Carpe Diem

bohneur

Depuis l’Antiquité, nous nous soucions énormément de l’importance du bonheur dans notre vie.

Les psychologues modernes suggèrent maintenant que le bonheur relève de deux concepts bien distincts: l’hédonisme, qui représente un bonheur centré sur le plaisir et l’eudémonisme  qui lui se concentre sur l’accomplissement personnel.

Platon, Épicure, et Marc-Aurèle ont tous disserté sur le thème du bonheur, mais Aristote est celui qui est allé le plus en profondeur sur le sujet.

Selon Aristote, l’eudémonisme résulterait d’une vie vécue à son plein potentiel ou en accord avec des valeurs internes. L’eudémonisme serait ainsi marqué par un comportement noble sans autre but ultérieur, Aristote croyait aussi que l’eudémonisme était un jugement objectif que les autres portaient sur la vie d’un individu APRÈS son décès, à savoir s’il avait vécu une bonne vie (The Good Life).

De nos jours, certains semblent voir une certaine hiérarchie morale entre les deux types de bonheur, allant jusqu’à décrire l’eudémonisme comme étant plus objectif, plus complet et moral que l’hédonisme.

L’hédonisme est la recherche du plaisir, surtout par les sens, tout en essayant de minimiser le plus possible la douleur ou la souffrance.

Dans le domaine de la philosophie, on remarque parfois que le bonheur de type hédoniste est souvent le résultat d’un comportement répréhensible. Par exemple, certaines personnes peuvent prendre plaisir à torturer des animaux.

Nous serions donc tentés d’attribuer un jugement moral à ce type de bonheur. Quelques activités néfastes pour nous peuvent aussi nous apporter un bien être hédoniste; l’alcool, la drogue, trop de calories, une mauvaise alimentation, etc. L’hédonisme pourrait presque devenir une mauvaise chose, vu de cet angle-là. Une certaine mesure et une retenue sont donc requises pour un hédonisme qui ne tombe pas dans des excès nuisibles à notre bien-être. Un hédonisme raisonnable ne serait nuisible ni à soi-même ni aux autres.

Plusieurs recherches indiquent qu’il y a une relation directe entre les sentiments positifs ressentis dans l’hédonisme et l’eudémonisme.

Il semblerait que les gens dont la vie est remplie à la fois d’hédonisme et d’eudémonisme ressentent un plus haut niveau de bien-être et de bonheur que ceux qui n’expérimentent qu’un seul type de bonheur.

L’hédonisme produirait un bien-être plus prononcé à court terme et l’eudémonisme apporterait plus de satisfaction à long terme.

Ces données semblent démontrer que les deux types de bonheur sont complémentaires et tous les deux essentiels pour atteindre un état de bien-être maximal. Nous recherchons à la fois notre bien-être personnel ET un sens à notre vie lorsque nous tentons d’être heureux.

Le jugement moral extérieur n’influencera pas vraiment notre niveau de bonheur mais nos valeurs personnelles rentreront en ligne de compte. En autant que nous soyons fidèles aux valeurs qui nous sont chères, le bonheur est possible. Ces valeurs sont différentes pour chacun et il n’y a pas de ‘’meilleures’’ valeurs que d’autres. Le bonheur de Jacques sera différent du bonheur de Jeanne et l’un ne sera pas plus admirable ou juste que l’autre.

Dans le titre: Carpe Diem.     –   Horace
C’est par le bien-faire que se crée le bien-être.    –    Proverbe chinois

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Du désir à la réalité

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Nous sommes parfois si occupés avec les détails de notre vie de tous les jours que nous oublions de considérer la situation globale et de nous questionner sur ce que nous voulons vraiment. Nous travaillons, élevons nos enfants, faisons nos tâches ménagères sans trop nous interroger et seul un évènement majeur ou traumatique nous amènera à remettre en question notre vie.

La nuit dernière, une collègue dans la jeune trentaine est décédée dans un accident d’automobile. Au début de la soirée, elle était présente sur Facebook et au réveil ce matin, j’apprends qu’elle est morte.

J’ai dû me lever à cinq heures ce matin pour Charmante Ado qui partait en bus pour sa grande journée au Centre Bell. J’avais la ferme intention de me recoucher car j’avais dormi moins de cinq heures. Je n’ai pas pu me rendormir. Je pensais à cette jeune femme qui s’était levée la veille sans savoir qu’elle ne retrouverait jamais son lit, que c’était sa dernière journée. Je ne sais pas si elle a passé une belle journée ou si elle s’est occupée à des broutilles, mais aujourd’hui, j’étais incapable de gaspiller des heures de soleil à dormir.

