Les mots pour le dire

choisir ses mots

Les mots que nous utilisons peuvent en dire beaucoup sur notre personnalité. Une étude a même démontré que nous sommes plus persuasifs si nous prononçons des jurons en les plaçant au début ou à la fin d’un énoncé. L’auditoire aurait alors l’impression que notre intensité plus élevée est plus convaincante.

Lorsque nous mentons, nous utilisons souvent des mots différents. En analysant 242 messages instantanés (Instant Messaging), les chercheurs ont découvert que les menteurs écrivent davantage de mots, en utilisant des mots en relation avec les sens (voir, toucher, etc) plus fréquemment et utiliseront de préférence les pronoms orientés vers les autres plutôt qu’eux-mêmes. De plus, les menteurs évitent les termes qui évoquent une cause ou un effet (parce que, pour cette raison, si bien que, dans ces circonstances, etc). Les menteurs peu motivés eux, utiliseront davantage de termes négatifs.

Les choses que notre cerveau absorbe facilement nous semblent plus véridiques que les concepts qui sont difficiles à assimiler. C’est pour cette raison, entre autres, que nous avons tendance à préférer ce qui nous est familier à ce qui nous est inconnu. Cela implique que nous croirons plus facilement les explications succinctes et désinvoltes que les explications plus détaillées mais compliquées.

Les mots courts seraient plus efficaces que les mots plus longs et  essayer d’avoir l’air intelligent nous ferait paraître moins brillant. Une personne peut de façon naturelle  utiliser des termes longs et complexes et cela sera bien perçu, mais se forcer à utiliser de grands mots ne convainc personne et rend notre discours maladroit.

Dans son livre, The Secret Life of Pronouns: What Our Words Say About Us, James W. Pennebaker explique que la manière dont les employés parlent de leur compagnie peut en prédire la réussite ou l’échec. S’ils en parlent en utilisant des termes comme ‘’la compagnie’’ ou ‘’cette compagnie’’ et disent ‘’ils’’ en parlant de leurs confrères de travail; cela indiquerait qu’ils ne s’identifient pas du tout avec leur employeur et sont probablement peu satisfaits et heureux dans leur travail. Ces compagnies ont habituellement un fort roulement de personnel.

Un président de compagnie qui utilise constamment le mot ‘’je’’ dans la lettre annuelle aux actionnaires révélerait une personnalité égocentrique qui augure mal pour le succès de la compagnie.

Les personnes qui sont en position de pouvoir utilisent en général peu souvent le mot ‘’je’’. Ce sont les gens qui ont moins de pouvoir qui l’utilisent le plus. Les menteurs éviteront le ‘’je’’ pour se distancer psychologiquement de leurs propos.

À l’opposé, le mot ‘’nous’’ peut être très puissant. Les gens sont plus attirés et positifs envers les personnes qui prononcent souvent le mot ‘’nous’’ car cela crée un sentiment de familiarité. Dans un couple, des partenaires qui disent souvent ‘’nous’’, décriront leur relation comme étant plus satisfaisante. Les mots ‘’tu’, ‘’toi’’, ‘’toi-même’’ seraient plus présents dans les relations toxiques parce qu’ils indiquent souvent des accusations ou des commentaires sur les défauts de l’autre.

Lors de pourparlers, utiliser les mêmes genres de mots que son interlocuteur peut améliorer les négociations. Nous sommes davantage attirés vers les personnes qui parlent et utilisent un vocabulaire semblable au nôtre.

.Les mots ne sont pas tout cependant. Notre langage corporel influencerait les gens huit fois plus que nos mots. En 1971. un professeur de psychologie de UCLA, Albert Mehrabian, a postulé que 55 pourcent  de notre message lorsque nous parlons, provient de notre langage corporel,  38 pourcent vient de notre ton de voix et seulement 7 pourcent provient de notre choix de mots.

