Archives pour février 2013

Supérieur à la moyenne

le meilleur

Dans de nombreux domaines, la plupart des gens se croient supérieurs aux autres. Quoiqu’il soit impossible pour la majorité des gens d’être tous au dessus de la moyenne, nous avons tendance à croire qu’en ce qui concerne une qualité spécifique, nous sommes meilleurs que les autres.

Ce phénomène s’appelle l’illusion de supériorité et il se produit pour une variété de raisons; entre autres, lorsque des gens incompétents n’ont pas suffisamment de connaissances ou de talent pour être capables d’évaluer leur habiletés ou parce qu’ils ne prendront pas conscience de leur incompétence car les autres seront trop polis pour leur en faire la remarque. C’est l’effet Dunning-Kruger.

Durant les études psychologiques, les gens ont l’habitude de se donner d’excellentes notes pour la plupart des traits positifs. Par contre, lorsque vient le temps d’évaluer les autres, nous sommes plutôt réalistes, ce qui contraste grandement avec l’aveuglement dont nous faisons montre lorsque nous nous évaluons nous-mêmes.

Lorsque nous examinons les autres, nous réalisons qu’il y a des circonstances et des forces externes qui influencent leurs actions. Toutefois, dans notre cas personnel, nous croyons être au-dessus de ces considérations et que seuls notre intention, notre effort, notre désir et notre but guident notre comportement.

Les gens vont aussi surestimer leur quotient intellectuel. Personne ne veut être ‘’moyen’’. Dans une étude de 1977, 94 pour cent des participants se sont placés comme étant ‘’supérieurs à la moyenne’’ comparés aux autres participants. Dans une autre étude portant sur les employés d’une compagnie de logiciels; 32 pour cent des participants ont déclaré que parmi un groupe de vingt collègues, ils se considéraient meilleurs que 19 d’entre eux.

Nous aurons également tendance à surestimer les montants que nous prévoyons faire en dons charitables alors que nous verrons juste en estimant ce que les autres donneront.

Les conducteurs s’évaluent comme étant supérieurs à la moyenne de façon constante, même lorsqu’on leur fait subir un test sur la perception du danger et que les résultats indiquent qu’ils ont une perception inférieure à la moyenne. Cette conviction d’être meilleurs que les autres se retrouvent chez les conducteurs novices, aussi bien que chez les conducteurs d’expérience ayant plus de 65 ans.

Beaucoup de traits positifs, comme être un bon conducteur, sont définis de façon assez vague pour nous laisser croire que nous nous qualifions et les autres ne rectifieront habituellement pas notre perception. La plupart des gens hésiteront à faire un commentaire honnête sur la performance des autres et peu de gens oseront nous dire face à face que nous ne sommes pas doués pour quelque chose.

Étrangement, les plus incompétents sont aussi ceux qui surestiment le plus leurs habiletés, alors que les plus performants se jugeront trop sévèrement. Les gens qui trouvent qu’une tâche ou une activité est facile, croiront que les autres éprouvent la même facilité et auront tendance à se qualifier d’ordinaire ou ‘’dans la moyenne’’.

De façon générale, les gens déprimés échappent à cette tendance à se surestimer. Plus la dépression est sévère, plus ils auront tendance à se sous-estimer. L’illusion de supériorité pourrait ainsi être un mécanisme de défense pour protéger l’estime de soi.

L’illusion de supériorité est un trait qui varie grandement selon la culture. Les Nord-Américains arrivent en tête de liste, alors que le phénomène est plutôt rare dans les cultures asiatiques comme le Japon, la Corée et la Chine. D’un côté, la culture occidentale valorise l’estime de soi, et de l’autre la culture orientale attache plus de valeur au développement personnel.

Il n’est pas vraiment possible d’avoir une vision lucide de soi-même, mais il y a tout de même moyen d’améliorer notre perception personnelle pour qu’elle soit plus près de la réalité.

En examinant des personnes que nous admirons, nous pouvons voir des traits que nous pouvons chercher à développer. De plus, comme les gens sont le plus souvent justes dans leurs évaluations des autres, il faut rechercher la rétroaction et accepter les commentaires constructifs que nous recevrons des autres, afin de nous améliorer.

