Un modèle différent

mère-fille

J’ai eu une adolescence difficile, causée en grande partie par une incompatibilité profonde de caractère entre ma mère et moi. Deux personnes si différentes, dans une relation parent-enfant, ce n’est pas très évident. Aujourd’hui, notre relation se porte beaucoup mieux du fait que nous avons une relation d’adultes et que chacune respecte le tempérament et les limites de l’autre.

J’étais une âme tourmentée à l’adolescence, je lisais les grands classiques de philosophie alors que ma famille, de classe ouvrière, lisait peu. Je m’interrogeais déjà sur le sens de la vie alors que mon entourage était plus terre à terre, occupé à gagner leur vie dans des occupations difficiles et peu valorisantes. Mes parents n’avaient pas vraiment le luxe ou le temps de se poser des questions existentielles.

J’ai été une ado rêveuse, sérieuse et assez obéissante. Je n’ai pas pris de drogue ou fait d’autres bêtises et j’avais d’excellentes notes à l’école. Je n’étais pas vraiment un problème côté comportemental, sauf pour mes divergences d’opinions ou de réactions par rapport au reste de la famille.

En général, je pensais toujours différemment de mes proches, en particulier ma mère. Je n’avais qu’à ouvrir la bouche pour demander quelque chose, que la réponse était invariablement non, qu’elle que soit la demande. Il y avait rarement une explication ou une raison pour expliquer le refus; je crois aujourd’hui que c’était tout simplement que mes demandes sortaient du cadre ordinaire de la vie familiale et que cela dérangeait la routine ou l’ordre établi. J’étais en quelque sorte le mouton noir.

Durant toute cette longue adolescence, je me suis juré de ne pas répéter ce pattern avec mes enfants. Heureusement, Tendre Moitié, qui a grandi dans un contexte plus harmonieux, pense tout à fait comme moi sur le sujet de l’éducation des enfants.

Hier, Charmante Ado recevait une amie pour dormir et elle m’a demandé si nous pouvions aller au cinéma après mon travail le soir. Elle savait que je travaillais tôt à la pension le lendemain matin mais que j’aurais quelques jours de congé par la suite. Le film se terminerait vers minuit et cela ferait une nuit plutôt courte, mais je me suis dit que nous étions dans la dernière semaine des vacances scolaires, que nous n’étions pas allés au cinéma de l’été et que cela pourrait être amusant. Tendre Moitié était aussi d’accord pour veiller tard, même s’il travaillait tôt le lendemain.

Bref, nous sommes allés au cinéma et cela a été très agréable, les filles ont choisi une comédie et nous sommes allés voir un film de science-fiction. Charmante Ado avait déjà passé la nuit précédente chez cette même amie et m’avait demandé, alors qu’elle était encore là-bas, si elle pouvait ramener son amie pour passer la nuit. Comme je me suis juré de ne jamais dire non sans raison et que je n’avais aucune raison de refuser, j’ai accepté. Par la suite, lorsqu’elle a demandé pour aller au cinéma, Charmante Ado a offert de venir m’aider à la pension avec son amie, mais je leur ai dit que ce n’était pas nécessaire.

J’ai entendu durant la soirée, Charmante Ado dire à son amie que je ne disais jamais non. Sur le coup, cela m’a semblé exagéré, mais je dois admettre qu’il est assez rare que je refuse ses demandes. Il faut tout de même mentionner que Charmante Ado a toujours été très raisonnable dans ses demandes et elle offrira souvent de l’aide ou de faire une tâche supplémentaire pour compenser le surcroît de travail éventuel qu’elle m’apporte avec une activité.

Cela peut sembler peu éducatif d’être considéré comme un parent qui ne dit jamais non mais je m’en accommode fort bien. Notre relation est solide et Charmante Ado sait qu’elle peut compter sur moi. Il m’arrive de dire non, comme pour sa demande récente d’aller à un concert en octobre, un soir d’école, à Montréal (qui est à quelques heures de chez nous) seule avec ses amis. Elle pensait faire le trajet en autobus avec deux amies, plus le frère de 19 ans de l’une d’elles et son ami du même âge. Aucun de ces deux jeunes adultes ne connaît Montréal et de toute façon, un soir d’école éliminait toute possibilité d’accepter ce projet pour Tendre Moitié et moi.