Il y a des paroles qui portent plus loin que le vent.   –  Suzie Murray
Ce que l’on conçoit bien s’énonce clairement, et les mots pour le dire arrivent aisément.   –   Nicolas Boileau

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Super cool

être coolUn terme qui revient souvent dans la bouche des ados ou des jeunes adultes est le mot « cool ». Charmante Ado ne se considère pas cool et elle a une idée très précise de ce que cela représente « être cool » mais elle est incapable d’en décrire les caractéristiques. Comment différencie-t-on ce qui est cool de ce qui ne l’est pas?

Une équipe de chercheurs s’est penchée sur le sujet et a produit une étude intitulée « Coolness: An Empirical Investigation« .

Ils ont demandé à 508 participants entre 15 et 56 ans, de nommer des adjectifs associés au mot cool. Les participants mentionnaient souvent les mots « sûr de lui » et « populaire, » et moins fréquemment les termes; « distant » et « calme. »  Les chercheurs ont conclu que le terme « cool » n’est pas facile à décrire mais que les gens savent instinctivement reconnaître une personne cool.

Dans chaque lieu de travail, chaque école ou groupe social, il y a une personne qui manifeste une grande confiance en soi et avec qui les gens se sentent confortables. Ce type de personne est souvent qualifiée de cool simplement parce qu’il est agréable d’être en sa présence.

Ces personnes possèdent habituellement une personnalité naturellement extravertie ce qui les prédisposent à être admirées par les autres. Leur nature sociable devient un cycle positif; les gens sont attirés vers elles parce qu’elles sont si sympathiques et comme beaucoup de personnes sont attirées vers elles, elles demeurent populaires. Leurs talents pour la communication, leurs interactions et leurs  aptitudes sociales font que les gens sont attirés vers eux comme un aimant.

Un autre genre de personne cool est celle qui affiche un comportement à la James Dean, l’éternel rebelle. Ce sont des personnes qui projettent une attitude décontractée, désinvolte et insouciante, tout en affichant une confiance en soi  imperturbable et un contrôle parfait de leurs émotions.

Certains trouvent ces gens quelque peu poseurs, mais cette attitude peut aussi venir d’un profond calme intérieur. Ces personnes sont fréquemment des passionnés qui savent faire montre d’audace tout en restant calmes et réservés face à l’adversité.

Ce qui nous attire chez les personnes qui affichent ce genre de détachement, ne représente  pas nécessairement ce qu’elles sont réellement, mais plutôt notre vision de ce qu’elles sont. Leur détachement laisse beaucoup de place à l’imagination et nous permet de développer des projections fantaisistes.

Contrairement à ce que croient les jeunes, le concept d’être  cool n’est pas nouveau. Robert Farris Thompson, un professeur d’histoire de l’art à l’université de Yale a retracé ses racines jusqu’au Moyen-âge dans la culture Ouest-Africaine.

Au Moyen-âge, le mot « ewuare »,  provenant d’un roi ayant régné en Afrique de l’Ouest dans les années 1400, décrivait une personne qui « ramenait la fraîcheur (la paix ou le calme) après une période de tensions civiques. Nous aurions bâti notre concept moderne d’une personne cool à partir de ces notions Ouest Africaines.

Durant la première moitié du vingtième siècle, la définition d’une personne cool en est venue  à être représentée par les joueurs de musique de jazz. Le mot cool indiquait alors qu’il y aurait du jazz endiablé et excitant. Il y eut ensuite une évolution vers le jazz cool, mais plus réservé, un jazz tamisé et plus introverti. La communauté du jazz a développé le concept d’être cool pour y englober certaines caractéristiques incluant, les verres fumés, les vêtements à la mode et les voitures de sport. Les gens qui ont une passion pour la musique sont souvent des personnes avec une tendance plus individualiste, qui préfèrent suivre leur propre voie plutôt que celle que leur dicte la société.