On est meilleur juge des oeuvres des autres.   –   Daniel Pennac
Je suis capable du meilleur et du pire. Mais, dans le pire, c’est moi le meilleur.   –   Coluche

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Voyage dans le temps

TEPS

Comme je le mentionnais dans un article dernièrement, nous essayons constamment de nous projeter dans le futur mais nous ne sommes pas très bons pour imaginer la personne ou la vie que nous aurons à ce moment-là.

La société en général,  fait aussi cet exercice régulièrement et tente d’imaginer ce que sera la vie de sa population dans plusieurs décennies.

En 1967, le réseau américain CBS présentait une série sur le 21e siècle. L’animateur était le célèbre présentateur de nouvelles Walter Conkrite. Un épisode en particulier, présenté en mars 1967, s’intitulait ‘’ At Home 2001’’ et présentait une vision de la maison familiale telle qu’envisagée par les penseurs de l’époque.

Dans cet épisode, on suggérait entre autres, que notre vaisselle serait entièrement recyclable, au point d’être liquéfiée par une machine après chaque repas, pour être reconstituée en de nouveaux couverts pour le repas suivants. De plus, la préparation des aliments devait devenir presque entièrement automatique. Nous n’aurions qu’à taper le menu désiré à l’avance et il apparaîtrait au moment voulu.  Les ingrédients pré-emballés seraient conservés pendant des décennies si besoin, congelés ou ‘’irradiés’’. Lorsque requis, ils seraient acheminés de l’entreposage au four micro-ondes, pour former un repas et être cuits en quelques secondes. Pour obtenir des couverts, il suffirait d’appuyer sur un bouton pour voir apparaître le bon nombre d’assiettes et d’ustensiles, fabriqués à l’instant même. Cela me fait un peu penser aux imprimantes 3D développées ces dernières années, mais nous sommes encore loin d’une telle réalité.

Walter Cronkite  assurait aussi les téléspectateurs que les robots ménager seraient d’usage courant. Nous avons bien les aspirateurs robots tels la Roomba, mais nous n’avons pas encore les robots envisagés, qui feraient tout le travail domestique et utiliseraient les escaliers sans problème.

Les experts s’imaginaient que les meubles seraient gonflables. Nous aurions ainsi quelques fauteuils supplémentaires en réserve, que nous n’aurions qu’à gonfler pour nos visiteurs et  que nous pourrions ranger par la suite dans l’armoire pour ne pas encombrer la maison. Les lits gonflables sont effectivement devenus une réalité et sont bien utiles pour dépanner.  les meubles pour enfants quant à eux devaient devenir jetables et être fabriqués à partir de papier.

La maison à l’aube du 21e siècle allait être auto-suffisante, comme un vaisseau spatial. Elle ferait re-circuler toute l’eau utilisée et aurait sa propre source d’électricité à partir de batteries. En entrant dans la maison, on pénétrerait dans un sas vitré où la poussière et les impuretés extérieures seraient aspirées de manière ‘’électrostatique’’.

Les penseurs de cette époque ont correctement prévu l’avènement de la télé couleur à écran géant, mais nous sommes un peu en retard sur l’horaire en ce qui concerne la télé en 3D qui devrait être répandue dans tous les foyers depuis un bon moment.

Walter Cronkite explique dans l’émission de 1967 qu’un rapport gouvernemental récent avait conclu que les américains travailleraient 30 heures par semaine en l’an 2000 et qu’ils bénéficieraient d’un mois de vacances à la base. Les gens auraient beaucoup plus de temps pour les loisirs. Disons, que la fiction dépasse la réalité là dessus, les Américains travaillant plus d’heures et prenant moins de vacances aujourd’hui qu’à l’époque.

L’ordinateur, comme objet de la vie courante avait été prédit, avec une console géante comprenant plusieurs écrans qui informerait, donnerait des instructions et fournirait les divertissements de la famille toute entière. On soutenait aussi que cet équipement permettrait de travailler à partir de la maison, sans jamais avoir à se rendre à un bureau. Les nouvelles seraient distribuées dans cette console via des satellites de partout dans le monde. On prévoyait aussi la création de vidéo-téléphones.

