Promenade en motoneige

Husky

Je vous ai déjà parlé de Fanny, la chienne Husky que j’ai eu pendant douze ans. Je racontais à Tendre Moitié une autre anecdote à son sujet, cette semaine et il trouvait que cela pourrait être une histoire intéressante pour ce blogue.

Dans le Grand Nord, il n’y a pas grand chose à faire, hormis le travail. Le seul magasin du village était le magasin général, appelé Northern. Aucun cinéma, ni librairie ou bibliothèque pour égayer nos rares moments de loisirs.

Nous passions donc beaucoup de temps entre nous, les travailleurs venus du Sud, allant souper chez l’un, veiller chez l’autre ou nous donnant rendez-vous pour faire un tour de quatre-roues (véhicule tout terrain) ou de motoneige.

En hiver, certains bâtissaient des camps loin du village et chaque fin de semaine, quelques excursions s’organisaient vers un camp ou l’autre. Durant mon séjour de trois ans, je n’ai pu y aller qu’une seule fois à cause de mon travail , qui était sur une rotation de quarts.

Lorsque l’occasion s’est enfin présentée, j’ai pris place derrière une amie sur sa motoneige et le groupe d’une dizaine de personnes s’est mis en route en début de soirée. Le voyage a duré plus d’une heure et avec une température de moins trente degrés Celsius, j’étais complètement frigorifiée à l’arrivée.

Fanny suivait notre motoneige, accompagnée de quelques autres chiens appartenants au reste du groupe. Elle courait rapidement, se maintenant à la hauteur de notre motoneige, semblant apprécier le voyage.

Durant le trajet, nous avons traversé un lac gelé. Dans le noir, Fanny n’a pas vu que la neige se changeait en glace et elle est arrivée sur la glace à toute allure. Elle a dérapé et elle a fait quelques tonneaux avant de s’immobiliser. Nous avons ralenti pour vérifier qu’elle allait bien et elle s’est relevée et a marché jusqu’au bord du lac avant de se remettre à courir.

Quelques minutes plus tard, nous arrivions au camp. Je suis allée à l’intérieur porter mes affaires et lorsque je suis ressortie, Fanny et les autres chiens étaient couchés sous la cabane. Aucun des chiens n’a voulu venir à l’intérieur et je dois dire que je les comprenais car la chaleur du poêle à bois était suffocante dans un si petit espace.

Camp

La soirée s’est passée à chanter des chansons, accompagnées par la guitare d’un copain, à boire quelques verres et à discuter. Nous avons dormi sur des plate-formes de bois, bien au chaud. Le lendemain, certaines personnes, dont je faisais partie, devaient rentrer plus tôt pour aller travailler. J’ai encore une fois pris place derrière un conducteur de motoneige et j’ai appelé Fanny.

Elle ne semblait pas vouloir quitter son abri, pas plus que les autres chiens. Le reste du groupe m’a dit de la laisser, qu’elle reviendrait avec eux en fin de journée. Je suis rentrée sans elle au village et je suis allée travailler mon quart de soirée, qui exceptionnellement était suivi d’un quart de nuit, donc seize heures en ligne à travailler.

En début de soirée, j’ai vu par la fenêtre les motoneiges revenir au village avec les chiens qui les accompagnaient. Rassurée, j’ai attendu que Fanny vienne me voir au travail. Elle n’est pas venue de la soirée ni de la nuit. Elle ne passait pas la nuit dehors habituellement, sauf durant l’été. Le collègue qui est arrivé pour prendre ma place le matin suivant était allé lui aussi au camp et était revenu avec le deuxième groupe. Il m’a dit que Fanny n’était pas revenue avec eux.

Inquiète, je suis allée voir mon patron chez lui et je lui ai demandé de me prêter sa motoneige afin d’aller à sa recherche. Il faisait un froid mordant, mais c’était une très belle journée ensoleillée. Je n’ai vu aucune trace de Fanny durant le trajet, mais une fois arrivée au camp, maintenant fermé et vide, je l’ai retrouvée toujours couchée sous la cabane.

Je me suis agenouillée dans la neige et je l’ai appelée. Elle a réussi à se lever avec beaucoup de mal et sa jambe arrière droite semblait la faire souffrir. Elle arrivait à faire quelque pas sur trois pattes, mais il était hors de question qu’elle fasse tout le trajet dans cet état. Elle s’était blessée en dérapant sur le lac glacé.