De là mon interrogation sur un sens à notre vie et un regard plus inquisiteur sur ce qui nous fait tourner.

Selon les philosophes de l’antiquité,  nous sommes motivés par la recherche du plaisir et le souci de minimiser la douleur.  Épicure croyait que le secret d’une vie heureuse était d’éviter les douleurs gastriques et l’anxiété en modifiant son attitude et ses croyances.

Qu’est-ce qui nous motive vraiment?

Le bonheur basé sur des valeurs nous procure la sensation que notre vie a un sens et remplit un rôle important. C’est une source spirituelle de satisfaction.

Certaines personnes ont un désir de pouvoir. Elles sont heureuses lorsqu’elles sont dans une position de leadership, en prodiguant des conseils aux autres et en démontrant leurs compétences. D’autres seront heureuses en ayant de nombreux contacts sociaux, elles préfèreront socialiser et éviteront de passer trop de temps seules.

La recherché du bonheur et d’une vie satisfaisante passerait donc, non pas par la recherche du plaisir mais par celle de la satisfaction de nos désirs.  Il y a toute une gamme de désirs mais nous les arrangeons chacun selon une hiérarchie différente. Si nous parvenons à identifier et à satisfaire les cinq ou six désirs les plus importants pour nous, c’est suffisant pour que l’on se sente heureux.

Après avoir identifié nos désirs, nous devons trouver des moyens de les satisfaire. La plupart des désirs peuvent être satisfaits de nombreuses fois, Si le succès dans notre carrière est important pour nous, nous n’arrêterons pas après la première promotion.

La plupart des gens se tourneront vers les relations, carrière, famille, loisirs et la spiritualité pour satisfaire leurs désirs les plus importants.

Un de mes désirs fondamentaux  était d’avoir des enfants. Lorsque j’ai rencontré Tendre Moitié à 36 ans, j’ai abordé cette question assez tôt dans notre relation. S’il n’avait pas voulu d’enfant, je ne crois pas que j’aurais poursuivi notre relation. L’âge et la santé ont fait que je n’ai eu qu’une enfant mais ce désir était vital pour moi.

Une autre manière d’être plus heureux est de rechercher un travail plus valorisant. Si un de nos désirs importants est d’être accepté, il vaut mieux alors chercher un travail où nous ne serons pas trop exposés à la critique et aux évaluations.

Un bonheur basé sur des valeurs est tout à fait égalitaire. On peut le retrouver chez les pauvres ou les riches, les athlètes et les sédentaires, les introvertis et les extravertis. Les riches ne sont pas nécessairement heureux et les pauvres ne sont pas nécessairement malheureux. Les désirs auxquels ils accordent de l’importance et leur capacité à les satisfaire décideront de leur bonheur ou non. Chacun a le potentiel de vivre sa vie en agrément avec ses propres valeurs.

Le désir d’amitié est donc précisément un désir d’être compris, sollicité, apprécié pour nous-même.   –   Francesco Alberoni
La seule vraie tristesse est dans l’absence de désir.    –   Charles-Ferdinand Ramuz

Passionnément curieux

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Nous souhaitons parfois retrouver l’innocence, l’enthousiasme et la curiosité de notre enfance. La curiosité rendait notre vie si excitante, elle nous apprenait les rouages du monde qui nous entoure.

En tant qu’adultes, nous sous-estimons l’importance de la curiosité. Elle est pourtant tout aussi nécessaire à notre développement en tant que personne que lorsque nous étions enfants.

Un professeur de psychologie de l’Université George Mason, Todd Kashdan,  rapporte que les gens curieux se sentent plus heureux car ils explorent constamment leur environnement et cherchent à découvrir et à apprendre de nouvelles choses.

Lorsque nous sortons de notre zone de confort pour apprendre quelque chose de nouveau, notre cerveau produit de la dopamine. Toute situation qui ne nous est pas familière amène une production de dopamine. Chez les gens curieux, ce haut niveau de dopamine apporte un sentiment de bien-être et maintient leur moral à un niveau plus élevé.

Un autre élément concernant les nouvelles activités est que lorsque nous surmontons nos peurs, nous ressentons un profond sentiment d’accomplissement ce qui élève d’autant plus notre moral.

