Il ne faut pas croire tout ce que l’on pense

émotions

Selon plusieurs philosophes, nous ne voyons pas la vie telle qu’elle est, nous avons plutôt tendance à voir une interprétation qui est déformée par nos espoirs, nos peurs et autres attachements émotionnels. Si nous parvenions à réduire ces distorsions de la pensée qui nous donnent une vision fausse de la vie, nous aurons une vision plus juste du monde qui nous entoure.

Il peut être utile de nous arrêter pour examiner une pensée, de l’identifier et de remonter vers les faits de la situation qui l’ont générée. Cela peut nous permettre de considérer des interprétations différentes et de choisir celle qui est plus appropriée, en tenant compte des faits au lieu de nos émotions ou préjugés.

Nos émotions s’aligneront sur cette nouvelle interprétation et avec le temps, cela améliorera notre hygiène mentale parce que ce processus de reformulation se fera plus ou moins automatiquement. Nous entraînerons notre esprit à analyser  rationnellement nos pensées afin de nous libérer des pensées irrationnelles et répétitives qui remplissaient une grande partie de notre conscience, au point de nous rendre anxieux ou irritable.

La pensée critique exige que l’on base ses croyances personnelles sur l’évidence et les faits plutôt que sur les émotions et le désir. Il faut de plus être capable de reconnaître que les faits contredisent parfois notre hypothèse de départ.

Un raisonnement émotionnel  présume que toute émotion négative reflète nécessairement la réalité des choses. Pourtant, nos émotions sont subjectives et ne sont pas vraiment des guides à suivre aveuglément car elles peuvent devenir des armes qui engendrent des conflits majeurs.

Regardons un peu quelques distorsions fréquentes de la pensée.

Le don de voyance

Ce type de pensée nous amène à prédire que quelque chose de négatif surviendra dans le futur. Nous croyons que la situation actuelle empirera ou alors  nous entrevoyons un danger à l’horizon. La personne qui pense ainsi est convaincue que les choses tourneront mal et que sa prédiction est pour ainsi dit un fait déjà établi. Cette anticipation négative peut mettre un frein à toute initiative, comme refuser de postuler pour un emploi parce qu’on est convaincu de ne pas l’avoir.

Amplification et Catastrophisme

L’amplification est la tendance à exagérer l’importance des choses.  Une expression imagée pour l’illustrer serait ‘’faire d’une mouche un éléphant’’. Le catastrophisme lui, nous amène à voir et à amplifier uniquement le caractère négatif d’une situation; à croire que tout virera au cauchemar, en ignorant toute indication contraire. On retient alors toujours le pire scénario, même le plus improbable. On pense aussi que cette expérience sera totalement insupportable même si tout indique qu’elle ne sera qu’inconfortable.

Filtrage

Le filtrage mental nous pousse à retenir et à nous concentrer seulement sur les détails négatifs, ce qui nous amène à voir toute la situation comme négative. Cette manière de pensée peut nous faire rejeter une personne pour une simple erreur, sans tenir compte de tous ses points positifs. Nos expériences passées peuvent aussi nous servir de filtres pour interpréter une nouvelle situation, parfois incorrectement.

Télépathie

Présumer que l’on sait ce que l’autre pense sans avoir suffisamment d’évidence. Cela peut être  en présumant de ce que les autres pensent de nous ou de nos actions, ou en jugeant qu’une action  n’en vaut pas la peine parce que nous savons déjà ce que les autres pensent ou comment ils réagiront.

Étiquetage

 L’étiquetage est la tendance à attribuer des étiquettes négatives aux autres ou à soi-même. “Cette personne est épouvantable” ou  “je suis un raté”.

Rejet du positif

Tout ce que nous ou les autres faisons de positif est insignifiant. On clame alors que c’est la moindre des choses que notre conjoint ait pensé à acheter du lait ou on diminue nos succès en disant que c’était de la chance. Nous agissons alors comme si ces actes positifs ne comptaient pas.

Surgénéralisation

En se basant sur un seul incident, on perçoit un schéma global négatif. Un échec sera alors perçu comme un précurseur de l’avenir. ‘’Il fallait s’y attendre, je rate toujours ce genre de choses.’’

Tout ou rien

Tout est noir ou blanc, sans nuance. ‘’Tout le monde me déteste’’. C’était une perte de temps absolue’’.