En conclusion, on est cool ou on ne l’est pas. Personnellement, je ne le suis pas, car je n’ai pas la personnalité qui s’y rattache, ce qui ne m’empêche pas d’éprouver parfois une certaine admiration pour les gens réellement cools, qui semblent se mouvoir si facilement dans les méandres de la communication et des relations sociales.

On dirait qu’une fois que les gens ont grandi, ils ne savent plus ce qui est cool.   –    Bill Watterson

Les vrais réseaux sociaux

 amis

Un réseau social est vital pour l’humain. Nous connaissons tous les conseils d’usage pour vivre plus vieux, faire plus d’exercice, cesser de fumer et manger mieux en limitant la nourriture vide de nutrition.

Prendre soin de nos relations avec les autres est un aspect tout aussi important. Le support de nos amis peut faire autant pour promouvoir notre bien-être physique qu’une bonne diète et un programme d’exercice régulier.

Plus nous aurons de relations de qualité avec les autres, plus nous vivrons vieux, semble-t-il, selon  Bert Uchino, un  psychologue de l’Université de l’Utah.

Les liens qui nous soutiendrons émotionnellement autant que physiquement peuvent être difficile à trouver dans une société où beaucoup de gens travaillent à partir de la maison, vivent loin de leurs amis de longue date ou sont submergés à tenter de concilier travail et famille.

Le téléphone cellulaire et Facebook peuvent nous aider à nous sentir connectés ,mais cela vaut la peine de faire des efforts pour établir notre réseau de relations en personne aussi.

Une des preuves les plus évidentes de cette théorie provient de Julianne Holt-Lunstad de l’Université Brigham Young. Elle a réuni les données de 148 études précédentes concernant la relation entre la santé et l’interaction humaine. Elle a découvert une chose étonnante; les gens qui ont une vie sociale active ont 50% moins de chances de mourir, peu importe la cause, que les gens qui sont inactifs socialement.

Un bas niveau d’interactions sociales aurait le même effet négatif que de fumer quinze cigarettes par jour et serait encore plus néfaste pour la longévité que d’être obèse ou ne pas faire d’exercices physiques.

Un autre chercheur, le psychologue Sheldon Cohen de l’Université Carnegie Mellon suggère que plus nous avons de liens sociaux, plus nous serons armés pour combattre l’infection. Il a appliqué des gouttes nasales contenant un virus du rhume à des participants en bonne santé. Ceux qui avaient indiqué avoir la plus grande diversité de liens sociaux ont attrapé le rhume quatre fois moins souvent que ceux qui avaient rapporté avoir peu de liens sociaux avec les autres.

Ce ne serait pas seulement la quantité de relations qui serait important, mais aussi le type de relation, selon les recherches de Bert Uchino. Il a enregistré la pression artérielle de 88 femmes durant une situation stressante, alors qu’elles s’apprêtaient à parler en public devant un groupe. Les résultats étaient moins élevés lorsqu’un ami proche était disponible pour offrir de l’encouragement, alors que ceux qui étaient accompagnés d’un ami qu’ils considéraient comme moins portés è donner du soutien.

Ces résultats suggèrent que des liens d’amitié étroits et sincères pourraient avoir un effet protecteur sur nos systèmes cardiovasculaires, particulièrement durant des périodes d’anxiété.

Les chercheurs émettent l’hypothèse que le stress associé avec un faible support social active une cascade de réactions dommageables à l’intérieur du corps, incluant entre autres les problèmes cardiovasculaires et une plus faible résistance immunitaire.

Le stress peut potentiellement avoir des effets négatifs sur notre bien-être et notre santé selon Sheldon Cohen, mais le fait de savoir que nos amis nous aideront et nous supporterons dans nos moments troubles, peut grandement contribuer à diminuer les effets négatifs.

Je n’ai as un très grand réseau de relations et je gagnerais probablement à m’ouvrir davantage aux autres. Tendre Moitié est et sera toujours la personne avec qui je préfère passer du temps. La famille passe en tout premier lieu mais les amis, quoique peu nombreux sont aussi importants et nous permettent de voir d’autres perspectives.

