps du patient à envoyer les cellules spécialisées au site de l’implant.

Son rêve ultime est d’éliminer le support entièrement et de développer des médicaments qui indiqueraient au corps de bâtir un support lui-même.

‘’Ne pas toucher au patient, utiliser seulement son corps pour qu’il recrée lui-même son propre organe, ce serait fantastique’’ dit-il.

Foie: Gros organe rouge intentionnellement fourni par la nature pour se faire de la bile.   –   
Les pieds sont les organes de la circulation.   –    Jean Louis Marcel Charles