Sans regret

sans regret

Bronnie Ware, une infirmière australienne, a travaillé plusieurs années dans le domaine des soins palliatifs. Ses patients étaient ceux qui retournaient à la maison pour mourir.  Elle a écrit un livre: The top five regrets of the dying, paru en 2011.

En général, lorsque les gens prennent conscience qu’ils vont mourir ils ressentent plusieurs sentiments, du déni à l’acceptation, en passant  par la colère, la peur et les regrets.

Lorsqu’elle demandait à ses patients s’ils avaient des regrets ou s’ils auraient souhaité avoir fait quelque chose différemment, cinq thèmes revenaient constamment :

J’aurais aimé avoir le courage de vivre ma vie selon mes propres valeurs au lieu de vivre selon ce que les autres attendaient de moi.

Il semble que ce soit le regret le plus fréquent. Lorsque les gens réalisent que leur vie est presque terminée et qu’ils regardent derrière eux, ils voient tous les rêves qu’ils non pas réalisés. Une fois la santé disparue, la liberté d’accomplir ses aspirations est grandement limitée par le temps ou la capacité physique.

Je regrette d’avoir travaillé si dur. 

Les gens regrettent d’avoir manqué les moments importants avec leurs enfants et de ne pas avoir passé assez de temps avec leur partenaire. Le travail nous emporte souvent sur un tapis roulant à un rythme effréné et nous perdons conscience de ce qui est vraiment important.

Reconnaître que les êtres chers sont ce qui compte le plus à nos yeux, peut nous amener à simplifier notre existence et à faire des choix conscients. Il est possible que nous puissions nous accommoder d’un travail moins intense, comportant moins de tâches, de responsabilités ou d’heures de travail, ce qui nous laisserait plus de temps à passer avec nos proches.

J’aurais aimé avoir le courage d’exprimer mes sentiments.

Certaines personnes cachent leurs sentiments pour maintenir la paix et l’harmonie dans leurs relations avec les autres. Elles écrasent leurs propres besoins pour privilégier ceux des autres. Cela crée de l’amertume et du ressentiment car elles sentent incomprises. Elles arrivent en fin de vie avec la sensation de ne jamais avoir laissé éclore leur véritable personnalité et de ne pas avoir développé leur potentiel, simplement pour ‘’garder la paix’’ et éviter les frictions.

Je regrette de ne pas être resté en contact avec mes amis. 

Les déménagements, les changements de carrière et la vie occupée que nous menons, nous amène parfois à perdre de vue des amis chers ou à négliger de faire des efforts pour entretenir ces amitiés.

À la toute fin de notre vie, ce n’est pas l’argent ou le statut social qui est importants. Ce qui compte vraiment se résume aux relations que nous avons entretenues avec les autres. Les gens que nous avons aimés et qui nous ont aimé sont tout ce qui nous importent dans nos derniers moments.

J’aurais dû me permettre d’être heureux.

Il semblerait que ce regret est très fréquent. Les gens ne réalisent qu’à la toute fin, qu’être heureux est un choix. Ils s’étaient cantonnés dans leurs habitudes et leurs routines. Le confort de tout ce qui est familier avait pris le dessus sur leurs émotions et leur vie de tous les jours. Par peur du changement, ils en étaient venus à se convaincre qu’ils étaient satisfaits de leur vie. Pourtant, au plus profond d’eux-mêmes, ils rêvaient d’autres choses. Sur leur lit de mort, les gens ne s’inquiètent plus de ce que les gens pensent d’eux.

Il n’est pas trop tard pour s’assurer de faire les bons choix pour nous et pour notre vie afin d’arriver au terminus sans éprouver de regret.

On regrette rarement d’avoir osé, mais toujours de ne pas avoir essayer.  –  Serge Lafrance 
Les regrets se manifestent toujours trop tard. Orientés vers un passérévolu, irréversible, ils demeurent vains.   –   Georges Cartier

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On se croit tous un peu plus immortels que les autres

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Steven Cave, un philosophe britannique vient de publier un livre intitulé : Immortality: The Quest to Live Forever and How it Drives Civilization.

La mort est une des seules choses dont nous ayons une certitude absolue. Nous allons tous mourir, mais peu de nous passent du temps à s’inquiéter de notre fin certaine. Pourtant, nous nous inquiétons souvent pour des broutilles, alors pourquoi la perspective de notre mort ne suscite-t-elle pas un constant état d’inquiétude?

L’auteur décrit ainsi le paradoxe de la mortalité: La mort est à la fois inévitable et impossible. Nous la voyons partout autour de nous mais cela implique la fin de notre état de conscience et nous ne pouvons pas imaginer cela. Il est impossible de s’imaginer mort et de concevoir ce que nous ressentirions à ce moment-là.