Notre cerveau a besoin de la stimulation continuelle que lui apportent les nouvelles expériences et activités.  Certaines personnes sont naturellement curieuses mais ce n’est pas pour autant un trait inné. Il peut être développé et cultivé, de la même façon que l’on développe une nouvelle habitude. Cela prend un effort conscient au début, mais avec la pratique, cela deviendra plus facile et naturel.

Un esprit curieux est attiré par les nouvelles opportunités qu’un esprit non curieux laissera passer sans broncher.

La vie d‘une personne curieuse n’est jamais sans relief ou ennuyante. Elle peut être pleine d’action et d’aventures. Certains pousseront leur curiosité à tenter des activités extrêmes comme le bungee ou le parachutisme, mais être curieux ne veut pas nécessairement dire aimer les activités dangereuses. 

Pour améliorer et stimuler notre curiosité il faut d’abord comprendre que nous ne savons pas tout. En vieillissant, nous avons tendance à croire que nous savons tout ce qu’il y a à savoir et que nous n’avons plus rien à apprendre. Cette attitude colmate notre curiosité. Apprendre devrait être un but de toute une vie car cela garde notre cerveau agile et alerte.

Apprendre n’a pas à être désagréable, anxiogène ou difficile. Si l’on considère qu’apprendre est une corvée, nous ne serons pas enclins à faire des efforts pour y arriver. Il faut modifier notre état d’esprit et se convaincre qu’apprendre est amusant et excitant.

Nous devons utiliser tous nos sens pour comprendre les gens qui nous entourent. Nous devons être aussi réceptifs qu’une éponge pour absorber toute l’information de notre environnement.

Un moyen pour augmenter notre réceptivité est de poser des questions. Nos observations seules ne suffisent pas pour tout comprendre, nous devons aller plus en détails, nous interroger et interroger les autres. Des millions de personne ont observé que la pomme tombait du pommier, mais seul Isaac Newton s’est demandé pourquoi.

Il faut essayer de se débarrasser des idées rigides qui encombrent notre esprit. Certaines choses que nous tenons comme des vérités pourraient s’avérer fausses. Nous pouvons apprendre beaucoup des autres. Cela ne signifie pas que nous devons accepter toutes les idées et opinions des autres mais nous pouvons du moins leur donner une certaine considération et évaluer leur pertinence. En regardant le monde du point de vue d’une autre personne, nous pourrions remarquer des choses que nous n’avions pas remarquées précédemment.

N’hésitons pas à essayer plusieurs choses, cela rend la vie plus excitante et intéressante. Nous avons tous un certain degré de résistance aux choses nouvelles, les gens curieux savent passer outre cette barrière et vont explorer les territoires inconnus plus fréquemment. La pratique nous amènera aux mêmes résultats.

Dans le titre:  Je n’ai pas de talents particuliers. Je suis juste passionnément curieux.
– Albert Einstein
Tout le monde et tout autour de vous est votre professeur.        –     Ken Keyes 
Nous continuons d’avancer, d’ouvrir de nouvelles portes, et de faire de nouvelles choses, parce que nous sommes curieux et la curiosité continue de nous mener sur des chemins nouveaux.               –     Walt Disney

Course à obstacles

bonheurComment laisser filer le bonheur entre nos doigts? S’imaginer tout d’abord qu’il n’arrivera que lorsque tout sera parfait. Qu’il faut au préalable, perdre du poids, devenir riche ou prendre sa retraite avant de pouvoir finalement être heureux.

Les gens heureux réalisent  que la vie a des hauts et des bas et que la clé pour être en paix avec soi-même est d’accepter ce que les circonstances nous apportent. Ils ont choisi de trouver du positif  même  durant les périodes imparfaites.

Cela ne veut pas dire qu’il ne faut pas essayer de changer une situation pour qu’elle s’améliore. Il y a par contre moyen de ressentir de la satisfaction pour nos efforts à surmonter les difficultés et à atteindre nos buts.

Se complaire dans la misère aura l’effet de rendre beaucoup plus difficiles tous nos efforts d’améliorer notre vie.

Un autre obstacle au bonheur est de se persuader qu’il n’y a qu’une vérité et une seule manière d’envisager une situation particulière. Les gens malheureux ont tendance à être très rigides dans leur mode de pensée et refusent de croire qu’ils ont le pouvoir de modifier leur perception de la situation en quelque chose de plus positif.

