Apprendre à vouloir les choses que nous avons déjà

William B. IrvineUn des items sur ma Buckest List est de lire les grands philosophes classiques. Ce sera probablement un objectif à très long terme car il y a une montagne de livres à assimiler et ce n’est pas un genre de lecture qui se fait rapidement.

J’ai terminé récemment un excellent livre sur le stoïcisme ; A Guide to the Good Life: The Ancient Art of Stoic Joy par William B. Irvine.

Le stoïcisme est un modèle philosophique ancien mais il est très bien adapté à notre style de vie moderne. Il offre un mode de vie centré sur le bonheur et l’épanouissement et même si la richesse l’indépendance financière n’en est pas le but premier, elle  en est un bénéfice secondaire presque inévitable.

Lorsque l’on parle de stoïcisme aujourd’hui, nous envisageons habituellement une personne sévère, qui réprime ses sentiments et qui reste froide et indifférente face à l’adversité, tout en étant peu sujette aux expressions de joie et de plaisir.

Cette définition ne ressemble en rien à ce qu’étaient les anciens Stoïques. Ils ne cherchaient pas à éviter toute émotion ou à faire preuve d’ascétisme. Ils se concentraient surtout à conquérir les émotions négatives dans leur vie, comme la peur, la colère, l’envie et l’avarice. Le but était d’atteindre une sérénité qui ne serait pas affectée par les différents et inévitables hauts et bas d’une vie. Cet état de tranquillité fondamentale était selon eux fréquemment parsemé de moments de joie pure, provenant de toutes les bonnes choses qu’une vie peut offrir.

Les Stoïques offraient une série de techniques et de principes pour bien vivre. Beaucoup de ces techniques avaient pour but de contrer ce que l’on appelle  aujourd’hui, l’adaptation hédoniste, cette tendance qu’a l’être humain de s’adapter aux circonstances, qu’elles soient positives ou négatives.

Tout en étant une  excellente capacité d’adaptation, l’adaptation hédoniste est aussi une source d’insatiabilité.  L’adaptation hédoniste peut nous amener à ne jamais être satisfait de ce que l’on a, peu importe la quantité ou la qualité. Aussitôt qu’un désir est accompli, un autre prend sa place dans une poursuite sans fin.

Lorsque l’on achète le plus récent iPhone ou iPad, nous éprouvons du plaisir pendant quelque temps, puis on s’habitue et la nouveauté s’étiole. Quelques mois plus tard, une nouvelle version arrive sur le marché avec seulement quelques fonctions ou améliorations supplémentaires et nous nous mettons à désirer le  nouveau modèle. Rien n’est jamais assez, nous sommes toujours à la recherche du prochain produit qui nous apportera ce petit rush de plaisir.

Les Stoïques ont développé plusieurs techniques pour contrer cette soif de consommation, afin de nous entraîner à être heureux avec ce que l’on a.

Les deux techniques les plus importantes sont la Visualisation Négative et la Pratique de l’Adversité. La Visualisation Négative consiste à choisir un élément positif de notre vie, quelque chose que l’on prend souvent pour acquis, et de s’imaginer notre vie sans cet élément. Ce peut être par exemple, avoir un toit sur la tête, des personnes qui nous aiment, ou un de nos sens, comme la vue ou l’ouïe.

Il faut ensuite imaginer en détails ce que serait notre vie sans cet élément. Ne plus entendre par exemple, impliquerait la perte de la jouissance de la musique. Nous devrions apprendre à lire sur les lèvres pour communiquer et les échanges par téléphones seraient remplacés par des courriels et des messages textes. Nous devrions aussi être plus vigilants pour pallier aux dangers que notre ouïe nous aidait à prévenir, par des alarmes auditives par exemple.

Ensuite, avec la réalisation que notre ouïe est en bon état de fonctionnement, nous pouvons mieux apprécier quel grand bénéfice elle représente pour nous. Le prochain morceau de musique que nous écouterons sera probablement beaucoup plus apprécié qu’avant cette prise de conscience. Cela peut sembler simpliste comme exercice, mais tout ce qui peut nous éviter de tomber dans la complaisance et ainsi renouveler notre appréciation de la vie et de notre chance, ne peut qu’être bénéfique.