Selon l’auteur, pour détourner notre attention de cette problématique et résoudre le paradoxe, nous utilisons en fait quatre scénarios possibles pour nous aider à vivre la perspective de notre mort plus sereinement.

1) Rester en vie éternellement.
2) Le corps ressuscitera après la mort.
3) L’âme survivra à la mort physique.
4) Laisser une marque, notre empreinte personnelle et par le fait même, influencer l’avenir à travers nos enfants, notre réputation ou notre renommée.

Pour faire face à notre mortalité, nous devons choisir de croire à un de ces scénarios et vivre notre vie selon nos croyances.

Ne jamais mourir: Tous les êtres vivants cherchent à rester en vie et à éviter la mort. La possibilité de ne jamais mourir physiquement dans ce monde-ci, serait donc le scénario idéal. Malheureusement, la décision de rester en vie, d’être immortel, ne nous revient pas. Noter corps s’use, tombe malade et meurt. Le premier scénario a très peu de chance de se réaliser. La personne ayant vécu le plus longtemps était une Française, Jeanne Calment qui est décédée à l’âge de 122 ans. Pour la plupart d’entre nous, nous pouvons espérer vivre jusqu’à environ 80 ans ou un peu plus. La science persévérera et de plus en plusieurs personnes vivront éventuellement jusqu’à 120 ans, mais c’est encore loin de l’immortalité. Ce scénario n’est donc pas réaliste pour contrer notre mortalité.

Les deuxièmes et troisièmes options ont des connotations religieuses mais peuvent aussi avoir des applications scientifiques. Une résurrection scientifique impliquerait que le corps serait congelé à la mort et serait ramené à la vie dans le futur, lorsque les connaissances scientifiques seraient assez avancées pour guérir et réparer les dommages causés par la maladie qui a causé la mort. Encore ici, la science n’est pas près de réussir à ressusciter et à réparer un corps mort.

Pour les personnes croyantes, comme les chrétiens par exemple, la résurrection est ce que promet la Bible lors du jugement dernier, le retour à la vie des personnes décédées.

Résurrection: L’auteur, qui est athée, n’accepte pas le concept religieux de la résurrection. Toutefois, dans l’éventualité peu probable où ce serait possible, il y aurait quand même le problème de la recomposition du corps. Comment recréer une personne exactement telle qu’elle était si toutes ses composantes sont disparues? Est-ce qu’il y a quelque part une copie de chaque être humain ayant vécu sur Terre en attente de la résurrection?

Le deuxième scénario ne semble donc pas près d’être possible scientifiquement. Pour une personne croyante, c’est une question de foi, mais ce n’est d’aucun réconfort pour les non-croyants.

Survie de l’âme: La troisième option dépend de l’existence de l’âme qui survivrait à la mort du corps physique. La science présentement, postule que l’âme ou l’esprit, a besoin du cerveau pour exister et ne survivrait donc pas à la mort physique. Ceci implique que l’esprit et l’âme sont une seule et même chose.

Les personnes religieuses voient plutôt l’âme comme étant davantage que l’esprit et croient que l’âme se sépare du corps à la mort et survit par elle-même. Encore une fois, ce scénario est basé entièrement sur la foi.

Laisser un héritage: La dernière option pour faire face à notre mortalité est l’héritage, la marque, l’empreinte que nous laisserons après notre mort. Plutôt que d’être paralysés par notre sentence de mort, nous choisissons de vivre notre vie de manière à laisser une trace de notre passage. Les personnes religieuses utilisent aussi cette option en complément aux scénarios de résurrection et de survie de l’âme.

Ce dernier scénario est généralement la force conductrice des grandes réalisations humaines en science, dans les arts, la musique, la littérature, l’architecture et autres disciplines.

En regardant le peu de probabilités des trois premiers scénarios avec l’état actuel de la science et le dilemme de croire ou non à la religion; la décision de laisser notre marque et de changer des vies ou même le monde, sont nos seules chances réelles d’atteindre une forme d’immortalité.

Le fait d’être né augure mal de l’immortalité.   –   George Santayana
Dans le titre: On se croit tous un peu plus immortels que les autres.  –   Christelle Heurtault
Je ne veux pas atteindre l’immortalité grâce à mon oeuvre. Je veux atteindre l’immortalité en ne mourant pas. – Woody Allen

Un départ responsable

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Beaucoup de gens ont maintenant une ‘’vie en ligne’’.  Nous sommes sur Facebook, Twitter, Google+ et autres réseaux sociaux. Qu’arrivera-t-il à tous nos comptes après notre décès?

Nous voyons parfois la page Facebook d’un jeune récemment décédé devenir un autel en son honneur, où ses amis viennent écrire des commentaires et dire que sa présence leur manquent.

