Écart de langage

béluga

On a publié ces jours-ci un enregistrement d’un Béluga nommé NOC. NOC était un jeune mâle en 1977, lorsqu’il fut capturé par le Navy Mammal Program à San Diego. Après sept ans, NOC se mit à émettre des sons que les plongeurs ont confondus avec des paroles humaines.

Cela ressemblait à deux personnes qui discutaient à une certaine distance, juste au-delà de la limite pour être compris par ceux qui écoutaient. Un plongeur est même revenu à la surface après avoir cru entendre l’ordre de sortir de l’eau (Out, out, out!).

Peu de temps après, les chercheurs se sont aperçus que les sons venaient de NOC. Ils ont fait plusieurs tests pour trouver comment il parvenait à faire de tels sons.  NOC avait eu maintes opportunités pour entendre la parole humaine; il avait entendu des gens parler à la surface mais avait aussi entendu des paroles sous l’eau venant des appareils des chercheurs qui donnaient des consignes aux plongeurs.

NOC cessa de produire ce genre de sons après quatre ans en atteignant sa maturité, mais il demeura très vocal pour le reste de sa vie, qui dura trente ans. Il est décédé il y a cinq ans.

La documentation et les enregistrements de cette étude tombèrent dans l’oubli pendant près de 25 ans, avant d’être publié cette semaine par Sam Ridgeway et ses collègues dans le journal Current Biology.

Comme on peut l’entendre sur l’enregistrement ci-dessus, NOC n’était pas très doué pour la parole humaine. Il faut comprendre que les baleines et les dauphins ne possèdent pas de larynx. Le béluga a dû travailler avec les outils qu’il avait pour produire cette séquence qui imite la parole humaine. Pour produire ces sons, Noc  devait varier la pression de l’air dans ses passages nasaux tout en faisant vibrer ses lèvres phoniques (des valves ressemblant à des lèvres) et en procédant au  surgonflage des sacs vestibulaires sous son évent. De tels efforts demandaient une certaine motivation d’établir un contact.

Ces bruits ne font pas partie du répertoire habituel de sons qu’un béluga utilise avec les autres bélugas. Les sons étaient plus bas de plusieurs octaves et la cadence était semblable au rythme de la parole humaine.

Un perroquet peut parler, mais une baleine qui parlerait deviendrait beaucoup plus fascinante, principalement à cause de la taille de son cerveau. Cela porte à croire qu’elle pourrait avoir quelque chose d’intelligent à dire. Malheureusement, on n’a trouvé aucun sens à ces bruits et les chercheurs s’entendent pour croire que NOC ne faisait qu’imiter les sons des humains. On appelle souvent les Bélugas, les canaris de la mer, parce qu’ils sont très vocaux.

Récemment,  Lou Herman, un chercheur travaillant avec deux dauphins captifs à Hawaï, a créé un langage de signaux et de gestes. Avec ce langage artificiel, il a pu établir que ses deux dauphins comprenaient les nuances de la grammaire et du temps. Ses élèves ont aussi répondu à des questions et démontré une cognition capable d’anticipation  et de pensée abstraite.

Un autre chercheur,  Hal Whitehead, de l’Université de Dalhousie en Nouvelle-Écosse, a utilisé un hydrophone pour identifier cinq clans différents de cachalots dans l’océan Pacifique. Chaque clan se distingue par ses séquences de ‘’clics’’ de communication, qui sont aussi particuliers à un clan que les accents régionaux pour les humains.

Un béluga qui s’amuse à imiter les humains n’est pas assurément une tentative de communication très profonde. J’aime toutefois penser qu’un jour nous serons capable de déchiffrer le langage des baleines et des dauphins. Avant d’être distraite par d’autres opportunités de carrière, Charmante Ado a longtemps voulu devenir biologiste marin pour découvrir ce langage. De ce temps-ci, elle vacille entre avocat et zoologiste.

Personnellement, si j’avais de nouveau seize ans, je ferais certainement carrière comme biologiste marin. Mon expérience comme bénévole au Mote Marine Laboratory de Sarasota en Floride m’avait vraiment passionnée et ouvert de nouveaux horizons sur les mammifères marins.

Le langage est source de malentendus.   –   Antoine de Saint-Exupéry

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Les cerveaux marins

 mer

Le vidéo ci-haut est un très court extrait du vidéo IMAX de l’organisation One World One Ocean.

Je viens de consulter une étude intéressante dans l’édition de juin du Proceedings of the Royal Society B: Biological Sciences.

Cette étude démontre que les dauphins ont évolué au fil des millénaires en modifiant leurs gènes responsables pour le cerveau et le métabolisme.

Il y a environ 50 million d’années, l’ancêtre de tous les cétacés, un groupe comprenant les baleines et les dauphins, a commencé sa transition d’animal terrestre  à aquatique. Pour ce faire, il a dû développer plusieurs adaptations: laisser tomber ses membres, développer des nageoires et devenir capable de retenir sa respiration pour une longue période de temps.

Les scientistes ont comparé environ 10 000 gènes chez le  grand dauphin (bottlenose) avec ceux de huit autres animaux et l’humain . Ces animaux étaient : la vache (le mammifère le plus près du dauphin selon leurs génomes), le cheval, la souris, l’éléphant, l’opossum, l’ornithorynque et la poule.

En étudiant leurs mutations, ils ont pu identifier quels gènes ont évolué se sont se propagés aux générations futures des dauphins, en les comparant aux gènes semblables des autres espèces.