Je l’ai prise dans mes bras avec ses quarante kilos, et je l’ai installée sur la motoneige entre mes deux jambes, le dos bien appuyé contre moi. Elle avait fière allure et ne fût pas du tout perturbée par le moteur de la motoneige, ni notre vitesse de croisière. Elle n’a pas bougé durant tout le voyage, assise devant moi comme une passagère de luxe.

Les Inuits aiment beaucoup les chiens, mais pour eux, ce ne sont pas vraiment des animaux de compagnie, ce sont des animaux qui travaillent, en tirant un traîneau, par exemple. Ce que je craignais un peu arriva et je croisai plusieurs Inuits hilares, qui semblaient complètement effarés de me voir promener un chien en motoneige. Ne voulant pas être la risée du village, je leur expliquais qu’elle s’était blessée et qu’elle ne pouvait plus marcher. Le problème était que Fanny avait l’air parfaitement confortable et elle trônait vraiment comme une reine, sur la motoneige. Si elle avait gémi ou eu l’air pitoyable, j’aurais eu un peu plus de crédibilité.

Je fis une entrée très remarquée dans le village et je ramenai Fanny à la maison. Un ami m’aida à la transporter à l’intérieur. Je ne sais pas ce que c’était comme blessure; entorse, foulure, ligament ou autre et il n’y avait pas de vétérinaire au village. Je laissai donc le temps faire son oeuvre et elle mit un bon quinze jours avant de marcher normalement. Elle se rétablit parfaitement et nous entendîmes longtemps parlé du chien qui se promenait en motoneige au lieu de tirer un traîneau comme tout bon Husky.

Ils ont fous ces gens de la ville!

Au début des temps, il n’y avait pas de différence entre les hommes et les animaux.   –   Légende autochtone

 

 

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Questionnement canin

inquiétude canine

Vivre avec des chiens nous montre à quel point ils portent attention à nos gestes et à nos paroles. Un jeune enfant utilise le référencement social en se tournant vers une autre personne pour se guider dans ses perceptions et ses interprétations. Une situation nouvelle le poussera à observer les signaux que projettent une autre personne présente face à cette situation et cela guidera ses comportements futurs.

Chez le jeune enfant, il y a deux éléments inhérents au référencement social. Le premier élément est lorsque l’enfant regarde d’abord directement l’autre personne présente, habituellement un parent ou une personne en position d’autorité et retourne ensuite son regard vers l’objet ou la situation qui l’inquiète. C’est actuellement ce va et vient du regard qui est le signal de communication destiné à indiquer à l’autre personne la source de l’inquiétude.

Le deuxième élément de ce processus implique le décodage des comportements et de la réponse émotive de l’autre personne, qui guideront l’enfant sur le comportement à appliquer.

Une équipe de psychologues de l’Université de médecine de Milan en Italie, guidée par le docteur Sarah Marshall-Pescini, a analysé la réaction d’un chien à une nouvelle situation, alors qu’il est en présence de son maître.Il fallait donc générer une situation légèrement stressante pour l’animal, juste assez pour générer un peu d’inquiétude mais pas assez inquiétante au point de lui faire peur. Ils ont pris un ventilateur portatif oscillant et ont attaché des bandelettes de plastiques sur le grillage recouvrant les pales. Le ventilateur a été déposé par terre dans une pièce et mis en fonction. Il y avait le son du moteur, et bandelettes qui claquaient dans le courant d’air généré par les pales. Les bandelettes s’agitaient aussi ce qui fournissait un stimulus additionnel pour le chien, quelque chose d’inhabituel qui était susceptible de l’inquiéter.

Chez les enfants, le référencement social survient seulement si la situation génère de l’incertitude. Pour vérifier ce point, le chien était amené dans la pièce et laissé libre de circuler, pendant que l’on expliquait à son maître le déroulement de l’expérience. Si le ventilateur n’était pas présent, les chiens avaient tendance à explorer la pièce et ils regardaient rarement leur maître.

Par contre, si le ventilateur fonctionnait, le chien avançait de quelques pas dans la pièce mais 83% des chiens ont immédiatement tourné leur regard vers leur maître, pour ensuite se retourner vers le ventilateur. Ils ont ensuite alterné leur regard entre le maître et le ventilateur, semblant chercher une interprétation sur cet objet étrange et espérant que le maître fournisse une indication.

