Archives pour août 2013

Un modèle différent

mère-fille

J’ai eu une adolescence difficile, causée en grande partie par une incompatibilité profonde de caractère entre ma mère et moi. Deux personnes si différentes, dans une relation parent-enfant, ce n’est pas très évident. Aujourd’hui, notre relation se porte beaucoup mieux du fait que nous avons une relation d’adultes et que chacune respecte le tempérament et les limites de l’autre.

J’étais une âme tourmentée à l’adolescence, je lisais les grands classiques de philosophie alors que ma famille, de classe ouvrière, lisait peu. Je m’interrogeais déjà sur le sens de la vie alors que mon entourage était plus terre à terre, occupé à gagner leur vie dans des occupations difficiles et peu valorisantes. Mes parents n’avaient pas vraiment le luxe ou le temps de se poser des questions existentielles.

J’ai été une ado rêveuse, sérieuse et assez obéissante. Je n’ai pas pris de drogue ou fait d’autres bêtises et j’avais d’excellentes notes à l’école. Je n’étais pas vraiment un problème côté comportemental, sauf pour mes divergences d’opinions ou de réactions par rapport au reste de la famille.

En général, je pensais toujours différemment de mes proches, en particulier ma mère. Je n’avais qu’à ouvrir la bouche pour demander quelque chose, que la réponse était invariablement non, qu’elle que soit la demande. Il y avait rarement une explication ou une raison pour expliquer le refus; je crois aujourd’hui que c’était tout simplement que mes demandes sortaient du cadre ordinaire de la vie familiale et que cela dérangeait la routine ou l’ordre établi. J’étais en quelque sorte le mouton noir.

Durant toute cette longue adolescence, je me suis juré de ne pas répéter ce pattern avec mes enfants. Heureusement, Tendre Moitié, qui a grandi dans un contexte plus harmonieux, pense tout à fait comme moi sur le sujet de l’éducation des enfants.

Hier, Charmante Ado recevait une amie pour dormir et elle m’a demandé si nous pouvions aller au cinéma après mon travail le soir. Elle savait que je travaillais tôt à la pension le lendemain matin mais que j’aurais quelques jours de congé par la suite. Le film se terminerait vers minuit et cela ferait une nuit plutôt courte, mais je me suis dit que nous étions dans la dernière semaine des vacances scolaires, que nous n’étions pas allés au cinéma de l’été et que cela pourrait être amusant. Tendre Moitié était aussi d’accord pour veiller tard, même s’il travaillait tôt le lendemain.

Bref, nous sommes allés au cinéma et cela a été très agréable, les filles ont choisi une comédie et nous sommes allés voir un film de science-fiction. Charmante Ado avait déjà passé la nuit précédente chez cette même amie et m’avait demandé, alors qu’elle était encore là-bas, si elle pouvait ramener son amie pour passer la nuit. Comme je me suis juré de ne jamais dire non sans raison et que je n’avais aucune raison de refuser, j’ai accepté. Par la suite, lorsqu’elle a demandé pour aller au cinéma, Charmante Ado a offert de venir m’aider à la pension avec son amie, mais je leur ai dit que ce n’était pas nécessaire.

J’ai entendu durant la soirée, Charmante Ado dire à son amie que je ne disais jamais non. Sur le coup, cela m’a semblé exagéré, mais je dois admettre qu’il est assez rare que je refuse ses demandes. Il faut tout de même mentionner que Charmante Ado a toujours été très raisonnable dans ses demandes et elle offrira souvent de l’aide ou de faire une tâche supplémentaire pour compenser le surcroît de travail éventuel qu’elle m’apporte avec une activité.

Cela peut sembler peu éducatif d’être considéré comme un parent qui ne dit jamais non mais je m’en accommode fort bien. Notre relation est solide et Charmante Ado sait qu’elle peut compter sur moi. Il m’arrive de dire non, comme pour sa demande récente d’aller à un concert en octobre, un soir d’école, à Montréal (qui est à quelques heures de chez nous) seule avec ses amis. Elle pensait faire le trajet en autobus avec deux amies, plus le frère de 19 ans de l’une d’elles et son ami du même âge. Aucun de ces deux jeunes adultes ne connaît Montréal et de toute façon, un soir d’école éliminait toute possibilité d’accepter ce projet pour Tendre Moitié et moi.