L’ambiance de l’époque était enthousiaste. La NASA et l’âge spatial était en effervescence et on imaginait le futur rempli de gadgets qui transformeraient la vie de tous les jours.

De nombreux items de cette émission d’il y a plus de 45 ans sont devenus réalité. Je m’amusais cette semaine à essayer de concevoir ma personne dans 25 ans. C’est difficile comme exercice car on se sait pas ce que sera notre vie et la société à ce moment-là, sans parler des changements internes dont j’ai discuté dans un autre article.

J’ai donc regardé mon moi d’il y a 25 ans, en 1988. Cette année-là. j’avais 27 ans et si aujourd’hui, je pouvais prendre cette personne de  27 ans et lui présenter mon quotidien, elle serait effarée. Juste dans la maison, il y a l’internet par câble DSL, les nombreux ordinateurs de bureau ou portatifs reliés par un réseau wi-fi, les téléphones cellulaires intelligents, les thermostats programmables, le robot aspirateur, la télé sur demande, Facebook, Twitter et autres réseaux sociaux et une multitude d’objets qui n’existaient pas et que mon moi de 27 ans n’aurait pas pu imaginer à son époque.

En 1988, j’achetais mon journal quotidien et c’était ma source unique de nouvelles, à part quelques abonnements à des magazines d’actualités. Aujourd’hui, je peux prendre connaissance des nouvelles n’importe quand et de n’importe où dans le monde grâce à internet.

Lorsque je me projette 25 ans dans le futur pour imaginer ma vieillesse, je peux difficilement concevoir toutes les avancées scientifiques et les changements majeurs qui se dérouleront sur une si longue période. Les changements seront-ils aussi grands que sur les derniers 25 ans? Probablement, et c’est pourquoi nous serons toujours approximatifs dans notre conception du futur.

Dans le temps, même le futur était mieux.   –    Karl Valentin
La distinction entre le passé, le présent, le futur n’est qu’une illusion, aussi tenace soit-elle.
–   Albert Einstein

Le regard tourné sur l’avenir

costa-rica

Nous avons eu une bonne nouvelle hier, concernant mon frère. Il va finalement recevoir sa greffe de cornée la semaine prochaine. Il y aura donc eu une attente de 13 mois ente la première greffe et la seconde.  Sa vision s’est beaucoup améliorée dans l’oeil qui a déjà reçu une greffe et il avait hâte de subir la deuxième chirurgie pour retrouver une vision binoculaire. Il dit qu’il est très difficile d’évaluer les distances ,les reliefs et la profondeur avec un seul oeil.

Cette attente a été très longue pour mon frère, sa femme et ma mère, car cela a retardé d’un an leurs projets de retraite au Costa Rica. C’est difficile d’attendre patiemment lorsqu’on a des projets de grande envergure qu’on a envie de réaliser.

Une fois la greffe complétée, il y aura une convalescence d’environ deux mois, puis mon frère partira seul pour commencer la construction de leur future maison. Il pense rester là-bas environ deux mois. Il a engagé un architecte et il emploiera de la main d’œuvre locale pour l’aider. La sœur de ma belle-sœur a fait construire sa propre maison il y a moins de deux ans sur le lot voisin et mon  frère engagera probablement les mêmes ouvriers.

Mon frère a une facilité déconcertante avec les langues. Il parle espagnol sans le moindre accent alors qu’il avait plus de trente-cinq ans quand il a commencé à apprendre cette langue. Je parle parfaitement l’anglais, mais j’ai un léger accent. Mon frère lui, a beaucoup moins de vocabulaire en anglais, mais il le parle sans accent du tout.

Lorsque la maison sera presque complétée, ma belle-sœur ira passer deux ou trois semaines pour voir à la finition et faire les achats de meubles. Ils reviendront ensuite finaliser la vente de leur maison et quitteront, avec ma mère vers la fin du mois d’août, pour aller vivre au Costa Rica.