Je crois que la plupart des gens utilisent sans le vouloir ces distorsions cognitives à l’occasion. Pour ma part, je me reconnais dans quelques-unes et je vais faire attention de ne pas les laisser influencer mes émotions.

 

Notre vie est une création de notre esprit.   –   Bouddha

La vie n’est qu’une idée et une opinion.   –   Marc-Aurèle

Ma vie a été remplie de terribles malheurs, dont la plupart ne se sont jamais produits.    –   Michel de Montaigne

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Nous sommes endormis

Réalisation

Pour plusieurs d’entre nous, vient un moment, où l’on se sent tout simplement coincé dans notre vie. La routine a pris le contrôle et a chassé les rêves et les ambitions, les enfouissant sous une pile de factures, de paperasse et de responsabilités.

Il faut du temps avant que cela arrive et encore plus de temps pour en prendre conscience. Souvent, cela se produit en regardant une vieille photo qui nous ramène à un passé où tout ce que nous espérions ou rêvions nous semblait possible. Un passage souligné dans un livre qui nous était cher, une chanson favorite de notre jeunesse, ou une odeur qui nous revient telle un fantôme pour nous transporter vingt ou trente ans en arrière.

Vient un temps où on ne peut y échapper; la réalisation qu’il y a un espace entre ce que nous voulions faire de notre vie et la réalité actuelle. Cet espace grandit constamment et il peut, soit nous forcer à sortir de nos ornières ou nous écraser plus profondément dans ses sillons déjà tracés.

Ce que l’on choisit de faire lors de ces moments de prise de conscience, finira par définir en grande partie, notre identité.

La dure réalité de la vie moderne nous fait perdre de vue nos rêves et nos idéaux. Nous avons de la difficulté à trouver du temps pour les cultiver et les développer car nous sommes submergés par le quotidien et la poursuite de choses matérielles. Nous passons notre vie à des centaines de quêtes qui nous gardent occupés, surchargés et concentrés sur des choses sans importance alors que les grains de notre sablier s’écoulent inéluctablement.

Je me suis amusée récemment à compter le nombre de jours que j’ai passé sur cette Terre. Je fêterai bientôt mon 20 000e jour. Combien ont été gaspillés? Beaucoup, malheureusement, mais il n’est pas trop tard pour y voir et arrêter de dilapider mon capital de grains de sable pour des choses et occupations futiles.

Nous rationalisons souvent notre mode de vie en ridiculisant nos idéaux passés, en nous convaincant que la vie réelle ne permet pas de vivre la tête dans les nuages. Nous nous moquons de quiconque a conservé un sens de l’émerveillement en le traitant d’enfant. Pourtant, il y a encore au plus profond de chacun de nous, un noyau innocent qui est toujours capable de reconnaître ce qui compte vraiment. Il se rappelle ce que nous savions instinctivement dans notre jeunesse mais que nous nous sommes efforcés d’oublier pendant que nous courons vers le prochain gadget.

Le chemin pour devenir la meilleure personne que l’on peut être n’est pas une ligne droite ou une autoroute. C’est un sentier tortueux avec des mauvais tournants, des culs de sac et des choix  malheureux. Si nous persévérons et maintenons le cap malgré toutes les forces extérieures qui tentent de nous faire dévier, nous aurons une chance de devenir ce dont nous rêvions.

‘’Mon père dit que presque tout le monde est endormi. Tous ceux que vous connaissez. Tout ceux que vous voyez. Tous ceux à qui vous parlez. Il dit que seules quelques personnes sont éveillées et qu’elles vivent dans un état constant d’émerveillement total’’.   –   Patricia dans le film Joe contre le volcan

Apprendre à vouloir les choses que nous avons déjà

William B. IrvineUn des items sur ma Buckest List est de lire les grands philosophes classiques. Ce sera probablement un objectif à très long terme car il y a une montagne de livres à assimiler et ce n’est pas un genre de lecture qui se fait rapidement.

J’ai terminé récemment un excellent livre sur le stoïcisme ; A Guide to the Good Life: The Ancient Art of Stoic Joy par William B. Irvine.

Le stoïcisme est un modèle philosophique ancien mais il est très bien adapté à notre style de vie moderne. Il offre un mode de vie centré sur le bonheur et l’épanouissement et même si la richesse l’indépendance financière n’en est pas le but premier, elle  en est un bénéfice secondaire presque inévitable.