On ne sait pas si les parents laissent de telles pages continuer consciemment ou s’ils sont au courant de leur existence. Pour ma part, je ne serais pas du tout intéressée à voir ma vie publique continuer après ma mort.

La meilleure solution est de ce créer un guide ‘’Au cas où’’. Ce guide contiendrait des informations et nos recommandations dans l’éventualité de notre décès. En plus d’y noter toute l’information financière et personnelle qui aidera nos successeurs à régler tous les détails nous concernant, il serait bien d’y ajouter nos instructions sur  notre présence sur les réseaux sociaux. Il est simple d’indiquer que nous voulons que nos comptes soient fermés et de fournir les noms d’utilisateur et les mots de passe nécessaires pour y accéder.

Un autre moyen de gérer les tracasseries administratives de notre décès est de faire affaire avec des compagnies comme Dead Man’s Switch. Si vous devenez membre, vous pouvez composer des courriels avec des instructions détaillées à être envoyées après votre décès aux personnes de votre choix. Dead Man’s Switch vous enverra périodiquement un courriel dans lequel vous devrez cliquer sur un lien pour vérifier que vous êtes toujours vivant. Si vous ne répondez pas au courriel, un deuxième message vous sera envoyé, puis un troisième s’il n’y a toujours aucun signe de vous. Après trois courriels sans réponse,  Dead Man’s Switch  assume votre décès et envoie vos courriels pré-rédigés aux destinataires que vous aviez indiqués.

Ce site offre un service gratuit qui est limité à deux messages pouvant être envoyés à deux destinataires. Le forfait à vie (payant) vous permet d’envoyer jusqu’à 100 messages à 100 destinataires. Il y a aussi la possibilité de modifier le délai pour l’activation des courriels si jamais nous devons être absents pendant un certain temps, pour un long voyage par exemple.

Ce type de service peut servir aussi à envoyer les messages personnels que vous désirez laisser à vos proches après votre départ.

Pour que vos dernières volontés soient respectées, il est important de les adresser à des gens qui seront réceptifs à vos demandes. Une conversation avec les destinataires serait une bonne idée pour leur indiquer où se trouve le guide ou bien pour les aviser qu’ils recevront un courriel avec des instructions après votre décès.

Il faut bien sûr tenir notre guide et nos messages à jour en changeant les informations et les mots de passe au besoin. Tout le processus devient inutile si nous ne le maintenons pas à jour.

Pour une personne qui désire que son site ou son blogue perdure après sa mort, il faut fournir à nos proches l’information pertinente, comme l’accès aux comptes serveurs et la recommandation de renouveler les noms de domaine.

Certains pourraient trouver ce sujet morbide mais avec la complexité croissante de nos vies, je crois qu’il est essentiel de faire tout en notre pouvoir pour ne pas ajouter au fardeau des gens qui auront à s’occuper des formalités de notre départ. Laissons-les vivre leur peine et leur chagrin sans avoir à s’inquiéter outre mesure de toute la paperasse. Avec des instructions claires et détaillées, il passeront plus facilement à travers cette période difficile. C’est un beau cadeau à laisser à ceux que nous aimons.

La mort, dit-on, nous acquitte de toutes nos obligations.    –   Montaigne
Chacun est responsable de sa vie et de sa mort. – Yvette Naubert

Empreinte d’une vie

J'étais ici

Lorsque nous quittons cette vie, nous pouvons d’une part laisser une empreinte durable, ou de l’autre être complètement oubliés. Qui se rappelle vraiment de son arrière grand-père, de son nom, de sa date de naissance ou des endroits où il a habité et travaillé? Pourquoi ne pas faire en sorte que l’on se souvienne de vous après votre mort?

Si vous n’avez pas pris les moyens nécessaires pour laisser votre marque, le souvenir de votre existence sera oublié d’ici une ou deux générations.  Pour laisser une trace de votre existence, vous devez agir maintenant.

Certaines personnes restent dans la mémoire collective parce qu’elles ont atteint la célébrité, grâce à leurs prouesses sportives, artistiques ou scientifiques. Mais comment le commun des mortels, qui ne sera jamais riche et célèbre peut-il se garantir que son passage sur Terre aura été assez important pour laisser une trace?

Je crois que chacun peut créer quelque chose de durable et de concret, qui lui survivra. Il faut trouver notre passion, ce qui nous absorbe au point de nous faire oublier le temps qui passe. Pour moi, c’est l’écriture. Je vais m’assurer de laisser un recueil, un journal ou un scrapbook  de mes pensées, mes sentiments, des étapes importantes de ma vie, pour que mes descendants gardent une trace de mon existence.