On ne parle pas de se faire croire que tout va pour le mieux alors que le ciel nous tombe sur la tête, c’est plutôt d’essayer de trouver comment réellement interpréter la situation ou les évènements, sans se laisser envahir par des sentiments négatifs. Une situation qui semble sans espoir peut éventuellement devenir quelque chose qui nous forcera à changer pour améliorer notre sort.

Les gens peu enclins au bonheur ont souvent cette certitude qu’ils SAVENT ce que les autres pensent. C’est terriblement facile de sauter aux mauvaises conclusions lorsque l’on examine les motivations des autres. Les gens heureux comprennent qu’il est presque impossible d’arriver à deviner les pensées d’autrui et ils donnent le bénéfice du doute avant de conclure que les autres sont égoïstes, malveillants ou leur veulent du mal.

Une autre lubie des gens malheureux est de croire que les autres DEVRAIENT SAVOIR ce qu’ils ressentent. Personne n’est un livre ouvert et il est insensé de s’entêter à croire que les autres devraient en tout temps percevoir ce que l’on ressent. C’est une recette idéale pour se sentir insulté en permanence car personne ne nous comprend à ce point.

Une autre facette des gens qui se croient floués du bonheur est de penser qu’ils n’ont aucun contrôle sur leur vie et les évènements. Ils croient vraiment qu’ils n’ont aucun pouvoir et qu’il n’y a que très peu de choses qu’Ils pourraient faire pour améliorer leur situation. Qui ne se sentirait pas malheureux de se sentir si impuissant et sans espoir?

À la longue, les gens malheureux en viennent à penser qu’il ne seront pas déçus s’ils n’ont pas d’attentes ou s’attendent au pire. Les gens heureux se sentent aussi désappointés parfois, mais s’interdire d’être enjoué, excité, optimiste ou plein d’espoir est aussi s’interdire les plaisirs des l’anticipation. Oui, nous connaîtrons des situations désappointantes dans notre vie mais nous sommes capables d’en ressortir indemnes. Qui ne risque rien n’a rien. Celui qui tente quelque chose ou se donne le droit d’espérer a au moins une chance d’arriver à quelque chose.

Certaines personnes, convaincue qu’elles ont la vérité absolue, n’éprouvent que dédain et mépris envers les autres. C’est un moyen très sûr de se sentir seul et isolé des autres. Elles peuvent se sentir supérieures mais elles ne seront certainement pas heureuses. La plupart des gens ont une intelligence moyenne et chacun a ses propres intérêts et aptitudes. Les gens heureux respectent cette diversité et voient ce qu’il y a de meilleur chez les autres, pas leurs moindres défauts.

Ne penser qu’à ce qui peut aller mal est peu réaliste. Les gens malheureux adorent démolir vos plans et vos espoirs en soulevant tout ce qui pourrait aller mal dans vos projets, Ils arrivent même à se convaincre de ne jamais prendre de risques et de toujours planifier pour la pire éventualité. Ils se garantissent à 100% que rien n’ira jamais mieux car ils ne feront absolument rien pour changer quoi que ce soit.

J’ai une certaine tendance à envisager le pire, mais je me soigne! Par contre, cela ne m’empêche pas d’agir et de changer; tout simplement, j’aime évaluer les possibilités avant de bouger. Je dois cependant reconnaître qu’il est assez rare que mes scénarios catastrophes se concrétisent. Tendre Moitié qui a une confiance absolue que le verre sera toujours à moitié plein est beaucoup plus près de la réalité que moi.

Finalement, les gens malheureux se convainquent que le monde est un endroit misérable et dangereux. C’est vrai qu’il y a beaucoup de souffrances, d’injustices et de malheurs dans ce monde. Il y a aussi beaucoup de bonnes choses et le potentiel que les moins bonnes choses puissent s’améliorer.

Il n’y a qu’à penser au progrès de la médecine et aux avancées scientifiques spectaculaires. Nous vivons de plus en plus longtemps et en meilleure santé. Nous avons tous des opportunités pour réussir et être heureux même dans un monde imparfait.

Les gens heureux ne sont pas des ‘imbéciles heureux’’ qui ignorent la réalité de tous les problèmes dans le monde et dans leur propre vie. Ils sont bien conscients de tout ce qui se passe autour d’eux et souffrent pour les victimes des catastrophes ou les problèmes de leur entourage. La différence est qu’ils ont choisi de vivre la meilleure vie possible en l’abordant avec espoir, confiance, enthousiasme et détermination.

Cela fait toute la différence.