Charmante Ado ne s’en est pas formalisée car je crois qu’elle savait très bien que c’était nettement exagéré comme demande. Peut-être a-t-elle voulu tester nos limites et elle a réalisé qu’il y a des choses que nous refuserons sans équivoque, surtout si nous nous inquiétons pour sa sécurité. Elle a de toute façon avoué qu’aucun des autres parents n’aurait accédé à cette demande.

Donc, je ne pense pas être si permissive que cela et ma fille ne me mène pas par le bout du nez même si je suis plutôt conciliante. Ma mère attend toujours que ma relation mère-fille se détériore mais je  peux vous assurer que je ne crois pas que cela arrivera. Nous nous ressemblons beaucoup et cela aide à une bonne entente entre nous. Je ne trouve pas ses idées ou envies saugrenues et j’aime lui faire plaisir. Si ma fille se rappelle de son adolescence comme d’une période remplie de plaisirs, de copines et d’activités avec ses amis, j’en serai fort heureuse.

Entre-temps, nous semblons passer à travers cette adolescence sans trop de heurts et dans la bonne humeur générale.

J’ai aussi dit non à l’obtention d’un furet! Charmante Ado est toujours prête à adopter toutes les bestioles qu’elle rencontre!

Pour être mère, peut-être faut-il accepter de créer avec la sienne un nouveau type de relation.   –   Sophie Chabanel 
Il n’y a aucune recette pour devenir une mère parfaite, mais il y a mille et une façons d’être une bonne mère.   –   Jill Churchill

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À la poubelle

abandonner comportements

Janvier est la période des résolutions, moment où l’on tente de prendre de nouvelles habitudes. Il nous arrive aussi de vouloir perdre des habitudes néfastes qui nous minent depuis longtemps.

Certains comportements, modes de pensée ou états d’esprit auraient avantage à être abandonnés, ce qui pourrait nous simplifier la vie et par le biais, nous rendre plus heureux.

J’aime bien avoir raison, mais nous admettrons qu’avoir raison toute seule n’est pas l’objectif. Vouloir avoir raison à tout prix, détester « perdre » un argument, peut éloigner bien des gens et nous isoler. Il faut se demander si l’enjeu en vaut vraiment la peine et si notre ego n’est pas légèrement démesuré, pour s’entêter à toujours essayer d’avoir raison au sujet de n’importe quelle broutille.

Heureusement, dans mon cas, Tendre Moitié n’est pas du genre à escalader un argument pour avoir raison alors ma tendance à la discussion est tenue en laisse, sans trop d’effort de ma part.

Certaines personnes vont affirmer après l’escalade d’un argument, que l’autre a probablement raison, en ajoutant « si ça peut te faire plaisir », ce qui à mon sens est un discours passif-agressif. Tendre Moitié lui, ne joue pas à ces petits jeux et évitera tout simplement que la discussion dégénère en premier lieu.

Le contrôle est un désir assez puissant. Il est impossible de tout contrôler, mais bien des gens tentent malgré tout de contrôler leur petit univers et les gens qui en font partie. Même si l’être humain aime être en contrôle, peu de gens apprécient d’être contrôlés par d’autres. Ce qui illustre bien que le désir de contrôler tout un chacun devrait être réprimé. Laisser les gens être eux-mêmes, faire les choses à leur façon et trouver eux-mêmes les solutions à leurs problèmes, éliminera beaucoup de stress dans notre vie. Les choses vont se faire quand même, mais probablement pas selon notre horaire ou de notre manière. Et puis après ?

Il ne faut pas croire tout ce que notre esprit nous dit, particulièrement si c’est négatif, dévalorisant ou défaitiste. Notre langage intérieur excelle à nous convaincre que nous n’arriverons pas à faire telle ou telle chose, au point que souvent, nous n’essaierons même pas. Nous sommes parfois notre pire ennemi et détracteur. Il ne faut pas se laisser dominer par cette petite voix intérieure qui ne fait que refléter nos insécurités.