Le point suivant était de déterminer si le chien réagirait aux signaux émotifs de son maître. Le maître devait simplement donner un message verbal du chien en utilisant le ton de voix approprié. Une réponse positive était du genre : Wow, c’est vraiment joli! ou C’est très bien! Une réponse négative était : Cette chose est vraiment laide ou Je n’aime vraiment pas cette chose-là!

Les chiens ont été très sensibles aux réponses à connotations négatives de leur maître. Si le maître répondait négativement au ventilateur, le chien avait tendance à figer sur place, ne plus bouger et rester là en alerte. Ceci est à peu près la même réaction qu’aurait un jeune enfant  face à une réaction négative d’un adulte.

Les chiens par contre,  ne semblaient pas aussi réceptifs à un message verbal positif. Ils se sont déplacés quelque peu dans la pièce mais conservaient une attitude incertaine, comme s’ils cherchaient toujours quelle interprétation donner à la situation.

On a ensuite demandé aux maîtres de renforcer la réponse positive ou négative en y ajoutant des mouvements corporels. Si la réponse était positive, le maître devait s’approcher du ventilateur, pour montre qu’il n’y avait rien à craindre. Les chiens ont tous réagi en s’approchant du ventilateur aussi, sans afficher de peur. Si le maître s’agenouillait près de l’objet, certains chiens allaient même jusqu’à toucher le ventilateur.

Lors d’une réaction négative, le maître devait reculer et s’éloigner du ventilateur comme s’il était inquiet, le chien suivait son maître et reculait aussi, sans jamais revenir vers l’objet inquiétant par la suite.

Il semblerait donc que les chiens, tout comme les très jeunes enfants, se tournent vers un humain significatif pour les aider à interpréter des situations ambiguës ou problématiques. Les chiens observent le visage de leur maître lorsqu’ils sont inquiets et cherchent des signaux qui leur indiqueraient comment réagir. Une réponse négative les fera figer sur place, ce qui en général leur évitera des problèmes. Par contre, si le comportement humain est plus évident, comme si le maître s’approche ou recule face à la situation inquiétante, le chien interprétera  plus clairement ce comportement et réagira de la même manière que son maître.

Un chien se tourne donc vers son maître pour observer comment il réagit au monde qui l’entoure et il essaie d’interpréter son comportement. Mes deux chiens agissent effectivement de cette manière. Une situation inhabituelle les fera se tourner vers moi pour voir ma réaction. Si elle est négative, ils vont faire comme moi et reculer.

Par contre, une réponse positive de ma part ne réussit pas toujours à les convaincre de relaxer. Toutou Parfait particulièrement, conserver un air inquiet et semblera dire : Tu penses que ce n’est pas dangereux mais je reste méfiante, mieux vaut prévenir.  Ce n’est qu’après avoir été exposée plusieurs fois à la situation qu’elle semblera se dire : Bon, finalement, tu avais raison et ce n’est pas inquiétant.

J’imagine que les propres expériences du chien auraient aussi une influence sur son comportement. Toutou Parfait est beaucoup plus prudente et posée que Tête de Mule qui fonce dans toute nouvelle situation à pleine vapeur et quelquefois elle s’en mord les pattes.

Pour son chien, tout homme est Napoléon. C’est ce qui explique la grande popularité des chiens.    –   Aldous Huxley

L’intelligence canine

chiens

Depuis une cinquantaine d’années, nous en apprenons de plus en plus sur le fonctionnement du cerveau humain. Les chercheurs se penchent aussi sur le cerveau du meilleur ami de l’homme, le chien.

Les recherches sur l’intellect canin sont de plus en fréquentes et les nouvelles découvertes sont fascinantes. Une étude publiée dans le journal Animal Cognition a démontré que les chiens peuvent comprendre des calculs simples. Les chercheurs ont montré des gâteries aux chiens participants puis ont placé ces gâteries derrière un écran. Lorsqu’une gâterie, puis une seconde, étaient placées derrière l’écran et que l’on retirait ensuite l’écran, les chiens regardaient brièvement les deux gâteries. Lorsque l’on enlevait à leur insu une gâterie avant de retirer l’écran, les chiens fixaient la gâterie restante plus longtemps, indiquant qu’ils étaient conscients que la somme n’y était pas.