Heureusement, Tendre Moitié est un peu plus extraverti que moi et cela me donne la chance de rencontrer beaucoup plus de gens que ne le ferait ma propre initiative. Ainsi, un ancien collègue de Tendre Moitié et sa fille sont devenus de très bons amis de la famille. Notre changement très prochain d’affiliation corporative nous réunira aussi avec plusieurs personnes que Tendre Moitié a connues au début de son précédent travail de directeur général. On dirait que  toutes ces personnes convergent vers la même direction et les retrouvailles s’annoncent agréables et enrichissantes.

Interactif : Tout ce qui vous empêche de communiquer avec vos proches, parce que vous passez des heures sur un PC à surfer sur internet ou à jouer en réseau.    –   Luc Fayard

 

Le respect de la différence

différences

Nous avons tous à un certain degré, la conviction que nous sommes capables de forcer les autres à changer. Bien que nous tentions de rationaliser la raison pour laquelle nous désirons qu’une personne change, le plus souvent c’est parce qu’elle agit d’une manière dont nous n’approuvons pas.

Notre égo nous pousse à croire que notre façon de voir les choses est la bonne, mais la plupart du temps notre tentative rencontre peu de succès.

Une des raisons pourrait être que  nous sous-entendons que nous avons une vision plus éclairée et une meilleure compréhension de la situation. L’autre personne reçoit ainsi le message qu’elle n’est  pas correcte ou convenable, ce qui peut créer du ressentiment.

Il serait plus simple et probablement plus sain de regarder à l’intérieur de soi pour régler un problème face à une autre personne, ou même, de tout simplement l’accepter telle qu’elle est.

Je sais que Tendre Moitié déteste les foules, les endroits comme les parcs d’attraction, les foires ou les spectacles en plein air, je n’insisterai donc pas pour faire ces activités avec lui et j’accompagnerai Charmante Ado seule.

Pour ma part, je ne suis pas très friande des cocktails, soirées de gala ou repas d’affaires reliés au travail. C’est important pour notre carrière, mais Tendre Moitié a  appris à ne pas insister pour que je l’accompagne à chaque occasion.

Même si nous nous complétons très bien, nous ne sommes pas en synchronisation complète, ce qui serait impossible. Il faut faire des accommodements selon les préférences de chacun, parce que cela démontre que nous acceptons que l’autre soit différent et autonome de nous. On peut même être totalement à l’opposé sur un point précis et accepter de vivre avec cette différence, sans la remettre constamment sur le tapis, ou essayer de changer l’autre.

Il y a trois ans, Tendre Moitié s’était présenté comme conseiller municipal. Étant arrivé dans la région depuis seulement quatre ans, la population a élu une personne qui était née et avait grandi dans la municipalité. Le résultat ne semble pas avoir été à la hauteur de leurs attentes, car dernièrement, plusieurs personnes suggèrent fortement à Tendre Moitié de se présenter à nouveau l’an prochain. Il s’implique beaucoup dans la communauté, tant à la Maison des Jeunes qu’à l’Association des Gens D’Affaires, que dans différents comités municipaux.

S’il y a bien quelque chose que je ne ferais jamais, c’est de me présenter à une élection. Je préfère garder ma vie tranquille et privée. Je n’ai aucune ambition de gouverner, diriger ou gérer. C’est donc difficile pour moi de comprendre l’attrait que tout cela représente pour Tendre Moitié. Je peux comprendre la volonté de servir et de donner à sa communauté, mais j’aurais tendance à me diriger vers le bénévolat plus anonyme.

Ce point de vue est une différence fondamentale entre nous deux, mais nous respectons la façon d’être de l’autre. Tendre Moitié va probablement se présenter aux élections municipales l’an prochain et il aura tout mon soutien (et mon vote!). Si jamais il est élu et qu’ait lieu une soirée protocolaire ou un cocktail quelconque, je devrai probablement y assister au moins une fois ou deux. C’est correct, car je sais qu’il ferait volontiers le même geste pour moi, en participant à une activité qui ne l’attirerait pas.