Charmante Ado ne s’en est pas formalisée car je crois qu’elle savait très bien que c’était nettement exagéré comme demande. Peut-être a-t-elle voulu tester nos limites et elle a réalisé qu’il y a des choses que nous refuserons sans équivoque, surtout si nous nous inquiétons pour sa sécurité. Elle a de toute façon avoué qu’aucun des autres parents n’aurait accédé à cette demande.

Donc, je ne pense pas être si permissive que cela et ma fille ne me mène pas par le bout du nez même si je suis plutôt conciliante. Ma mère attend toujours que ma relation mère-fille se détériore mais je  peux vous assurer que je ne crois pas que cela arrivera. Nous nous ressemblons beaucoup et cela aide à une bonne entente entre nous. Je ne trouve pas ses idées ou envies saugrenues et j’aime lui faire plaisir. Si ma fille se rappelle de son adolescence comme d’une période remplie de plaisirs, de copines et d’activités avec ses amis, j’en serai fort heureuse.

Entre-temps, nous semblons passer à travers cette adolescence sans trop de heurts et dans la bonne humeur générale.

J’ai aussi dit non à l’obtention d’un furet! Charmante Ado est toujours prête à adopter toutes les bestioles qu’elle rencontre!

Pour être mère, peut-être faut-il accepter de créer avec la sienne un nouveau type de relation.   –   Sophie Chabanel 
Il n’y a aucune recette pour devenir une mère parfaite, mais il y a mille et une façons d’être une bonne mère.   –   Jill Churchill

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Chronique animale

Jack

Je vous ai déjà mentionné que j’avais un travail d’appoint dans une pension pour animaux. L’été étant la période des vacances pour bien des gens, les propriétaires d’animaux domestiques ont souvent le casse-tête de trouver un endroit pour leur protégés.

J’ai donc travaillé à cette pension pendant tout l’été, parfois quelques heures par semaine et souvent presque à plein temps. Un des gros avantages pour moi est que j’habite à deux minutes en voiture ou 20 minutes à pied de la pension.

C’est un travail très varié où l’on rencontre des chiens et des chats de toutes sortes et des maîtres parfois assez particuliers.

Les races qui ont la cote présentement chez les propriétaires de chiens, selon l’échantillon que j’ai rencontré à la pension, sont le caniche, le golden retriever, le schnauzer, le shih tzu, le husky et le labrador. La grande majorité des chiens qu’on nous apportent sont de race pure.

Nous rencontrons beaucoup de chiens qui ont été rescapés à travers la SPCA (Société pour la Prévention de la Cruauté envers les Animaux). Quelques-uns ont été maltraités et en sont restés traumatisés. J’aime bien voir que les gens les ont adoptés quand même et leur donnent l’attention dont ils ont tellement manqué.

Je préfère nettement les grands chiens aux tout petits, mais ce travail m’a donné l’occasion de rencontrer de minuscules chiens au cœur gros comme un Grand Danois. Je n’aime pas lorsque les gens transforment leur petit chien en bébé, en le portant tout le temps et en le traitant comme un enfant. Les chiens ont une dignité et il faut leur permettre d’être des chiens.

Quelques petits chiens ont ainsi gagné mon cœur, tel un petit shih tzu qui est resté trois semaines en pension et qui était extrêmement attachant. Il était le favori de tous, passait ses journées, soit avec les gens du toilettage ou avec la patronne dans ses bureaux à l’étage. Il pouvait circuler partout dans le Centre et à la fin, il se promenait avec des airs de propriétaire, se permettant même d’aboyer lorsque les clients entraient dans l’immeuble! Il défendait ainsi son chez soi, même temporaire, avec ferveur, du haut de ses quatre kilos.

Il y a eu des chiens formidables, tel un chien de race indéfinie, nommé Jack, qui semblait comprendre tout ce qu’on lui disait et qui était d’une patience d’ange avec tous les autres chiens. Il plantait son regard très expressif dans nos yeux et l’on pouvait croire que les chiens ont une âme, tellement il nous pénétrait. Celui-là, je l’aurais ramené chez moi illico, tellement il était spécial.

D’autres, sont arrivés craintifs et anxieux pour repartir épanouis et décontractés, comme ce jeune terrier Wheaten qui tremblait lorsqu’on l’approchait et avait peur des autres chiens. Il est resté trois semaines en pension et il s’est dégourdi, enhardi pour se révéler un chien très bon enfant, heureux de passer du temps tranquille avec des humains et tout aussi content de jouer avec de nouveaux copains chiens à chaque jour. Il obéissait prestement à toutes nos demandes et son séjour a été des plus agréables finalement, au point que sa maîtresse, qui devait le reprendre pour deux jours entre deux voyages, a finalement décidé de le laisser à la pension, vu qu’il s’amusait tellement.