Je peux attester du fait que Toutou Parfait sait pertinemment combien de biscuits à chien elle reçoit habituellement. Nous lui en donnons deux, que nous coupons en deux pour faire quatre morceaux. Elle les reçoit un après l’autre et elle retourne se coucher après avoir reçu le quatrième. Si l’on fait semblant que c’est terminé après seulement trois morceaux, elle se met à pousser nos mains, à chercher à les ouvrir ou à fouiller autour de nous pour des cachettes, en prenant un air indigné.

Durant un jeu, les chiens sont capables d’essayer délibérément de tromper d’autres chiens ou des personnes pour obtenir des récompenses. Ils sont presque aussi bons que les  humains  pour berner un autre chien.

Les chiens comprennent aussi le langage humain et certaines études ont démontré qu’ils peuvent apprendre beaucoup plus que les mots assis et couché. Un chien moyen peut apprendre environ 165 mots selon le psychologue Stanley Coren. Les chiens les plus intelligents peuvent apprendre 250 mots. Cette limite supérieure a été démontrée dans une étude de l’Institut Planck en Allemagne, avec un Border Collie appelé Rico , qui pouvait comprendre plus de 200 mots. Rico était capable d’apprendre un mot pour décrire un nouvel objet, comme un lapin en peluche et s’en souvenir quatre semaines plus tard.

Les chiens peuvent apprendre à résoudre certains problèmes spatiaux, comme trouver la route la plus rapide vers une chaise préférée, localiser une gâterie cachée et ils peuvent aussi apprendre à faire fonctionner un mécanisme simple comme un loquet.

Ce qui impressionne le plus dans les capacités des chiens, c’est leur aptitude à apprendre sur les humains Ils répondent à nos gestes, comprennent notre langage corporel et suivent notre regard pour voir ce que nous regardons. Ils peuvent même bailler lorsqu’ils nous voient bailler.

Les chiots qui n’ont que quelques semaines sont capables d’interpréter des signaux humains alors que des loups adultes, élevés par des humains, n’y arrivent pas. Les chiens décryptent les signaux et le langage corporel des humains mieux que ne le font les chimpanzés selon une étude publiée cette année.

Récemment, des chercheurs ont entraîné des chiens à rester coucher, parfaitement immobiles, à l’intérieur d’un appareil d’imagerie à résonance magnétique (IRM). Les chiens étaient éveillés et non attachés et on leur avait mis des protèges-oreilles spéciaux pour atténuer le bruit de la machine. Le but de l’étude était de vérifier quels circuits du cerveau canin s’activent lorsque le maître humain du chien fait un geste pour lui offrir de la nourriture. Les résultats ont montré que lorsqu’une gâterie était offerte, le cerveau affichait une activité dans le noyau caudé, une partie du cerveau associée à l’anticipation d’une récompense.

Il semblerait que les capacités cognitives et sociales d’un chien se situent au niveau d’un humain de deux ans. Il y a trois types d’intelligence canine. La première est l’intelligence instinctive, qui a été stimulée par l’élevage sélectif pour chaque race. L’intelligence adaptive est ce qui permet au chien d’apprendre de son environnement pour être capable de résoudre des problèmes. Le troisième type est l’intelligence de travail et d’obéissance, qui est l’équivalent de l’éducation scolaire chez l’humain.

Le Border Collie a été identifié comme étant la race la plus intelligente (intelligence de travail et d’obéissance) chez les chiens, selon un sondage fait auprès de 208 juges de compétitions d’obéissance canine.

Les résultats ont été les suivants pour les dix races les plus intelligentes :

  1. Border collie
  2. Caniche
  3. Berger allemand
  4. Golden retriever
  5. Doberman
  6. Berger de Shetland
  7. Labrador retriever
  8. Chien Papillon
  9. Rottweiler
  10. Bouvier australien

Mes deux chiens  ne sont pas les plus brillants de la race canine, Tête de Mule, un Montagne des Pyrénées arrive au 64e rang sur 80 races de chien.  Pour ce qui est de Toutou Parfait, un mélange de Husky  (45e rang) et de Labrador (7e rang), elle se situe nettement plus haut que sa compagne. En fait Toutou Parfait est le chien le plus intelligent que j’ai eu dans ma vie. J’ai eu à différentes époques; un caniche (névrotique), un Collie (décoratif, mais pas une lumière), plusieurs Rottweilers, (mon frère en a fait l’élevage; très intelligents et affectueux) et un bouvier des Flandres (gentil mais un peu demeuré). Fanny,  mon Husky précédent était aussi un chien mélangé et quoique qu’elle était adorable, Toutou Parfait la dépasse en intelligence. Elle comprend beaucoup plus de mots que Tête de Mule et a un comportement exemplaire, contrairement à l’autre qui ressemble à une ado en mal de contestation.