Certaines personnes adorent se plaindre ou commenter négativement à tout propos. Nous avons alors droit à une longue litanie sur ce qui ne va pas dans le monde et dans leur propre vie. L’intention est peut-être d’attirer de la sympathie, mais le résultat est souvent tout autre. Le négativisme à outrance éloigne les gens. Nous ne sommes pas toujours responsables de ce qui nous arrive, mais nous pouvons décider de notre attitude face aux évènements de la vie.

Les gens différents de la « norme », qui ne rentrent pas dans le moule de la société ont une réalité plus difficile à vivre. Une copine de Charmante Ado s’est récemment déclarée homosexuelle, puis s’est récusée en voyant les réactions de ses camarades. Elle dit maintenant qu’elle est bel et bien en amour avec une autre fille et « qu’on ne peut pas changer ce qui ne se change pas ».

On étiquette souvent ce qu’on ne comprend pas comme étant bizarre, hors nature ou pire. Il serait temps de s’ouvrir l’esprit et d’accepter ce qui est différent de notre petite personne, au lieu de rejeter une personne pour cette raison. L’esprit ne fonctionne qu’en étant ouvert, pas fermé.

Cette saison, le vestiaire de l’équipe de hockey des Canadiens de Montréal, est orné d’un nouveau slogan: « No excuses » (Pas d’excuses). C’est une excellente idée de dire adieu aux excuses qui nous limitent dans ce que nous pourrions accomplir. Au lieu de se mentir à soi-même et aux autres en proférant des excuses pour expliquer nos erreurs, nos échecs ou notre inertie, nous pourrions analyser notre performance, en faire les déductions nécessaires et nous résoudre à nous améliorer la prochaine fois. La première étape est évidemment de reconnaître notre responsabilité sans chercher d’excuses.

Améliorer sa vie, c’est aussi laisser tomber les comportements qui ne nous apportent rien de positif.

 

Imposer sa volonté aux autres, c’est force. Se l’imposer à soi-même, c’est force supérieure.      –   Lao-Tseu
La plus grande forme d’ignorance est de rejeter quelque chose dont vous ne connaissez rien.   –  Wayne Dyer

Être toutes oreilles

écouter

Comme beaucoup de gens introvertis, Lorsqu’il est question de sorties sociales, je fais partie du groupe “je  ne veux pas y aller / je suis contente d’y être allée” .

Cette contradiction est un rituel presque obligatoire lorsqu’une occasion sociale survient dans ma vie. Je vais rarement sauter de joie à l’idée d’une soirée, d’un party ou de toute activité regroupant plusieurs personnes.

Habituellement, je me raisonne et je m’arme de courage pour y aller même si l’envie n’y est pas. Si je ne faisais que ce qui me vient ou me tente naturellement, je crois que je ne sortirais pas souvent de la maison. Alors, j’essaie de ne pas trop y penser et je saute à l’eau.

Pourquoi tant s’en faire auparavant, si je suis souvent contente d’avoir participé à l’activité, par la suite? Peut-être parce que je dois tout de même combattre ma tendance naturelle, pour socialiser. Même si je suis satisfaite d’avoir surmonté ma réticence, mes préférences personnelles, elles, ne changent pas et j’aurai toujours tendance à éviter les rassemblements.

Il y a tout de même quelques trucs qui m’aident à rendre toute l’expérience plus agréable. Je pense qu’une des craintes des personnes introverties, est de ne pas être intéressantes. Nous n’affichons pas l’entrain, les démonstrations d’énergie et les sentiments des extravertis. Nous sommes réservés et risquons  parfois de passer pour ternes, au sein d’un groupe.

J’ai un jour décidé d’arrêter de m’en faire avec ceci et de me concentrer sur les autres au lieu de me tourmenter à me demander si je les intéressais. La plupart des gens souhaitent que l’on s’intéresse à eux et à ce qu’ils ont à raconter. En écoutant bien et en posant des questions qui montrent que nous essayons de les comprendre, nous créons une connexion avec les autres. S’intéresser aux autres, les écouter et essayer de les comprendre au lieu d’attendre son tour pour parler, nous permet d’offrir quelque chose dont nous manquons tous, de l’attention.

