California dreaming

soleil calif

Faisons un peu dans la réminiscence. Mike Wallace est décédé samedi dernier, à l’âge de 93 ans. Il me rappelle un peu ma jeunesse car c’est en Californie, dans la vingtaine, que j’ai entendu parler de lui pour la première fois. Au début des années 1980, je suis allée vivre en Californie pour y travailler comme infirmière.

J’étais jeune, enthousiaste et je me suis adaptée rapidement à la culture Californienne. Les grandes émissions télévisées de l’heure étaient: 60 minutes, Family ties, Hill Street Blues et St. Elsewhere. C’est avec ces émissions que j’ai approfondi mon anglais.

Mike Wallace était le journaliste vedette de 60 minutes. Il y a travaillé pendant 37 ans.  Durant mes années Californiennes, les autres journalistes étaient Morley Safer, Ed Bradley et Harry Reasoner.  Andy Rooney fermait la marche avec son commentaire durant les dernières minutes. J’ai beaucoup aimé cette émission quoique je l’aie délaissée ces dernières années.

Ah, la Californie, c’était le bon temps, la jeunesse, le soleil, l’amour. J’habitais à 45 minutes de la mer mais n’y suis allée qu’une vingtaine de fois en sept ans. Saviez-vous que l’eau du Pacifique est glaciale à la hauteur de Santa Cruz? Je me souviens des étés brûlants où il ne tombait pas une goutte de pluie entre avril et la fin septembre. Les collines qui étaient restées vertes tout l’hiver, devenaient jaunes de sécheresse dès la fin mai.

C’est en Californie que j’ai découvert la bouffe mexicaine, avant qu’elle ne soit dénaturalisée par l’industrie du fast-food. Je me souviens aussi d’une épicerie de fruits et légumes où les poivrons et les champignons étaient énormes et où les prix étaient incroyablement bas comparés au Québec. J’habitais un quartier peuplé d’immigrants mexicains alors le Safeway du coin avait une machine en vitrine qui fabriquait les tortillas.

J’ai une fois passé le jour de Noël chez une amie, à manger des fraises de son jardin et à me tremper dans son jacuzzi en buvant du vin blanc. C’était assez dépaysant, mais super agréable. À cette époque, le jeu Trivial Pursuit venait de sortir et nous organisions des soirées où une douzaine de personnes jouaient en groupe en partageant vins et fromage.

Ce que je retiens de mes sept années en Californie est l’étrangeté de cet état par rapport au reste du pays. Le reste des États-Unis voyait alors la Californie comme un endroit peuplé de gens étranges, singuliers ou carrément bizarres. L’expression favorite des nouveaux arrivants était  »Only in California ». Les mentalités étaient très différentes ailleurs et la Californie faisait figure d’état d’avant-garde qui créait les modes et le changement.

Un élément particulier de la culture Américaine auquel je n’ai jamais pu m’habituer est la vision des Américains sur le droit à la santé. Pour eux, ce n’était pas un droit fondamental, c’était quelque chose que chacun devait payer et tant pis si on n’avait pas les moyens. Le système de santé Québécois était vu par mes confrères de travail comme le summum du socialisme et comme quelque chose de foncièrement mauvais. Trente ans plus tard, Obama peine à instaurer une pâle version d’un système de santé gouvernemental.

Les gens étaient très amicaux en Californie, il était facile de créer des liens et cela peu importe le statut social. J’ai rencontré des gens de tous genres qui s’habillaient à peu près tous de manière très décontractée. On accordait très peu d’importance au statut et l’élitisme était rare.

Le coût de la vie était moins élevé qu’au Québec pour tout sauf le logement. Un appartement coûtait alors le double de celui d’ici. Les impôts étaient aussi beaucoup moins onéreux mais il faut comprendre qu’il n’y avait pas de services non plus; pas de plan de santé, des coûts d’université exorbitants et très peu de programmes sociaux.

J’ai bien aimé mon séjour en Californie et si les choses avaient tournées autrement, j’y serais probablement encore. Voilà vingt-cinq ans que je suis revenue au Québec. Je me souviens encore de l’intense plaisir d’entendre du français partout durant les premières semaines, de la joie de redécouvrir les journaux, revues, films et livres. Il y aura toujours un endroit qui sera profondément notre chez soi et même si j’ai adoré la Californie, ce n’était pas tout à fait cela pour moi.

Maintenant, avec Tendre Moitié et Charmante Ado, je suis bien ancrée au Québec pour encore quelques années malgré nos hivers. Ensuite, qui sait où nous nous retrouverons? Charmante Ado rêve d’Hawaï, Tendre Moitié penche pour le Costa Rica et je me contenterais de l’Arizona, cherchant avant tout un climat sec à cause de mon arthrite.

Chacun a son Amérique à soi, et puis des morceaux d’une Amérique imaginaire qu’on croit être là mais qu’on ne voit pas.    –   Andy Warhol

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