Lorsque l’on parle de stoïcisme aujourd’hui, nous envisageons habituellement une personne sévère, qui réprime ses sentiments et qui reste froide et indifférente face à l’adversité, tout en étant peu sujette aux expressions de joie et de plaisir.

Cette définition ne ressemble en rien à ce qu’étaient les anciens Stoïques. Ils ne cherchaient pas à éviter toute émotion ou à faire preuve d’ascétisme. Ils se concentraient surtout à conquérir les émotions négatives dans leur vie, comme la peur, la colère, l’envie et l’avarice. Le but était d’atteindre une sérénité qui ne serait pas affectée par les différents et inévitables hauts et bas d’une vie. Cet état de tranquillité fondamentale était selon eux fréquemment parsemé de moments de joie pure, provenant de toutes les bonnes choses qu’une vie peut offrir.

Les Stoïques offraient une série de techniques et de principes pour bien vivre. Beaucoup de ces techniques avaient pour but de contrer ce que l’on appelle  aujourd’hui, l’adaptation hédoniste, cette tendance qu’a l’être humain de s’adapter aux circonstances, qu’elles soient positives ou négatives.

Tout en étant une  excellente capacité d’adaptation, l’adaptation hédoniste est aussi une source d’insatiabilité.  L’adaptation hédoniste peut nous amener à ne jamais être satisfait de ce que l’on a, peu importe la quantité ou la qualité. Aussitôt qu’un désir est accompli, un autre prend sa place dans une poursuite sans fin.

Lorsque l’on achète le plus récent iPhone ou iPad, nous éprouvons du plaisir pendant quelque temps, puis on s’habitue et la nouveauté s’étiole. Quelques mois plus tard, une nouvelle version arrive sur le marché avec seulement quelques fonctions ou améliorations supplémentaires et nous nous mettons à désirer le  nouveau modèle. Rien n’est jamais assez, nous sommes toujours à la recherche du prochain produit qui nous apportera ce petit rush de plaisir.

Les Stoïques ont développé plusieurs techniques pour contrer cette soif de consommation, afin de nous entraîner à être heureux avec ce que l’on a.

Les deux techniques les plus importantes sont la Visualisation Négative et la Pratique de l’Adversité. La Visualisation Négative consiste à choisir un élément positif de notre vie, quelque chose que l’on prend souvent pour acquis, et de s’imaginer notre vie sans cet élément. Ce peut être par exemple, avoir un toit sur la tête, des personnes qui nous aiment, ou un de nos sens, comme la vue ou l’ouïe.

Il faut ensuite imaginer en détails ce que serait notre vie sans cet élément. Ne plus entendre par exemple, impliquerait la perte de la jouissance de la musique. Nous devrions apprendre à lire sur les lèvres pour communiquer et les échanges par téléphones seraient remplacés par des courriels et des messages textes. Nous devrions aussi être plus vigilants pour pallier aux dangers que notre ouïe nous aidait à prévenir, par des alarmes auditives par exemple.

Ensuite, avec la réalisation que notre ouïe est en bon état de fonctionnement, nous pouvons mieux apprécier quel grand bénéfice elle représente pour nous. Le prochain morceau de musique que nous écouterons sera probablement beaucoup plus apprécié qu’avant cette prise de conscience. Cela peut sembler simpliste comme exercice, mais tout ce qui peut nous éviter de tomber dans la complaisance et ainsi renouveler notre appréciation de la vie et de notre chance, ne peut qu’être bénéfique.

La Visualisation Négative vire l’adaptation hédoniste à l’envers. Envisager de perdre une chose à laquelle nous sommes habitués, nous la fait apprécier davantage.

La Pratique de l’Adversité consiste à se priver volontairement d’un bienfait dans la vie de tous les jours. C’est un peu ici que les Stoïques ont acquis leur mauvaise réputation, car l’idée de se priver volontairement sans raison apparente s’apparentait au masochisme et donnait l’impression que les Stoïques ne savaient pas apprécier le plaisir et la vie.

En fait, le but de l’exercice est de prendre conscience que nous n’avons pas toujours besoin de certains biens que nous considérons essentiels ou que moins peut être suffisant. Si l’on se donne comme but d’essayer de vivre sans air climatisé pendant trente jours, par exemple, nous apprendrons probablement à être plus confortables même si la température est plus élevée, car notre corps va s’adapter, jusqu’à une certaine limite. Inversement, en réglant le thermostat quelques degrés plus bas en hiver, nous économiserons de l’argent et notre corps s’habituera sans que l’on soit inconfortable.