On ne peut pas changer l’autre, mais accepter de faire un petit bout de chemin dans sa direction, même si elle est contraire à nos inclinations, consolide la relation et transmet à l’autre que l’on respecte ses choix et préférences.

Je crois que nous essayons de changer les autres lorsque nos besoins ne sont pas satisfaits. Nous voulons obtenir quelque chose d’une  personne et son comportement habituel ne nous apporte pas ce que nous recherchons. Alors, nous tentons de la convaincre de changer, ce qui donne très rarement des résultats positifs. Il est vrai que nous pourrions parfois être parfaitement justifiés de réclamer un changement. Le problème est que l’autre personne doit le vouloir d’elle-même, sinon, c’est voué à l’échec

Au lieu de chercher à changer l’autre, mieux vaut regarder en soi ce qu’on peut faire de concret pour améliorer la situation.  Certaines choses sont inacceptables et mèneront inévitablement à la rupture si elles ne changent pas. D’autres sont de simples différences de goûts, d’opinion ou de perspective et devraient être acceptées et respectées des deux côtés.

 Pour changer les autres, changez-vous vous-même.   –   Auteur inconnu
Il est difficile de changer le monde mais il est plus facile de le regarder sous un autre oeil.   –    Daniel Desbiens

L’employée

soignante

J’ai lu hier un article qui se voulait un hommage à une dame qui avait pris soin de la mère de l’auteur pendant plus de trente cinq ans, mais qui était finalement d’une infinie tristesse.

La mère en question a été atteinte de la sclérose en plaques dans la vingtaine. Elle avait trois enfants. Une dame fut engagée pour aider la mère dans ses soins personnels. Le père quitta la famille quelque temps plus tard.

On présume, en lisant l’article, que la famille était bien nantie. L’aide familiale était une noire célibataire et sans enfant, qui ne s’est finalement jamais mariée. L’article décrit la relation pas toujours facile entre la mère  et l’aide familiale durant toutes ces années.

Ce qui est incroyable, c’est qu’au décès de l’aide familiale, quelques années après la mort de la mère, l’auteur réalise que nul dans la famille ne connaissait vraiment la personne qui avait passé plus de trente cinq ans avec eux.

Ils ne savaient pas qu’elle avait une soixantaine de neveux et nièces dont elle était très proche, ou qu’elle avait étudié en cuisine et avait aussi obtenu son permis d’agent immobilier. Ils ignoraient qu’elle avait été le soutien de sa propre mère et l’avait aidé à élever ses huit frères et sœurs. Ils ne savaient rien d’elle.

Cette femme, après 35 ans, était pour ainsi dire une inconnue. Personne ne l’avait considérée comme autre chose qu’une employée, semble-t-il. L’auteur semble à peine réaliser l’incongruité de cette situation. Cette personne a passé huit heures par jour pendant trente cinq dans cette famille, sans qu’on s’intéresse une seule fois à sa vie hors du travail?

Cela m’a rappelé un épisode quelque peu semblable dans ma vie, même si mon exemple est à toute petite échelle, en comparaison.

Après mes études en nursing et au début de ma vie adulte, je suis arrivée seule à Montréal. J’ai alors accepté un emploi d’infirmière privée pour une dame âgée de 77 ans. Je travaillais dix heures par jour, six jours par semaine. Elle habitait dans une résidence pour gens autonomes et pour qu’elle puisse y rester, elle devait être capable de se débrouiller seule ou alors engager une aide à ses frais.

La famille, très riche, m’a recrutée suite à une recommandation d’une amie. C’était plus une fonction de dame de compagnie que d’infirmière. La dame avait de graves problèmes cardiaques et devait prendre une foule de médicaments, mais, elle était capable de gérer cela seule.