L’intelligence n’est pas tout, Tête de Mule est très douce avec les gens et très affectueuse. Toutou Parfait a ses préférences, elle ne va pas au devant des gens comme Tête de Mule. Tête de Mule semble éperdument reconnaissante pour toute marque d’affection, elle a les yeux qui semblent fondre de bonheur lorsqu’on la caresse. Toutou Parfait est plus réservée de ce côté. On les aime toutes les deux avec leurs personnalités, leurs défauts et leurs qualités.

Personne n’apprécie autant votre génie de la conversation qu’un chien.    –   Christopher Morley
Je peux dresser un chien en cinq minutes. C’est dresser le maître qui prend le plus de temps.
–   Barbara Woodhouse

La pensée canine

chien sofa

Ce serait extrêmement intéressant si nous pouvions savoir ce qui se passe dans la tête d’un chien. La nuit dernière par exemple, Tête de Mule s’est mise à gémir avec insistance.

Je me suis levée et je suis descendue la voir au rez-de-chaussée. Elle s’est immédiatement dirigée vers la porte qui mène sur la terrasse. Bon, me suis-je dis, elle doit aller faire ses besoins. Je lui ai mis son collier, j’ai pris une laisse et nous sommes sortis sur la terrasse.

J’ai patienté dix bonnes minutes en l’encourageant à faire ce qu’elle avait à faire, sans succès. Je suis rentrée avant d’être complètement gelée; les nuits sont froides en robe de nuit. Tête de Mule semblait contente de sa petite sortie nocturne et je ne l’ai pas entendue pour le reste de la nuit.

Ce matin, lorsque je suis descendue, Tête de Mule était couchée sur le sofa (formellement défendu), à ma place naturellement. Elle avait de toute évidence, sauté les barrières installées pour l’empêcher d’aller dans le salon et la salle à manger.

De plus, elle avait fait ses besoins par terre, à plusieurs endroits. Je l’aurais étranglée! Au lieu de cela, je suis restée parfaitement maître de moi-même et j’ai ramassé les dégâts pendant qu’elle me regardait faire attentivement. Je lui ai ensuite mis son collier et je l’ai envoyée dehors dans son enclos, sans un mot. Habituellement, il y a un petit moment pour caresses et mots-doux, mais ce matin, ça ne me tentait vraiment pas.

Je me suis dit qu’il ne servait à rien de la gronder pour quelque chose qui avait peut-être été fait des heures auparavant. Ce serait certainement intéressant de comprendre ce qu’elle a dans la tête. Tendre Moitié croit qu’elle fait cela en guise de protestation contre les barrières. C’est bien possible, mais ce n’est pas en faisant des dégâts partout que je vais la laisser aller librement dans toute la maison.

Selon Stanley Coren de l’université de la Colombie Britannique, les chiens ont la même structure cérébrale que les humains en ce qui a trait aux émotions. Ils produisent les mêmes hormones  et  subissent les mêmes changements chimiques que l’homme durant les états émotionnels, y compris l’ocytocine qui est impliquée dans les sentiments d’amour et d’affection.

Il serait donc raisonnable de suggérer que les chiens ressentent aussi des émotions. Nous ne pouvons présumer de la complexité de ses émotions, mais il est évident que le cerveau d’un chien n’est pas l’équivalent de celui d’un humain.

Toujours selon ce scientifique, les chiens ressentent les émotions de base, comme la joie, la peur, la colère, le dégoût, l’excitation, le contentement, la détresse et même l’amour. Par contre, un chien serait incapable de ressentir les émotions plus complexes comme la culpabilité, la fierté, le mépris, et la honte.

Tous les propriétaires de chien sont plus ou moins convaincus que leur animal ressent de la culpabilité, suite à un mauvais comportement. Les yeux piteux, la posture courbée et soumise sont terriblement convaincants que toutou se sent coupable. En fait, le comportement du chien serait plutôt de la peur. Le chien a appris par exemple, que lorsque son maître voit les excréments du chien sur le plancher, il devient très en colère et il  doit subir une punition .