Mes deux toutous me reniflent soigneusement lorsque je rentre le soir, se demandant si je ne les ai pas trahis avec d’autres chiens. J’ai amené Tête de Mule au Centre quelquefois, entre autre pour rencontrer un autre Montagne des Pyrénées qui y séjournait et qui portait le même nom que notre Toutou Parfait (Toutou Parfait et Tête de Mule étant des pseudonymes, vous l’aviez bien sûr deviné).

J’adore ce travail et j’y mets beaucoup d’énergie en maintenant aussi une page Facebook pour le Centre, où j’affiche des photographies des animaux en pension, alors qu’ils jouent entre eux à différents moments de la journée. Les propriétaires peuvent ainsi aller voir ce que fait leur chien durant leur absence et cela les rassurent de le voir s’amuser.

À la maison, nous avons perdu une de nos petites rates, ma préférée, Daisy. Elle est morte il y a dix jours, suite à une infection à l’oreille qui s’est transformée en abcès cérébral, malgré les antibiotiques. À la fin, je devais la nourrir à la seringue et elle ne pouvait presque plus bouger. Elle a été euthanasiée chez le vétérinaire. Elle est enterrée sur notre propriété, sous une plate bande où poussent entre autres, des pâquerettes (daisy = pâquerette ou marguerite). Une vie de rat est bien courte, de deux à trois ans seulement. Daisy avait 23 mois. Les deux autres sont en pleine forme et sont devenus plus affectueuses.

Voilà, c’était ma chronique ‘’Animaux’’. D’autre part, la rentrée scolaire approche à grands pas, les cours de piano recommencent sous peu et la routine plus structurée reprendra ses droits sur nos vies.

Charmante Ado entre au troisième secondaire, nous commencerons toutes les deux notre quatrième année de leçons de piano et ma fille veut faire du théâtre cette année ainsi que de la photographie. Je dois dire que j’ai crû déceler un certain talent chez elle, car elle a travaillé avec moi à la pension et elle prend de superbes photos avec des perspectives très soignées.

Le retour à une vie plus structurée devrait aussi me permettre de retrouver plus souvent ce blogue, qui a quelque peu dépéri durant l’été.

Tout le chien est dans son regard.   –   Paul Voltaire
Les chiens, qui ne savent rien, comprennent ce que nous disons, et nous qui savons tout, nous ne sommes pas encore parvenus à comprendre ce qu’ils disent.   –   Octave Mirbeau

La fiancée des bons souvenirs

nostalgique

La nostalgie a longtemps été considérée comme un trouble psychologique. Un médecin Suisse, Johannes Hofer,  a identifié ce concept en 1688  et a alors décrété que c’était une maladie neurologique, produisant des symptômes physiques et mentaux. Les soldats par exemple, en souffraient le plus souvent durant la guerre, lorsqu’ils ressentaient un désir profond et douloureux de retrouver leur foyer.

Durant les 19ième et 20ième siècles, on a classifié la nostalgie de différentes manières; comme une forme de ‘’psychose de l’immigrant’’, une variante de la mélancolie ou un trouble mental répressif et compulsif.

De nos jours, on ne considère plus la nostalgie comme une maladie, mais davantage comme un sentiment sain et normal.

Des chercheurs anglais à Southampton, ont récemment fait une étude sur la nostalgie et ont constaté qu’elle était répandue à travers le monde  et qu’elle affecte autant les enfants que les adultes.

Les choses qui rendent nostalgiques seraient les mêmes pour tous les peuples; réminiscences sur les amis et la famille, les vacances, les mariages, les chansons, les couchers de soleil ou les lacs. En général, le moment nostalgique implique la personne qui se remémore l’évènement et elle est souvent entourée d’amis ou de membres de la famille.

La nostalgie aiderait à lutter contre la solitude, l’ennui et l’anxiété. Elle rend les gens plus généreux envers les étrangers et plus tolérants envers les gens qui ne font pas partie de leur entourage immédiat. Les couples se sentent plus près l’un de l’autre et plus heureux lorsqu’ils partagent des souvenirs nostalgiques.