En retour, nous sommes appréciés et cela diminue notre tendance à l’introversion car l’échange est valorisant de part et d’autre.

Finalement, participer à ces activités en me souciant davantage de ce que je peux apporter aux autres, que de ce que je pourrai en retirer, me réussit assez bien. Je me concentre sur une ou deux personnes et je m’intéresse à leur vie. C’est infiniment plus plaisant que d’attendre la fin de la soirée dans mon coin.

De plus, si je rencontre ces gens de nouveau, lors d’une activité ultérieure, ils vont souvent rechercher ma compagnie, car ils ont aimé être écoutés la première fois.

J’ai lu, je ne sais où et il y a bien longtemps, cette anecdote sur Abraham Lincoln. C’était un homme réservé et timide. Durant sa présidence, il recevait de nombreuses personnes et devait participer activement à une foule d’activités sociales.

Un jour, un vieux général à la vue basse, se retrouva assis à côté de Lincoln lors d’une réception. Ne le reconnaissant pas, il l’entretint pendant des heures sur l’état du pays, les batailles passées et présentes et la direction qu’il croyait que prendrait le président.

Lincoln l’écouta avec attention, sollicitant son opinion sur ces sujets et l’encourageant à parler. Le vieux général le quitta à la fin de la soirée en lui serrant chaleureusement les mains et en lui déclarant qu’il était un jeune homme très intéressant à connaître.

Après son départ, un des membres de l’entourage du président lui demanda pourquoi il n’avait pas dit qui il était et pourquoi ne pas avoir interrompu ce flot de paroles, alors qu’il en connaissait infiniment plus que le général sur tous ces sujets?

Le président répondit alors qu’il n’aurait sûrement rien appris du tout en parlant, alors qu’il y avait toujours une chance d’apprendre quelque chose en écoutant. Alors, il préférait écouter.

Les gens sont étonnants : ils veulent qu’on s’intéresse à eux !    –   Jules Renard
Tu peux te faire plus d’amis en deux mois si tu t’intéresses aux autres qu’en deux ans si tu attends que les autres s’intéressent à toi.    –   Dale Carnegie

L’art de l’excuse

désolé

La fin du monde n’a pas eu lieu et nous pourrons célébrer Noël en paix tout en ayant une pensée pour les parents de la ville de Newtown qui n’auront pas cette chance.

Cette période de l’année me porte vers l’introspection. Je pense à la personne que je suis et je considère ce que je pourrais améliorer. Je n’ai aucun problème à trouver des choses que je pourrais faire mieux ou plus souvent.

L’art de l’excuse est un domaine qu’il est difficile de maîtriser. Lorsque nous sommes en tort, nous ne sommes pas toujours dans un état d’esprit qui nous permet de l’admettre et de nous excuser.

Personne n’aime admettre qu’il a eu tort. Nous aimons croire que nous sommes diplomates, respectueux et sensibles et que ce sont les autres qui ont un problème. Le sentiment de culpabilité que nous ressentons lorsque nous réalisons que nous avons fait de la peine à quelqu’un est difficile à tolérer. Nous aurons tendance à essayer de nous défendre contre ces sentiments douloureux en justifiant nos paroles ou nos actions.

J’ai remarqué que lorsque je suis en tort, je vais me trouver tout de sortes de raisons pour expliquer ma conduite. Je vais insister sur le fait que ce que j’ai dit est ‘’vrai’’, que le comportement de l’autre personne était irritant, comme si je sous-entendais que cette personne méritait ce traitement de par ses ‘’fautes’’.  Plus nous essayons de nous convaincre de notre bon droit, plus nous nous sentons coupables.

Une fois les dommages faits, il faut s’excuser. De vraies excuses ne devraient jamais contenir les mots ‘’si’’ ou ‘’mais’’. Il ne faut jamais dire par exemple : ‘’Je suis désolée si je t’ai fait de la peine’’ ou ‘’je m’excuse d’avoir été si méchante, mais j’ai eu une journée de fous’’.