Vous serez heureux d’apprendre que Tête de Mule ne semblait absolument pas se sentir coupable, ni avoir peur de moi. Elle avait plutôt l’air de trouver tout cela très intéressant. Elle semblait se demander ce que je voulais faire avec ses ‘’cadeaux’’.

Pour continuer sur une note plus agréable, ce scientifique a fait de nombreuses études sur l’espèce canine. Il semblerait que les chiens ne soient pas très intéressés par la télévision ordinaire, parce que leurs capacités visuelles sont limitées. Par contre, l’avènement de la télé HDTV, avec sa haute définition et son écran digital, serait beaucoup plus facile à percevoir pour les chiens et on voit de plus en plus de propriétaires rapporter que leur chien s’est découvert un intérêt pour la télévision, principalement les images d’animaux qui se déplacent.

Il y aurait un sourire canin, représenté par des mâchoires légèrement entrouvertes, laissant voir une langue qui recouvre les dents inférieures à l’avant. Fréquemment, au même moment, les yeux prennent la forme d’une goutte, comme s’ils étaient étirés vers les coins externes. On retrouve cette expression lorsque le chien est détendu, enjoué ou durant une interaction sociale avec des humains.

chien sourit

On croît même que le chien est capable de rire, particulièrement lorsqu’il joue, Cela commence par un sourire canin et inclut un son qui ressemble à  un halètement. Une spécialiste du comportement animal, Patricia Simonet du Sierra Nevada College a enregistré les sons que faisaient des chiens en jouant.. En analysant les enregistrements, elle a remarqué que des chiots à qui l’on faisait écouter ces sons, sautillaient de joie et devenaient très excités.

Bon, tout cela ne me permet pas vraiment de mieux comprendre ce qui se passe dans la tête de ma Tète de Mule, À moins qu’elle n’ait passé la nuit à regarder la télévision en souriant à la perspective de me voir manipuler ses cadeaux. Peut-être que cela l’a même fait rire un tout petit peu.  Nous n’avons définitivement pas le même type de sens de l’humour.

 

Pour garder une bonne perspective de sa propre importance, chaque personne devrait avoir un chien qui l’adore et un chat qui l’ignore.   –   Dereke Bruce

 

La vie de Fanny

husky

Pour faire suite à l’histoire de Fanny, je vais vous raconter le reste de sa vie à mes côtés. Je venais d’arriver dans le Grand Nord lorsque mon patron me demanda si je voulais un chien. Il avait ramassé une belle petite chienne Husky de cinq à sept mois qui essayait d’entrer dans le hangar de l’aéroport.

Elle était toute mignonne et très amicale et je l’appelai Fanny. Nous étions alors en novembre et le Northern du village (magasin général) ne vendait pas de nourriture pour chiens. J’en commandai donc  par téléphone pour que cela me soit envoyé par avion de Montréal.

Fanny ne voulut jamais en manger. Elle se promenait en liberté dans le village comme tous les autres chiens et se nourrissait des restes de caribous et de phoques que les chasseurs abandonnaient derrière eux après y avoir prélevé la viande.

Au bout d’un certain temps, elle devint très amie avec le propriétaire du petit restaurant du village et elle s’y présentait tous les soirs à la fermeture pour avoir sa part des restants.

Elle grandissait vite et grossissait…un peu trop vite. Je réalisai bientôt qu’elle était enceinte. Il n’y avait aucun vétérinaire au village et mes prochaines vacances n’étaient prévues qu’au printemps suivant.  Je ne pouvais donc pas aller dans le Sud avant plusieurs mois.

Elle accoucha le jour de Noël, de cinq chiots, dont elle sût s’occuper malgré son jeune âge. Elle n’eut aucun problème à me laisse les examiner ou prendre dans mes bras. Je me retrouvais alors avec six chiens, ce qui ne faisait pas tout à fait partie de mes projets.

Il y avait une dame qui faisait le tour du village chaque jour pour nourrir et soigner les chiens abandonnés. Elle me raconta qu’elle avait trouvé dix petits chiots naissants, installés sous un canot renversé. Elle s’inquiétait de leur sort car elle n’avait pas vu la mère et effectivement, lorsqu’elle y retourna le lendemain, cinq des chiots étaient morts de froid ou de faim.