La nostalgie possède un côté douloureux, c’est une émotion douce-amère, mais elle tend à donner davantage de sens à la vie et à rendre la mort moins effrayante. Quand les gens parlent avec nostalgie de leur passé, ils font souvent montre de plus d’optimisme envers leur avenir. La nostalgie nous rend un peu plus humain. Elle nous permet d’utiliser nos souvenirs pour nous aider à passer à travers les moments difficiles. La nostalgie n’est pas la même chose que le mal du pays, car elle n’est pas exclusive aux gens qui sont loin de leur foyer.

La plupart des gens ressentiraient de la nostalgie au moins une fois par semaine et parfois jusqu’à trois ou quatre fois par semaine. Ces épisodes nostalgiques surviennent souvent suite à un évènement négatif ou dans des moments où l’on se sent seul. Les gens rapportent fréquemment que la nostalgie les aide à se sentir mieux.

Durant l’étude de Southampton, les chercheurs ont provoqué des états d’esprits négatifs chez les participants en leur faisant lire  un article relatant un désastre avec plusieurs décès, ou en leur faisant subir un test de personnalité qui révélait supposément qu’ils se sentaient extrêmement seuls.

Les gens qui étaient déprimés face au désastre ou inquiets d’apprendre qu’ils se sentaient seuls, sont devenus plus portés vers la nostalgie. Par contre, les sujets ont rapportés se sentir mieux après leur épisode nostalgique, qui les avaient quelque peu rassérénés.

Un souvenir nostalgique n’est pas toujours parfaitement joyeux, il y a parfois un sentiment de perte lorsque le lieu, l’objet ou la personne dont il est question est disparu de notre vie actuelle. Toutefois, en général, les sentiments positifs sont beaucoup plus nombreux que les éléments négatifs dans un épisode nostalgique.

La musique provoque souvent de la nostalgie car des morceaux précis sont fréquemment associés à des personnes ou des évènements. Les chercheurs ont découvert que la nostalgie est parfois associée à une sensation de chaleur physique lorsqu’il est question de nostalgie musicale.

La nostalgie aurait ainsi une fonction cruciale; nous rappeler nos expériences les plus précieuses afin de nous rassurer que nous sommes des personnes de valeur et que notre vie a un sens. La nostalgie nous aiderait aussi à faire face à nos inquiétudes face à la mort.

La nostalgie semble varier selon l’âge. Elle serait plus fréquente chez les jeunes adultes, diminuerait par la suite pour remonter alors que l’on s’approche de la vieillesse. Les enfants et les ados sont un peu moins enclins à la nostalgie mais peuvent aussi s’y adonner à l’occasion. Charmante Ado trouve rarement mignon ou intéressant tout épisode de son enfance dont je me souviens avec tendresse. Elle est résolument tournée vers l’avenir à ce stage-ci de sa vie. Elle garde par contre précieusement plusieurs objets de son enfance qui lui rappellent des amis ou de la famille ou une expérience particulièrement marquante.

La nostalgie nous aide à passer à travers les transitions de la vie. Les jeunes adultes qui quittent le foyer pour voler de leurs propres ailes vont éprouver de la nostalgie en se remémorant les Noëls en famille, les amis d’enfance, ou encore les chats ou chiens qu’ils ont chéri en grandissant.

La nostalgie n’est pas un exercice de comparaison entre le passé et le présent, pour en déduire que le passé était meilleur ou que c’était mieux dans le bon vieux temps. C’est plutôt un moyen de se concentrer sur ce qui a été important dans notre vie, le sens qu’on lui a donné, pour pouvoir en tirer des bénéfices face à notre avenir.

Tout en vivant dans le moment présent, nous pensons souvent au passé et la nostalgie a tendance à nous faire sentir bien dans notre peau et nos relations.  Elle souligne les reliefs de notre vie et nous donne la force d’aller de l’avant.

Dans le titre: J’ai rencontré la nostalgie, la fiancée des bons souvenirs qu’on éclaire à la bougie.   –   Fabien Marsaud dit Grand Corps Malade 
Les occasions de nostalgie sont rares, il faut les cultiver. Car bien sûr, c’est de cela que demain sera fait.   –   Serge Bouchard 
C’est lorsque vous avez chaussé vos pantoufles que vous rêvez d’aventure. En pleine aventure, vous avez la nostalgie de vos pantoufles.  –   Thornton Wilder