Si un gène de dauphin présente plus de mutations qu’un gène de vache par exemple, cela signifie que le gène a évolué de façon active à un moment donné.

228 des gènes étudiés ont connu un changement drastique.  Vingt-sept d’entre eux étaient impliqué avec le système nerveux (cerveau et organes sensoriels). Il y avait aussi plusieurs modifications aux gènes impliqués dans le métabolisme, tout comme on peut le voir chez les primates, ce qui est important, car le cerveau  utilise beaucoup plus d’énergie que les autres parties du corps.

L’étude semble pointer vers l’hypothèse que les modifications de ces gènes ont mené  à une plus grande intelligence chez les dauphins.

Les chercheurs ont aussi constaté que les dauphins ont évolué plus lentement que d’autres animaux, un trait que l’on retrouve chez les autres mammifères ayant de gros cerveaux.  On peut observer beaucoup plus de mutation dans l’ADN des vaches que dans celui des dauphins. On retrouve le même phénomène chez les primates et les éléphants.

Les primates,  les éléphants et l’humain investissent plus de temps avec leurs bébés et ils en ont moins, ce qui ralentit leur évolution.

Ces changements pourraient expliquer pourquoi les dauphins sont exceptionnellement intelligents, capables d’utiliser des outils et peuvent communiquer entre eux et avec les humains. Les dauphins se reconnaissent dans un miroir et  comprennent le concept du zéro, ce qui est habituellement réservé aux primates et aux humains.

Lorsque l’on parle d’intelligence, de comportement social et de communication, les dauphins semblent plus près de nous que nos cousins les singes et les gorilles, selon certains chercheurs. Ils ont un sens de leur identité sociale et interagissent et comprennent l’état de santé et les sentiments des autres dauphins de façon tellement rapide que c’est comme si ils étaient connectés entre eux selon un chercheur.

Le sens de la vie : le but de tout est d’évoluer.    –    Bernard Werber

Rencontre du troisième type

Depuis deux jours, je passe mes journées à l’extérieur. J’ai finalement terminé l’application d’une teinture imperméabilisante sur ma terrasse. Nous avons aussi démonté l’ensemble balançoires et glissoire car Charmante Ado est devenue beaucoup trop grande pour l’utiliser. C’est un peu l’enfance qui s’en va.

Le vidéo ci-haut vous fera sourire j’espère. J’adore les dauphins. J’ai même travaillé comme bénévole durant trois semaines il y a plusieurs années, pour le Mote Marine Laboratory à Sarasota en Floride.

C’était des vacances organisées par Earthwatch Institute, un organisme qui depuis 1971, a permis à plus de 93 000 bénévoles de travailler comme assistants de recherche avec des scientifiques, directement sur le terrain.

Le projet auquel j’avais participé consistait à partir en bateau huit heures par jour avec un biologiste marin. Nous allions dans la baie de Sarasota et nous devions repérer les dauphins, prendre des photos de leur queue pour les identifier grâce aux marques et cicatrices et indiquer avec qui se tenait chaque dauphin. Nous avions des photos de dauphins avec les marques de leurs queues et leurs noms. Je me souviens entre autres de Lasagna qui venait nous voir au bateau pour quémander de la nourriture.  Les dauphins avaient tendance à se tenir en petits groupes de deux ou trois. Les mâles adolescents se tenaient ensemble, on voyait souvent une mère avec son bébé, accompagnée par une autre femelle.

Cela a été des vacances merveilleuses. Nous travaillions du lundi au vendredi et étions libres de notre temps la fin de semaine. Un certain dimanche, un bébé dauphin mort a échoué sur la plage où je me promenais. J’ai appelé le laboratoire et ils sont venus le chercher. Le lendemain, les biologistes et le vétérinaire ont procédé à l’autopsie et j’ai pu y participer. Personne d’autre de mon groupe  de bénévoles n’a été tenté par l’expérience, mais n’oublions pas que j’ai été infirmière et que cela ne me rebutait pas du tout.

Je n’ai pas fait grand chose. On m’a tendu la mâchoire inférieure du dauphin et on m’a demandé de compter les dents. Les biologistes ont déterminé que le bébé dauphin n’avait vécu que quelques minutes. Ses poumons étaient sous-développés alors il était probablement né prématurément.

Je n’ai pas refait ce genre de voyage depuis, tout d’abord parce que c’est assez cher, l’on doit payer son transport et un montant assez considérable qui comprend la nourriture, l’hébergement et un don pour contribuer au programme de recherche. J’étais encore célibataire à l’époque mais avec un époux et un enfant, ça devenait plus compliqué comme organisation.

Cela a au moins satisfait un peu de ma curiosité sur les dauphins. J’aurais beaucoup aimé être biologiste marin.  Durant ce voyage, j’ai aussi vu de près beaucoup de lamantins qui sont incroyablement attachants. Ils n’ont qu’une vitesse: très lentement, et ils aiment se laisser flotter tout doucement en ne faisant strictement rien pendant des heures.

Peut-être referai-je un voyage bénévole lorsque nous serons à la retraite. C’est plus agréable et intéressant que de passer la semaine sur la plage ou le bord d’une piscine.

S’il a été remarqué que quelques dauphins pouvaient reconnaître jusqu’àcinquante mots de notre langue, aucun humain n’a jamais pu comprendre un seul mot de la leur.     –   Carl Sagan