Le but central du stoïcisme est d’apprendre à apprécier ce que l’on possède déjà au lieu d’en vouloir toujours davantage. En apprenant à contrer l’adaptation hédoniste afin de toujours être capables d’apprécier nos acquis, nous aurons moins de désirs nouveaux. Il sera plus facile de couper sur les choses non-essentielles et nous résisterons à l’envie de dépenser de l’argent sur des choses sont nous n’avons pas réellement besoin.

La tentation de dépenser diminue lorsque l’on apprécie ce qui nous entoure, au point où on se demande comment on a pu vouloir accumuler tant de choses en premier lieu. Cet argent non dépensé pourra se diriger tout naturellement vers le remboursement de nos dettes, puis les épargnes, pour nous mener vers l’indépendance financière.

Dans la Rome ancienne, le stoïcisme était assez répandu mais il a éventuellement perdu du terrain pour ne devenir qu’une voie intellectuelle mineure.

De nos jours, de nombreuses personnes sont misérables dans des emplois qu’elles ne gardent que pour pouvoir continuer leur consommation intensive de biens matériels superflus. La recherche d’accomplissement et d’épanouissement personnel est de plus en plus en vogue et la simplicité volontaire est aussi populaire. Le stoïcisme retrouve donc sa pertinence dans notre société.

Les Stoïques cherchaient à contrer nos émotions irrationnelles par le raisonnement et à se défaire de notre attachement pour les choses superflues. Pratiquer l’adversité au lieu de se plaindre et de geindre au moindre inconfort perçu de façon émotive, nous permet d’apprendre à gérer les aléas de la vie, au point de ne plus être dérangé par la moindre broutille. On peut alors apprécier la vie.

Citations du livre  A Guide to the Good Life : The Ancient Art of Stoic Joy de  William B. Irvine:

–   Dans le titre:  La manière la plus facile de devenir heureux est d’apprendre à vouloir les choses que nous avons déjà.

–   La question n’est pas de savoir si les gens disciplinés et ayant le sens du devoir peuvent avoir une vie heureuse et significative; c’est plutôt de se demander si ceux qui manquent de contrôle de soi et qui sont persuadés que rien n’est plus important qu’eux-mêmes, peuvent eux, aspirer à cette vie.

–  Alors que la plupart des gens cherchent le contentement en changeant le monde qui les entourent, Épictète nous conseille de rechercher le contentement à l’intérieur de nous-mêmes, plus particulièrement en changeant nos désirs.

–   Ce qui tient la plupart de nous à l’écart du bonheur n’est pas notre gouvernement ou la société dans laquelle nous vivons, mais les failles dans notre philosophie de la vie, ou le fait de ne pas avoir de philosophie du tout.

Éloge du loisir

travail

À quoi sert l’argent? Combien d’argent avons-nous besoin pour avoir une ‘’bonne vie’’ (les philosophes anciens appelaient ct idéal, The Good Life)?

Gagner de l’argent ne peut pas être une fin en soi, peu de gens vont déclarer que leur but dans la vie est d’avoir de plus en plus d’argent. En tant que société, nous produisons une quantité sans cesse grandissante de produits plus ou moins utiles, avec une durée de vie de plus en plus courte, afin d’inciter les consommateurs à acheter davantage.

Imaginons un instant que nous avons une source infinie de revenus. Nos pourrions alors satisfaire TOUS nos désirs matériels. Ne viendrait-il pas un temps où nous serions rassasiés, au bord de l’écœurement, et peut-être même un quelque peu dégoûtés de notre appétit matériel?

John Maynard Keynes a écrit en 1930, un essai dans lequel il postulait que d’ici 100 ans (en 2030, donc), la technologie aurait tellement progressé que nous serions à même de produire beaucoup plus en travaillant beaucoup moins. Il croyait que lorsque nous aurions obtenu tous les biens dont nous aurions besoin, nous cesserions de travailler, ce qui, selon lui, entraînerait que la majorité des gens ne travailleraient qu’une quinzaine d’heures par semaine. Il suggérait alors que l’être humain pourrait consacrer son temps aux loisirs plutôt qu’au travail et ainsi avoir une vie plus significative.

Bertrand Russel a écrit un essai intitulé Éloge de l’oisiveté deux ans après celui de John Maynard Keynes, dans lequel il reprend l’idée que le loisir est le but ultime du travail.