Elle me supplia de recueillir les cinq chiots restants pour que Fanny les allaite et leur donner ainsi une chance de survivre.  Elle me promit de m’aider à en prendre soin. Je me demande encore où j’avais la tête, mais j’ai accepté et pendant deux mois j’ai eu ONZE chiens dans ma maison, en plein hiver.

Au début, ça allait; je leur avais aménagé un coin dans l’entrée arrière de la maison, ce qui leur donnait assez d’espace pour bouger sans salir toute la maison. Il y avait heureusement une porte que je pouvais refermer pour atténuer le bruit qu’ils faisaient la nuit, parce que dix chiots, ça fait tout un boucan lorsque ça grandit.

Fanny accepta bien les nouveaux chiots et honnêtement à la fin, on ne savait plus vraiment lesquels étaient les siens ou pas. Lorsqu’ils eurent six semaines, je commençai à regarder pour des familles adoptives, car je n’avais pas la vocation d’opérateur de chenil.

Mon but était de donner les chiots à des gens qui n’étaient que de passage ou qui repartaient vivre dans le Sud. Le village était plein de chiens abandonnés, au point que périodiquement, un message passait à la radio locale pour annoncer que tel jour on abattrait tous les chiens ne portant pas de collier ou de foulard.

Fanny portait un foulard rouge en tout temps, mais je la gardais tout de même à l’intérieur lorsque le jour fatidique arrivait. Je ne voulais pas que mes dix chiots subissent le même sort et je savais que les gens du village ne voudraient pas adopter un chiot alors qu’il y en avait plein qui couraient les rues.

J’ai réussi à donner neuf des dix chiots à des gens de passage; des travailleurs d’Hydro-Québec, de la Garde Côtière, de différents ministères gouvernementaux. Tous ces chiots ont donc quitté le village et ont vécu leur vie ‘’dans le Sud’’.

J’ai gardé le dixième pour mes parents qui voulaient un chien et lors de mes vacances en mars suivant, Fanny et le chiot Jérémy sont venus avec moi et ont tous deux été stérilisés et vaccinés chez le vétérinaire.

Jérémy a coulé une petite vie heureuse avec mes parents et Fanny est remontée dans le Nord avec moi. Vers la fin de mon séjour, j’ai fait le petit voyage de camping que je vous ai relaté précédemment.

Au bout de trois ans, j’ai obtenu un poste dans le sud et Fanny m’a suivie. Elle a eu de la difficulté à s’adapter au début car elle devait être attachée lorsque j’étais absente et porter un collier et une laisse pour se promener. Elle s’est aussi résignée à la nourriture pour chiens, car le caribou et le phoque n’étaient plus disponibles. Je faisais tout de même de longues promenades dans le bois ou autres endroits déserts, où je la laissais courir en liberté.

Lorsque Grande Patronne est arrivée chez nous, elle est devenue la grande amie de Fanny. J’ai trouvé Grande Patronne dans le stationnement de mon travail, un soir de pluie. Je me suis penchée pour la caresser et elle est sautée dans mes bras. Lorsque je l’ai redéposée en lui conseillant de rentrer chez elle, elle a préféré sauter dans ma voiture et s’installer sur le siège du conducteur, d’où elle ne voulait pas sortir. Je la ramenai donc chez moi. Personne ne l’a réclamée suite aux affiches que nous avions installées, alors elle est devenue un membre de notre famille. À l’époque toutefois, elle n’était que le chat Numéro Trois, car nous avions deux autres chats qui occupaient déjà la maisonnée.

Elle occupa donc son temps plus souvent à l’extérieur qu’à l’intérieur. Elle chassait des mulots et des oiseaux et ce qu’elle ne mangeait pas, elle l’apportait à Fanny qui dévorait tout cela avec ferveur. Fanny devait rester attachée lorsqu’elle était à l’extérieur, mais elle avait Grande Patronne pour lui tenir compagnie. Elles faisaient tout ensemble; manger, dormir et jouer.

Peu avant l’arrivée de Grande Patronne, j’ai rencontré Tendre Moitié, puis nous nous sommes mariés et nous avons eu Charmant Bébé (maintenant Charmante Ado). Après neuf ans à ce poste, nous coulions des jours heureux lorsqu’on m’offrit de devenir gestionnaire.