En fait, elle s’ennuyait terriblement. Elle avait un petit appartement de trois pièces, avec une cuisine minuscule qui ne servait jamais, une chambre et un tout petit salon, en plus de la salle de bains bien sûr. Elle y passait ses journées à attendre de la visite ou à regarder les jeux télévisés.

Deux de ses filles, dans la quarantaine, venaient régulièrement la voir, mais ne restaient que quelques minutes, qu’elles passaient à insister sur leur vie hyper occupée et à quel point elles étaient débordées. Aucune des deux ne travaillait et leurs enfants étaient adolescents, certains mêmes adultes.

Au début, la dame était plutôt réticente avec moi, insistant que ce n’était pas son idée et qu’elle n’avait besoin de rien. Puis peu à peu,  elle s’est mise à me raconter sa vie, son enfance, comment elle avait grandi dans le luxe, avait marié un homme assez prospère et qu’elle n’avait jamais travaillé un seul jour dans sa vie.

Elle avait eu cinq enfants, mais je n’en ai rencontré que trois durant les neuf mois où j’ai travaillé dans la famille. Pourtant, tous habitaient dans cette ville. Notre routine était établie comme suit : le matin, elle attendait au lit que j’arrive à huit heures. Elle faisait souvent des chutes de pression et était sujette à perdre connaissance en se levant trop rapidement.

Ensuite, je lui coulais un bain et je lui lavais le dos. Après le bain, je lui servais son petit-déjeuner, qu’elle aimait prendre devant la télé. Au début, elle ne voulait pas me parler et préférait regarder la télé. Peu à peu, elle s’est ouverte et la télé est restée fermée.

Je lui préparais ses repas, y compris celui du soir, qu’elle mangeait avant mon départ à dix-huit heures. Elle se glissait au lit lorsque je la quittais, regardais un peu la télévision et s’endormait habituellement vers vingt heures. Elle disait n’avoir jamais besoin de se lever pour aller à la toilette la nuit et elle attendait mon retour le lendemain pour s’y rendre.

Je savais qu’elle était réveillée dès six heures le matin, alors j’ai commencé à arriver de plus en plus tôt pour qu’elle ne passe pas trop de temps au lit à s’ennuyer.

Nous n’avions rien à faire de nos journées, car elle demandait très peu de soins à part les médicaments et les visites régulières chez son médecin. J’ai fini par la convaincre, avec l’accord de la famille, que nous pourrions sortir et aller quelque part. J’ai alors appris que son péché mignon était un Big Mac de McDonald. Rien ne pouvait lui faire plus plaisir, elle qui avait pourtant grandi et vécu en mangeant du caviar et des mets raffinés.

Nous sortions presqu’à tous les jours, allions au restaurant, au cinéma, magasiner (en fauteuil roulant, car elle ne pouvait pas marcher longtemps). Nous achetions des décorations de Noël pour décorer l’appartement, qui était étrangement vide de tout élément, autres que les meubles strictement nécessaires.

Quatre mois après mon arrivée, Noël, approchant, les deux filles apparurent pour élaborer les projets des Fêtes. La famille avait ce qu’ils appelaient un chalet près de St-Sauveur et les deux filles, avec conjoints et enfants, passeraient les vacances de Noël à cet endroit. On m’informa que mes services ne seraient pas requis pendant deux semaines, car ma patiente les passerait avec sa famille.

Heureuse de voir un certain esprit familial, je préparai les bagages de ma patiente et lui dis au revoir le 23 décembre en fin d’après-midi, alors qu’elle quittait avec sa fille, en voiture.

Le 25 au matin, vers neuf heures, j’ai reçu un appel d’une des filles qui m’annonça que leur mère ne voulait plus rester, qu’elle s’ennuyait au chalet et qu’elle voulait rentrer. Elle me demanda alors si je pouvais annuler mes vacances. N’ayant rien de spécial de prévu, je n’y voyais aucun inconvénient et je lui répondis que je serais à l’appartement le lendemain matin.