Cette société de loisirs n’est bien sûr pas près de se réaliser. John Maynard Keynes était pourtant correct dans ses prédictions de croissance économique et technologique. Pourtant, nous travaillons toujours autant, quoique moins dur physiquement qu’il y a cent ans.

L’être humain est une espèce compétitive et nous avons tendance à attacher de l’importance au statut que donne la consommation de biens matériels. John Maynard Keynes a erré lorsqu’il a prédit bien naïvement, que la consommation diminuerait lorsque les gens auraient assez de biens pour subvenir à leurs besoins.

Le problème est que nous ne nous contentons pas de satisfaire à nos besoins, nous avons aussi des désirs et avec le crédit disponible si facilement, certains désirs passent souvent avant les besoins. Il est difficile de résister à l’envie d’un quelconque produit; voiture, bateau, télé géante, iPad, ou autres, lorsque l’on voit de nombreuses personnes que l’on considère comme étant au même niveau économique que nous, obtenir tous ces produits. Alors, nous faisons comme eux, et achetons à crédit ou en nous coupant sur des besoins réels comme une bonne alimentation pour rester en santé.

Si nous arrivions à contrôler notre envie irrésistible de consommer et de comparer nos avoirs avec ceux des autres, nous pourrions possiblement en arriver à être capable de travailler moins et à vivre confortablement avec moins de revenus.

Certains diront qu’une vie de loisirs entraînerait une oisiveté collective qui serait mortelle pour la créativité, la croissance, l’innovation et l’initiative. Pourtant le loisir n’est pas un passe temps inutile ou une perte de temps. Le Larousse décrit l’oisiveté comme étant l’état de quelqu’un qui vit sans travailler et sans avoir d’occupation permanente. Le loisir quant à lui est décrit comme étant du temps libre.

Avoir du temps libre ne signifie pas ne rien en faire. On peut avoir du temps libre et le consacrer à quelque chose de tout aussi valorisant, significatif ou important qu’un travail.

Aux yeux des philosophes Grecs, l’éducation et par extension, tout apprentissage ou connaissance acquise par une personne, était un des buts principaux de notre existence. Cette soif de toujours apprendre, tout au long de notre vie, devrait être le moteur de notre existence.

De nos jours, le bien-être matériel, qui ne devait être qu’une étape pour nous permettre d’accéder aux loisirs, est devenu le but ultime. Pourtant, nous ne sommes pas heureux.

Un loisir peut très bien rémunéré, mais le salaire n’en est pas la principale motivation. Le travail est un labeur, une activité entreprise pour gagner de l’argent pour subvenir à nos besoins. La même activité peut être un loisir pour une personne qui a la liberté de l’entreprendre, de l’interrompre ou de l’abandonner à son gré. Le mot clé ici est la liberté, le loisir implique la liberté de choisir comment meubler son temps.

Nous sommes rendus au point où nous vantons les mérites de la productivité et de l’efficacité, pas parce que ce sont des valeurs importantes, mais parce qu’elles nous tiennent occupés. Nous avons besoin de nous tenir occupés. Il faudrait redécouvrir et nous convaincre de l’importance du loisir, de la recherche du savoir au-delà de notre éducation qui vise uniquement à nous mener à un emploi et savourer la satisfaction d’avoir assez, sans chercher à obtenir davantage de biens matériels.

J’aime ce que je fais, je chante et je peins, en fait, je n’ai jamais travaillé un jour dans ma vie.   –   Tony Bennett
Si j’étais médecin, je prescrirais des vacances à tous les patients qui considèrent que leur travail est important.   –   Bertrand Russell
Être capable d’occuper intelligemment ses loisirs, tel est l’ultime produit de la civilisation.   –   Bertrand Russell

Le plaisir de la simulation

jeu

Pour faire suite à mon article d’hier sur les plaisirs personnels immédiats, j’ai eu une discussion avec Tendre Moitié (après le repas, sans avoir débarrassé la table!) sur ce que j’aimerais faire de mes temps libres, pour le moment encore, à peu près inexistants.

Je pourrais vous sortir des activités grandioses et altruistes qui vont changer le monde , mais comme je suis supposée penser à moi, il y a une activité complètement inutile qui m’amuse grandement.

