À travail égal, salaire égal

équité

Nous avons une notion innée  de la justice et de l’égalité. Nous avons évolué pour devenir une espèce hautement collaboratrice. Au cours de cette évolution, nous avons commencé à comparer nos efforts et nos gains avec ceux des autres.

Cela nous a amené à rechercher une certaine égalité et à développer un sentiment de ce qui est juste ou pas. Nous avons ainsi créé certaines attentes plus ou moins conscientes. Lorsque ces attentes ne se réalisent pas, nous nous ressentons une violation de notre sentiment de justice.

Nous ne sommes pas la seule espèce à nous comporter de cette manière. Plusieurs espèces animales vivent en collaboration et sont guidées par des attentes précises quant aux résultats d’une collaboration et le partage des ressources obtenues . La division des ressources suit une règle tacite qui, si elle n’est pas suivie engendre une forte réaction négative chez l’animal qui se sent floué.

Frans B. M. de Waal et Sarah F. Brosnan de l’université Emery à Atlanta ont réalisé une étude avec des singes capucins. Ils ont démontré que  ce primate réagit négativement à une rétribution inégale lors d’échanges avec un expérimentateur humain.

Les singes de l’étude ont refusé de participer lorsqu’ils ont réalisé qu’un congénère recevait une récompense plus attrayante pour un même effort. La réponse négative était encore plus amplifiée si le partenaire recevait une récompense sans avoir à fournir un effort. Ces résultats suggèrent que notre aversion pour l’injustice  serait un trait qui remonte assez loin dans notre évolution.

Les singes devaient remettre un jeton au chercheur pour obtenir immédiatement un morceau de concombre en échange. Chaque singe était dans sa propre cage, située l’une à côté de l’autre.

Ensuite, pour examiner le principe d’injustice ou d’inégalité, un des singes recevait des raisins contre ses jetons, alors que l’autre continuait à recevoir du concombre. Pour un singe capucin, un raisin est une rétribution hautement préférable au concombre.

Les deux types de récompense étaient visibles, mais le singe ignorait quelle récompense il allait recevoir tant qu’il n’avait pas remis son jeton au chercheur. Il est rapidement devenu évident que la présence d’une récompense de haute valeur diminuait considérablement la tendance à accepter une récompense de moindre valeur. Si, de plus, l’effort demandé par chaque singe était différent, alors le singe refusait simplement de continuer la procédure. Les refus allaient de refuser de remettre son jeton, à accepter la récompense pour ensuite la lancer hors de sa cage.

Il semble que le refus de remettre un jeton soit un comportement hautement inhabituel pour ces singes capucins  qui ont été entraînés  à faire ces échanges. En deux ans d’études sur les échanges, les refus d’échanger un jeton ne représentent que  5% des échanges. La réaction de refus est donc particulière à la situation injuste. Lorsque la seule récompense est le concombre, cette monnaie d’échange est considérée comme acceptable par tous et les échanges continuent rondement.

Lorsque les singes refusent une récompense habituellement acceptée en d’autres circonstances, cela semble être une réaction à ce qu’ils perçoivent comme une violation des règles.

Lorsque le raisin était simplement placé dans une cage vide, à côté du singe testé, le taux de refus diminuait considérablement, même s’il pouvait voir la pile de raisins grandir tout près de lui. Ce ne serait donc pas la présence d’une meilleure récompense qui motive le refus, ce serait plutôt le fait de voir un autre singe recevoir une meilleure rétribution pour un effort semblable ou moindre.

Les humains évaluent l’équité en se basant à la fois sur la distribution des gains et sur les alternatives possibles  à un résultat donné. Les singes capucins semblent eux aussi mesurer les récompenses en des termes relatifs, en comparant leurs propres récompenses avec celles qui sont disponibles, et leurs propres efforts avec ceux des autres. Une récompense considérée comme acceptable auparavant, deviendra inacceptable si un partenaire obtient une meilleure rétribution.

Les chercheurs de l’étude suggèrent que cette réaction des singes capucins est motivée, comme pour les humains, par les émotions sociales. Ces émotions guident nos réactions face aux efforts, aux gains, aux pertes et aux attitudes chez les autres. Si ces émotions ont évolué pour promouvoir la coopération à long terme chez l’humain, elles pourraient aussi exister chez certains animaux sociaux.

Les primates semblent donc avoir certaines attentes propres à chaque espèce, quant à la manière dont chacun est traité et comment les ressources sont partagées.  Contrairement aux hiérarchies despotiques d’autres types de primates, les espèces tolérantes, comme les capucins,  ayant une coopération bien établie de partage de nourriture, , ont des attentes très émotionnelles face à la distribution des récompenses ou des ressources et l’échange social, ce qui les portera à montrer de l’aversion pour l’injustice.

Un bien n’est agréable que si on le partage.    –   Sénèque
Il y a des gens qui, dans un partage à cinquante-cinquante, veulent pour eux les deux cinquante et même le trait d’union.    –    D. Syrus

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