Je pense aussi faire un enregistrement de ma voix ainsi que de celles de ma famille. J’aurais aimé avoir un enregistrement de la voix de mon père avant qu’il nous quitte. Peut-être aussi, pourrais-je faire un court vidéo de moi jouant du piano.

Tendre Moitié est très doué en dessin et j’espère qu’il explorera cette voie pour laisser une empreinte. Son père qui était lui-même excellent en paysages, nous a laissé quelques tableaux.

Nous ne sommes pas tous destinés à rester présents dans la mémoire populaire, mais nous pouvons tous nous efforcer de rester vivants dans la mémoire de nos proches et de notre famille. Il ne faut pas attendre, car nous ne savons jamais si nous aurons une longue vie ou bien  un court passage.

Une vie remplie n’est pas forcément une vie heureuse, comblée, mais celle qui laisse sa marque sur nous-mêmes, sur autrui.  – Paul Michaud 
Si mon nom est écrit dans un coin de votre coeur, quelque faible, quelque décolorée qu’en soit l’empreinte, ne l’effacez pas.  –  Alfred de Musset

Ne regarde pas en arrière, tu ne vas pas dans cette direction

Ne regarde pas en arrière

Il y a deux ans aujourd’hui, mon père est décédé. Je n’étais pas du tout proche de lui et je ne peux pas dire que je m’ennuie de sa présence.

Ce qui  m’anime, c’est plutôt un vague regret de ce qui aurait pu être. Je regarde des photos de mon père défiler sur l’ écran de veille  de mon ordinateur. Ça remonte aussi loin qu’aux années cinquante et ça se termine en 2008.  Je le vois jeune, dans la vingtaine, manifestement en amour avec ma mère. Ensuite, viennent les enfants, mon frère et moi. La progression d’un tout petit logement à une maison en  banlieue alors qu’il avait déjà atteint la quarantaine. Puis, les années où il a été seul avec ma mère, à la retraite.

Mon père a passé ses derniers 18 mois sur Terre dans la section CHSLD d’un hôpital québécois, dans une chambre pas plus grande que ma salle de bains. Pour son dernier anniversaire, j’avais numérisé toutes les photos sur lesquelles mon père apparaissait. J’ai transféré le tout dans un cadre numérique que je lui ai offert. Il pouvait alors voir sa vie  défiler sur l’écran.

Après sa mort, j’ai mis toutes ces photos dans mon écran de veille; aujourd’hui, je regarde les images de mon père  et je pense souvent à lui.

Toute petite, j’adorais mon père et j’étais la prunelle de ses yeux. Je me rappelle que je l’attendais à la porte à la fin de la journée tant j’avais hâte qu’il revienne à la maison. Ça s’est gâté vers l’âge de 8 ou 9 ans environ, quand j’ai réalisé qu’il buvait. Mon père partait sur une brosse les jours de paye pour ne revenir à la maison que deux jours plus tard. Heureusement, ma mère travaillait, ce qui était rare dans les années soixante, et elle arrivait tout de même à payer les factures. Il buvait pour s’abrutir, jamais  une ou deux bières, il fallait passer à travers la caisse au complet. Il disait que ça le dé-gênait…

Mon père n’avait pas du tout l’alcool joyeux. Je suis devenu sa cible préférée lorsqu’il était saoul. L’ennui, c’est que j’avais tendance à répondre, ce qui ne faisait qu’envenimer les choses. À partir de ce moment-là, nous nous sommes graduellement éloignés l’un de l’autre jusqu’à ça devienne un gouffre infranchissable. Je l’évitais le plus possible.

J’ai quitté le foyer familial dès que j’ai pu et je n’ai pas donné de nouvelles pendant sept ans. Je suis revenue pour ma mère. Mon père était plein de repentir et regrettait son acharnement sur moi. Par contre, il ne se rappelait pas m’avoir frappé alors que ma mère et mon frère l’assurait du contraire. Il s’est excusé et nous avons convenu d’essayer d’avoir une relation plus cordiale. Cela a plus ou moins réussi, au gré des rechutes dans l’alcool.

Pourtant aujourd’hui, je pense à lui sans rancœur. Je me demande s’il existe toujours quelque part. Je me dis parfois que je pense à lui pour ne pas qu’il tombe dans l’oubli. Et si c’étaient nos souvenirs qui gardaient les âmes ou esprits vivants? Si le fait de ne plus penser à quelqu’un faisait que cette âme s’éteigne? Pourquoi est-ce important pour moi de le garder vivant? Peut-être que le temps adoucit bien des souvenirs et les rends moins amers?

Je ne sais pas. Pas plus que je ne sais pourquoi je regarde en arrière alors que je ne vais pas dans cette direction. Il est impossible de rebrousser chemin.