Plus grand est l’obstacle, et plus grande est la gloire de le surmonter.    –   Molière
Il faut que le désir soit irrité par des obstacles. L’homme qui n’a rien à désirer est à coup sûr plus malheureux que celui qui souffre.   –  Baron d’Holbach

À la poursuite du bonheur

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Tous les conseillers, gourous ou thérapeutes nous recommandent d’avoir des objectifs et des buts à atteindre. Il semblerait que cela est positif pour notre estime de soi et notre satisfaction personnelle.

Alors, nous formons des projets;  perdre 25 livres, être en forme, payer nos cartes de crédit en entier, épargner assez d’argent pour couvrir 6 mois de dépenses, mettre suffisamment d’argent de côté pour se payer un voyage dans le Sud chaque hiver ou accumuler une mise de fonds de 25% pour notre future maison.

Le début de chaque année est un véritable festival de résolutions qui auront plus ou moins de succès dépendant de leur réalisme et de notre détermination à persévérer.

Mais qu’arrive-t-il lorsque l’objectif est atteint? Sommes-nous plus heureux ou bien est-ce qu’on ne se demande pas plutôt quoi faire ensuite?

Nous avons fait tant d’efforts pendant si longtemps pour atteindre notre destination tout en minimisant ou ne réalisant pas l’importance du parcours.

Lorsque la destination est atteinte, que les buts et objectifs ont été accomplis, les dettes sont payées, la maison est achetée, le voyage est passé; alors on a parfois une surprise.

La surprise c’est que la réalité ne colle pas à ce que vous vous attendiez tout à fait. Avoir réussi à épargner suffisamment pour acheter sa maison avec un bon comptant apporte une certaine satisfaction. Toutefois, le processus pour y arriver, tout ce temps à calculer et à se projeter dans le futur en visionnant notre éventuelle maison sans oublier le sentiment d’accomplissement au fur et à mesure que nous progressions,  tout cela était souvent bien plus excitant que l’arrivée à destination.

Désirer quelque chose nous consume, on y pense souvent pour ne pas dire sans arrêt. Une fois le but convoité obtenu, il y a de la satisfaction et de la joie , mais  ce n’est pas aussi intense que le désir pas encore assouvi.

La réalité pour beaucoup de gens c’est qu’une fois un but atteint, financier ou autre, souvent les effets subséquents sont très différents de ce qu’ils avaient imaginés. Nous sommes en général très mauvais à prédire ce que notre futur moi va vouloir, désirer ou apprécier.

Combien de fois un voyage longuement anticipé ne s’est pas révélé à la hauteur de notre imagination?

Notre cerveau est naturellement enclin à ce qu’on appelle l’adaptation hédoniste. Essentiellement, cela signifie que nous nous accoutumons très rapidement à un nouvel objet, environnement ou état. La nouveauté positive apporte un sentiment de contentement passager, nous retrouvons notre niveau de bonheur très rapidement et nous nous mettons alors à désirer quelque chose de nouveau.

Étonnamment, c’est tout aussi vrai pour les états négatifs. Selon des études psychologiques, les personnes frappées d’un grave handicap suite à un accident, les paraplégiques par exemple, commencent par traverser une phase de dépression, mais ensuite elles finissent en général par retrouver le même sentiment de bonheur subjectif qu’avant leur accident.

Nous sommes donc dans un constant désir de changement parce que nous sommes persuadés que ce changement nous rendra plus heureux.  Il est alors tentant de s’imaginer que notre vie sera tellement meilleure lorsque nous aurons maigri, acheté une voiture ou une maison ou changé de travail. Certains se promettent même de commencer à vivre réellement lors de leur retraite.

Et si vous mourez avant la retraite ou tombez malade, vous n’aurez pas vécu ou connu le bonheur?

Avoir des buts et des objectifs et les réaliser est tout à fait louable, mais cela ne doit pas vous empêcher de vivre et d’apprécier le moment présent. Il faut surtout ne pas avoir des attentes irréalistes envers votre objectif. Quel qu’il soit, il ne vous apportera probablement pas un bonheur permanent. La vie de tous les jours, avec toutes ces embûches comporte de nombreux moments de plaisir qui sont beaucoup plus durables si vous savez les apprécier.

Ne pas oublier que le chemin pour atteindre votre objectif peut aussi être une source de satisfaction considérable. Il n’y a pas que le but qui compte.

La jouissance du bonheur amoindrira toujours le bonheur.   –  >Honoré de Balzac

Chacun porte son bonheur en soi.  – Witold Gombrowicz