Ces mots ont pour effet de diminuer la portée des excuses en émettant un doute sur la peine ressentie par l’autre ou en faisant porter la responsabilité sur quelqu’un ou quelque chose d’extérieur à nous.

La pire manière de s’excuser est de laisser sous-entendre que la victime est responsable de sa peine parce qu’elle a interprété nos paroles d’une certaine manière. On prononce alors des phrases malheureuses comme : ‘’ Je ne pensais pas que tu le prendrais comme ça’’ ou ‘’je suis désolée que tu sois insultée par ce que j’ai dit’’. Ces phrases ne sont pas des excuses, elles essaient de nous dégager de toute culpabilité en insinuant que la victime s’indigne ou est peinée sans raison. Aussi bien ne rien dire que de faire ce genre d’excuses, car la victime en est réduite à justifier sa réaction à nos paroles ou gestes, ce qui ne diminuera en rien sa peine ou sa colère.

De réelles excuses ne doivent pas être conditionnelles ou tempérées par nos justifications.  Il est préférable de garder le tout simple et direct. Nos excuses devraient refléter nos regrets d’avoir agit d’une certaine manière et non pas souligner ce que l’autre a pu faire ou dire qui tempérerait notre faute.

S’excuser ne signifie pas demander le pardon immédiat. Souvent la victime sera toujours peinée ou en colère et ne se sentira pas prête à pardonner. Il faut accepter ce fait et simplement offrir nos excuses. Nous ne sommes pas la personne importante dans cette situation. Même si nous aimerions être pardonnés pour avoir le cœur plus léger, il faut d’abord réparer le tort que nous avons causé en exprimant nos regrets et laisser nos excuses faire leur effet chez la victime. Éventuellement, nous pourrons être pardonnés, selon la faute commise, mais parfois, des amitiés sont brisées à tout jamais, lorsque la blessure était trop grande.

 Quel meilleur temps que cette période de Noël pour faire les premiers pas et s’excuser simplement et sincèrement de nos erreurs?

La honte est dans l’offense, et non pas dans l’excuse.    –    Pierre Claude Nivelle de La Chaussée
Les excuses sont faites pour s’en servir.   –    Proverbe wallon

Rentrer dans le rang

Statut social

Lorsque l’on parle de stress, nous avons souvent à l’esprit le président ou le membre du comité de direction d’une entreprise, hyper stressé, qui hurle des ordres au téléphone, qui annule des réunions à la dernière minute et qui reste tard au bureau pour éventuellement mourir d’une crise cardiaque.

Ce stéréotype  très répandu a tenu le coup jusqu’aux études Whitehall, une série d’analyses commencées dans les années soixante sur les fonctionnaires britanniques. Ces études ont démontré que la vérité est tout autre.

En fait, les gens qui ont des positions au sommet de la hiérarchie ont aussi les vies les moins stressantes et sont plus en santé. Les arrêts cardiaques et les morts précoces sont plutôt l’apanage des subalternes.

Ces conclusions ont été confirmées maintes fois dans des études subséquentes, à la fois chez les humains et aussi chez les autres primates ayant une société hautement hiérarchisée.

Une étude plus récente publiée dans le Proceedings of the National Academy of Sciences, réalisée par une équipe de chercheurs dirigée par Jenny Tung et Yoav Gilad de l’université de Chicago  a examiné les effets du statut social sur les macaques rhésus.

Il semblerait que ces singes confirment aussi les conclusions des études Whitehall. Les singes qui sont au bas de l’échelle sociale ont un plus haut risque de maladie, suggérant une réponse biochimique du système immunitaire face à un faible statut à l’intérieur d’un groupe.

Les docteurs Tung et Gilad  ont pris  49 macaques femelles de statut social moyen et les ont réparties par groupe de quatre ou cinq.  Les chercheurs ont pu contrôler le rang social de chaque membre du groupe selon l’ordre parmi lequel un macaque était introduit dans le groupe. Un nouveau singe adoptera presque toujours un rang subalterne lorsqu’il est introduit dans un groupe existant.