Comme j’avais aimé mon aventure précédente dans le Nord et que le poste qu’on m’offrait était dans la même région, quoique dans un village différent, j’ai accepté d’y retourner, d’autant plus que Tendre Moitié, en tant qu’Européen, avait la soif des grands espaces, du genre ‘’ma cabane au Canada’’.

Nous avons donc aménagé dans ce nouveau village vers la fin janvier. Fanny et Grande Patronne étaient bien sûr avec nous. Nos deux autres chats étaient morts de vieillesse à 18 et 19 ans, à un mois d’intervalle, durant l’été précédent. Tendre Moitié prit l’habitude d’aller promener  Fanny chaque jour dans un endroit où elle pouvait courir librement. Elle  avait alors douze ans, mais n’avait pas du tout ralenti et semblait en pleine forme.

husky

Elle faisait d’abord de grandes courses pendant cinq ou dix minutes, puis elle se faufilait entre les arbres pour aller explorer. Au bout de vingt ou trente minutes, Tendre Moitié l’appelait en criant et elle revenait à la course.

Un jour de mars, elle ne revint pas. Tendre Moitié la chercha partout, mais la neige l’empêchait de progresser bien loin. Il attendit des heures en l’appelant, en vain. Il alla voir un pilote d’hélicoptère qu’il ne connaissait même pas et le convainquit de survoler la région pour la chercher. Tendre Moitié l’accompagna, mais ils ne virent rien.

Lorsque je sortis du travail, j’empruntai des raquettes et je parcourus tout les endroits qu’elle avait l’habitude d’explorer. Je cherchai pendant trois jours, pendant des heures, avant et après le travail.

Nous pensions qu’elle s’était peut-être blessée ou qu’elle avait eu un malaise, mais avec des températures de moins 35 degrés Celsius, on ne survit pas longtemps si on ne peut pas bouger.

En marchant, je découvris qu’au delà des arbres, il y avait une falaise. Si elle était tombée de là, elle était sûrement morte, mais il n’y aurait pas moyen d’accéder au bas de la falaise avant la fonte des neiges.

Nous avons mis des affiches partout et quelques personnes nous ont dit avoir vu Fanny dans un village voisin, à environ 45 kilomètres. Bien que cela semblait douteux, nous sommes allés deux fois vérifier si c’était elle. Les chiens ressemblaient effectivement à Fanny, mais ce n’était pas elle.

Nous ne l’avons jamais revue. Au dégel, j’ai refait tout le parcours qu’elle avait l’habitude de suivre et je suis allée voir au bas de la falaise, pensant peut-être y retrouver ses restes ou son collier. Rien du tout, elle s’était volatilisée.

Notre seule consolation est qu’elle est disparue (plus que probablement morte), près de son lieu d’origine, dans le Grand Nord où elle avait pu une dernière fois apprécier sa liberté. Dans le Sud, elle avait connu la laisse, le permis pour chien et les restrictions. Elle a vraiment apprécié ce court retour vers la liberté. Cela n’a duré que quelques semaines, mais on se console comme on peut.

Nous ne sommes restés qu’un an cette fois-ci, avant que je ne sois mutée encore une fois dans le Sud. Avant de partir, j’ai demandé à une employée qui habitait le village d’origine de Fanny de me trouver un autre chien.

3 mois

Et c’est comme ça que Toutou Parfait est arrivé parmi nous à l’âge d’environ trois mois. Elle est mélangée avec du Labrador, ce qui fait qu’on doit vraiment chercher le Husky en elle, mais elle est issue du Grand Nord tout comme Fanny. Elle a maintenant presque huit ans.

Fanny était d’une fidélité exemplaire et m’accompagnait partout dans le Nord. C’était vraiment un chien fait pour les grands espaces. Je la revois encore courir derrière mon quatre roues ou ma motoneige, la langue sortie, la bouche ouverte comme si elle faisait un grand sourire.

husky

Toutou Parfait n’a pas vraiment connu ce genre de vie; d’abord, parce qu’elle n’est pas restée assez longtemps dans le Nord, mais aussi parce que les temps avaient changé et que les chiens devaient être attachés et tenus en laisse dans le village où nous étions.

Deux chiens bien différents mais qui nous ont apporté chacun beaucoup de joies et de bons souvenirs. Et pour Toutou Parfait, ce n’est pas terminé, loin de là.

chien

 

Parmi toutes les formes de la vie qui nous entourent, pas une, hors le chien, n’a fait alliance avec nous.    –    Maurice Maeterlinck