Je me confesse; j’adore le jeu de simulation Les Sims. Pour ceux qui ne connaissent pas, le jeu, maintenant rendu à la version Les Sims3, permet de créer des personnes (chaque personne est un Sim)  et de les faire évoluer dans une ville. Ils dorment, se font à manger, vont travailler, ont des loisirs et des relations avec les autres Sims.

J’ai initié Charmante Ado à ce jeu il y a quelques années et elle s’amuse follement à se créer un foyer comprenant de multiples animaux, allant du cheval, aux chats et aux chiens. Le Sim créé commence le jeu avec des fonds limités. Il faut travailler et gravir les échelons dans sa carrière pour obtenir plus de simflous; la monnaie du monde Sim.

Pour pallier à cette restriction budgétaire, il y a  des codes de triches qui permettent de recevoir instantanément une somme d’argent. Ainsi le code Motherlode donne 50 000 simflous, kaching rapporte 1 000 simflous et freeRealEstate  donne le droit à une maison gratuite.

Charmante Ado utilise gaiement ces codes pour se bâtir des maisons somptueuses avec des résidences secondaires pour ses animaux. Elle mène un grand train de vie et semble beaucoup s’amuser. Elle passe aussi beaucoup de temps à établir des relations entre les divers Sims, animaux ou humains, qu’elle a créé.

De mon côté, je passe très peu de temps dans le déroulement de la vie de mes Sims. Il devient très vite ennuyeux de leur faire aller à la toilette, prendre une douche, manger et dormir. Ce que j’aime vraiment, c’est bâtir et modifier des maisons, les décorer et les meubler.

Là où j’ai un problème, c’est que tout cela coûte des simflous. Je ne comprends pas pourquoi je suis absolument incapable d’utiliser les codes de triche pour obtenir les simflous nécessaires. Je me résigne donc à faire vivre mon Sim à  travers ses journées et à « gagner » honnêtement l’argent requis.

On s’entend que ce n’est qu’un stupide jeu et que je ne ressens aucune grandeur morale à ne pas tricher. Je ne me crois pas supérieure ou meilleure, en fait je me trouve un peu idiote de ne pas profiter du jeu pleinement, vu que ces codes existent. Il n’y a aucune autre personne impliquée ce qui rend le jugement moral hautement personnel et quelque peu futile. Quoique qu’il soit honorable de ne pas tricher, est-ce que tricher seul dans un jeu sans conséquence réelle serait mal?

Rationnellement, je me dis que je devrais tricher et m’accorder une multitude de simflous pour créer des maisons de rêve. Je le ferais certainement si c’était l’unique but du jeu, construire et décorer des maisons. Je crois que mon problème est que je joue quand même un peu avec le déroulement de la vie virtuelle de mon Sim. Si mon Sim reçoit une belle maison, de beaux meubles et tous les objets qu’il désire (car ils ont des désirs), j’ai l’impression de jouer pour rien, de manipuler le jeu d’une manière qui le rend complètement inintéressant.

Charmante Ado et Tendre Moitié croit tous les deux que je souffre d’une hypertrophie du sentiment de culpabilité et que je devrais relaxer un peu mes critères. Il est vrai que j’ai beaucoup moins de plaisir que Charmante Ado à jouer aux Sims, probablement à cause des règles rigides que je m’impose.

Si au moins, j’en retirais un quelconque avantage, ça irait toujours, mais tout ce que je vois c’est que j’évite de me sentir coupable. Charmante Ado elle, ne se sent pas du tout coupable et Tendre Moitié m’assure que s’il jouait à ce jeu, il n’hésiterait pas à s’accorder plus de simflous pour bâtir les maisons qui l’intéresse.

Je ne sais pas d’où me vient cette tendance à la culpabilité mais je sais que cela remonte à loin et que j’ai toujours cherché à l’éviter, ce qui fait que je peux avoir l’air de me trouver vertueuse ou même meilleure que d’autres, alors que j’essaie simplement de ne pas me sentir mal.

Comme ce comportement ne m’apporte absolument rien, je vais m’attaquer à supprimer ce sentiment de culpabilité pour les choses qui n’ont absolument aucune importance et je vais me permettre de m’amuser. On peut devenir trop rigide en essayant de maintenir un code de conduite irréprochable à nos propres yeux en ne se donnant aucune chance de relaxer.

Le bonheur c’est le plaisir sans remords.   –   Socrate
On a bien de la peine à avoir du plaisir. – Marie du Deffand