Après avoir établi cette hiérarchie, les chercheurs ont analysé les cellules sanguines des singes pour déterminer l’effet du rang social sur sa biochimie, plus particulièrement, à savoir si le rang social influencerait l’activité des gènes.

Sur les 6 097 gènes examinés sur chaque animal (30% du génome total des singes), ils trouvèrent des corrélations entre le rang social  et l’activité génétique sur 987 gènes.  Certains gènes étaient plus actifs chez les singes au sommet de la hiérarchie et d’autres gènes étaient plus actifs chez les macaques de faible rang social. La relation était assez solide pour qu’un chercheur n’ayant que le test sanguin comme information, soit tout de même capable de prédire le statut social d’un singe à l’intérieur du groupe en se fiant uniquement sur l’analyse de sang, et ce, avec un taux de précision de 80%.

Il semble que les gènes impliqués soient ceux qui régularisent les différents aspects du système immunitaire. Les singes de faible statut montraient une forte activité dans les gènes associés à la production de cellules immunitaires et aussi des gènes associés à l’inflammation.

Les singes ayant un rang social plus élevé avaient un taux d’hormones glucocorticoïdes (hormones qui régularisent l’activité du système immunitaire et la réponse au stress), différent de celui des singes au bas de l’échelle.

Une autre découverte intéressante est que le processus de méthylation, impliqué dans l’épigénétique différait aussi selon le rang social. L’épigénétique est un processus qui active et désactive les gènes selon la présence ou non de certaines structures chimiques. Les chercheurs ont découvert que les schémas de méthylation étaient systématiquement différents entre les singes de hauts et bas niveaux.        Ces modifications des gènes se transmettent habituellement de cellule en cellule, lors de chaque division cellulaire, tout au long de la vie d’un animal. L’épigénétique est donc partiellement impliquée dans la création du statut social et dans son maintien, en sauvegardant et en transmettant les modifications dans chaque nouvelle cellule.

L’épigénétique contribue au maintien du statu quo social, mais si des évènements extérieurs affectent le groupe, les modifications s’effaceront et d’autres changements apparaîtront.

Les chercheurs ont découvert ceci parce que quelques singes ont changé de statut social dans leur groupe. Lorsque ce changement est survenu, les gènes se sont alors modifié pour refléter le nouveau statut.

Une étude sur des animaux ne signifie pas qu’on obtiendrait les mêmes résultats chez les humains. Par contre, certaines informations obtenues peuvent être utiles aux chercheurs. Cette étude a permis de déterminer que le rang social était le seul facteur à être modifié, ce qui procure  des preuves solides que la chaîne de cause  à effet passe d’un faible statut social à un système immunitaire perturbé et une moins bonne santé et non pas l’inverse.

Il ne fait pas bon d’être tout au bas de l’échelle sociale. Plus on s’élève, meilleure est notre santé et nous serons aussi moins stressés.

Parlant de rang social, notre petite pensionnaire canine est quelque peu stressée. Il est évident qu’elle n’a pas l’habitude d’être un chien soumis, mais elle n’a pas eu le choix chez nous. Toutou Parfait est parfaitement claire sur la question; c’est elle qui mène dans la maison. Notre Toutou habituellement si Parfait, grogne si l’autre envahit son espace personnel ou essaie d’obtenir une de ses prérogatives. La petite nouvelle n’est pas contente, mais elle se soumet à cette dictature. Toutou Parfait doit avoir un magnétisme canin assez puissant. car même avec l’âge et une patte qui la fait boiter  elle maintient son règne sur la maisonnée. La nouvelle est deux fois plus jeune et elle est aussi plus grande et plus forte et pourtant, elle ne conteste pas son autorité. Toutou Parfait ressemble à un vieux patron grognon ces jours-ci, qui ne veut pas qu’on dérange ses habitudes et qui veut que ses employés rentrent dans le rang.

Pour gravir un échelon dans la hiérarchie, il faut souvent passer par l’escalier de service.   –   Yvan Audouard