Ce n’était pas du tout ce qu’elle avait en vue. Leur mère ne voulait pas rester un jour de plus et eux, ne voulaient pas gâcher le jour de Noël à conduire quatre heures aller-retour pour la ramener à l’appartement. Elle vouait que je vienne la chercher. Regardant la neige qui tombait et le vent qui se levait, je lui fis remarquer que je n’avais pas un véhicule tout terrain comme eux et que ma petite Renault Cinq n’était peut-être pas idéale par ce temps.

Ne recevant pas de suggestions ou de leur part, je décidai d’attendre une accalmie de la météo. Je me mis en route en début d’après-midi et arrivai à destination, au nord de St-Sauveur, dans une magnifique maison de trois étages, le ‘’chalet’’. Les petits enfants étaient partis faire du ski et les enfants voulaient les rejoindre. On me confia donc la grand-maman et me souhaita un bon retour, le tout expédié en moins de dix minutes, sans même m’offrir un café.

Je ne sus jamais ce qui s’était passé durant ce séjour, ma patiente me disant seulement qu’elle s’ennuyait de son appartement. En rentrant en ville, elle me demanda timidement si le McDonald était ouvert et c’est là que nous prîmes notre repas de Noël. Je la ramenai chez elle, l’installai au lit et lui promis de revenir le lendemain.

Un jour, elle m’annonça qu’elle aimait beaucoup tricoter dans sa jeunesse. Je lui demandai donc de m’apprendre le tricot. Nous avons passé de longues heures à magasiner la laine et les patrons. Elle m’a enseigné le tricot aux aiguilles et au crochet et durant tout ce temps nous jasions de sa vie, mais elle s’intéressait aussi à la mienne, Elle trouvait fascinant qu’une jeune femme travaille et vive toute seule en appartement. Elle et ses filles n’avait jamais connu cela. Elle me disait qu’en fait, elle avait mené une vie tout à fait inutile, comme un bibelot, ou un objet précieux, et qu’elle aurait aimé avoir la liberté des femmes d’aujourd’hui. Elle avait vécu toute sa vie avec des serviteurs, des gouvernantes et des bonnes d’enfants, ce qui selon elle avait créé une distance entre les membres de la famille. Il n’y avait presque jamais de moments où ils se retrouvaient juste entre eux, les parents avec les enfants.

Un jour, je dus l’amener chez le médecin car elle ne se sentait vraiment pas bien. Elle fut hospitalisée. J’allais la voir à tous les jours et je la trouvais seule, dans son lit, dans une chambre privée. Un jour, elle me demanda de lui laver les cheveux, parce que les préposées n’avaient pas le temps. J’allai donc demander au poste d’infirmière pour le bac qu’on appelle une ’’guitare’’ qui sert à laver les cheveux d’une personne alitée. On m’indiqua qu’il n’y en avait pas de disponible pour l’instant, mais qu’on m’en fournirait un pour le lendemain. Je promis donc de revenir tôt le matin pour lui laver les cheveux.

Le lendemain, je reçus un appel d’une des filles pour m’annoncer que leur mère était morte durant la nuit. Je suis allée aux funérailles où j’ai finalement rencontré les deux enfants que je n’avais jamais vus en neuf mois.

Durant le service, je fus la seule à pleurer. Je me suis esquivée avant la fin de la cérémonie et je suis allée manger un Big Mac, en prenant place à notre table préférée, une dernière fois.

En quittant, je lui ai dit en pensée, ‘’Au revoir Simone, votre vie n’a pas été inutile et je suis bien contente d’avoir eu la chance de vous connaître’’.

C’était il y a plus de trente ans et je ne l’ai jamais oubliée.

On pourrait vous dire comme Figaro: Aux qualités qu’on exige dans un serviteur, connaissez-vous beaucoup de maîtres qui fussent dignes d’être valets?   –    Louis Philippe, comte de Ségur