La Visualisation Négative vire l’adaptation hédoniste à l’envers. Envisager de perdre une chose à laquelle nous sommes habitués, nous la fait apprécier davantage.

La Pratique de l’Adversité consiste à se priver volontairement d’un bienfait dans la vie de tous les jours. C’est un peu ici que les Stoïques ont acquis leur mauvaise réputation, car l’idée de se priver volontairement sans raison apparente s’apparentait au masochisme et donnait l’impression que les Stoïques ne savaient pas apprécier le plaisir et la vie.

En fait, le but de l’exercice est de prendre conscience que nous n’avons pas toujours besoin de certains biens que nous considérons essentiels ou que moins peut être suffisant. Si l’on se donne comme but d’essayer de vivre sans air climatisé pendant trente jours, par exemple, nous apprendrons probablement à être plus confortables même si la température est plus élevée, car notre corps va s’adapter, jusqu’à une certaine limite. Inversement, en réglant le thermostat quelques degrés plus bas en hiver, nous économiserons de l’argent et notre corps s’habituera sans que l’on soit inconfortable.

Le but central du stoïcisme est d’apprendre à apprécier ce que l’on possède déjà au lieu d’en vouloir toujours davantage. En apprenant à contrer l’adaptation hédoniste afin de toujours être capables d’apprécier nos acquis, nous aurons moins de désirs nouveaux. Il sera plus facile de couper sur les choses non-essentielles et nous résisterons à l’envie de dépenser de l’argent sur des choses sont nous n’avons pas réellement besoin.

La tentation de dépenser diminue lorsque l’on apprécie ce qui nous entoure, au point où on se demande comment on a pu vouloir accumuler tant de choses en premier lieu. Cet argent non dépensé pourra se diriger tout naturellement vers le remboursement de nos dettes, puis les épargnes, pour nous mener vers l’indépendance financière.

Dans la Rome ancienne, le stoïcisme était assez répandu mais il a éventuellement perdu du terrain pour ne devenir qu’une voie intellectuelle mineure.

De nos jours, de nombreuses personnes sont misérables dans des emplois qu’elles ne gardent que pour pouvoir continuer leur consommation intensive de biens matériels superflus. La recherche d’accomplissement et d’épanouissement personnel est de plus en plus en vogue et la simplicité volontaire est aussi populaire. Le stoïcisme retrouve donc sa pertinence dans notre société.

Les Stoïques cherchaient à contrer nos émotions irrationnelles par le raisonnement et à se défaire de notre attachement pour les choses superflues. Pratiquer l’adversité au lieu de se plaindre et de geindre au moindre inconfort perçu de façon émotive, nous permet d’apprendre à gérer les aléas de la vie, au point de ne plus être dérangé par la moindre broutille. On peut alors apprécier la vie.

Citations du livre  A Guide to the Good Life : The Ancient Art of Stoic Joy de  William B. Irvine:

–   Dans le titre:  La manière la plus facile de devenir heureux est d’apprendre à vouloir les choses que nous avons déjà.

–   La question n’est pas de savoir si les gens disciplinés et ayant le sens du devoir peuvent avoir une vie heureuse et significative; c’est plutôt de se demander si ceux qui manquent de contrôle de soi et qui sont persuadés que rien n’est plus important qu’eux-mêmes, peuvent eux, aspirer à cette vie.

–  Alors que la plupart des gens cherchent le contentement en changeant le monde qui les entourent, Épictète nous conseille de rechercher le contentement à l’intérieur de nous-mêmes, plus particulièrement en changeant nos désirs.

–   Ce qui tient la plupart de nous à l’écart du bonheur n’est pas notre gouvernement ou la société dans laquelle nous vivons, mais les failles dans notre philosophie de la vie, ou le fait de ne pas avoir de philosophie du tout.

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