Ils ne prévoient pas revenir au Canada. Mon frère et ma mère détestent l’hiver avec ferveur. Ma belle-sœur a beaucoup aimé le Canada, mais est contente de retrouver son pays d’origine après 21 ans au Québec.

Je n’ai qu’un frère et bien que nous ne soyons pas tellement proches, cela me fera tout drôle de ne plus avoir de famille immédiate au pays. Déjà que nos liens ne sont pas très développés avec seulement quelques centaines de kilomètres entre nous, cela ne devrait pas s’améliorer sur une si grande distance.

Je suis étonnée de voir ma mère entreprendre ce genre d’aventure, à l’âge de 77 ans. Émigrer dans un autre pays à cet âge, ce n’est pas commun. Bien sûr, elle ne l’aurait jamais envisagé sans mon frère à ses côtés, mais  ce sera quand même un grand changement dans sa vie.

Lorsque mon père est décédé et qu’elle a décidé de vendre sa maison, je lui ai offert de venir vivre chez nous. Nous avons beaucoup d’espace, Charmante Ado débute tout juste l’adolescence et elle aurait pu la voir grandir.

Mon frère lui a aussi offert d’aller vivre avec lui et sa femme. Il lui a suggéré de partir avec eux au Costa Rica et à la surprise générale, elle a accueilli cette idée avec enthousiasme. À la vente de sa maison, ma mère est allée vivre chez mon frère et elle y est depuis neuf mois. Les choses se passent bien et ils semblent bien s’entendre.

Nous devrions aller les visiter encore deux ou trois fois avant le grand départ. Ensuite, il n’en tiendra qu’à nous de maintenir les liens en allant leur rendre visite au Costa Rica. C’est un pays magnifique  et ce serait un plaisir d’y retourner.

Cela ne m’empêche pas de penser que nos liens déjà fragiles, vont s’amenuiser davantage avec l’éloignement et la rareté de nos rencontres. Je me console en me disant que ce sera une belle vie pour eux là-bas et que c’est bien comme ça. Qui sait, peut-être que Tendre Moitié et moi iront les rejoindre un jour, quoique je ne nous vois pas laisser Charmante Jeune Adulte seule et sans famille au Canada.

Partir, c’est mourir un peu. Poursuivre le voyage, c’est peut-être ressusciter. Voyage de plusieurs années, de quelques jours, de quelques heures. Le vrai voyageur c’est celui qui jamais ne tente de revenir en arrière.   –   Jacques Renaud

Lorsque l’on pense connaître déjà la fin de l’histoire

illusion

Lorsque l’on examine notre passé et que l’on songe à la personne que nous étions auparavant, nous nous apercevons à quel point nous avons changé et nous avons tendance à nous concentrer sur les différences entre cet ancien moi et la version présente.

Nous pouvons facilement décrire comment nous avons changé au fil des ans. Nous sommes assez convaincus que notre mémoire est fiable et que ce que nous voyons comme différences aujourd’hui, représentent réellement des changements profonds.

Lorsque nous regardons vers le futur cependant, nous avons plutôt tendance à nous imaginer exactement tels que nous sommes aujourd’hui. Nous prévoyons que nos valeurs, nos intérêts et préférences seront les mêmes. Nous sommes convaincus que demain ou dans dix ans, nous serons la même personne que présentement.

Une étude récente publiée dans le journal Science, par une équipe de psychologues a démontrée ce phénomène et les chercheurs l’ont appelé ‘’L’illusion de la fin de l’histoire’’. Ils ont analysé les traits de personnalité, les valeurs et les préférences de plus de 19 000 personnes et leur ont demandé d’estimer à quel point ils avaient changé dans les derniers dix ans et à quel point ils s’attendaient à changer dans  les jours suivants et dans la prochaine décennie.

Les sujets, âgés entre 18 et 68 ans, étaient convaincus d’avoir énormément changés en dix ans, mais s’attendaient à ne changer que très peu dans le futur. Lorsqu’on leur demandait, par exemple, de rapporter les changements dans leurs goûts musicaux, les gens avaient tendance à rapporter des changements substantiels dans leurs goûts et intérêts durant les derniers dix ans, tout en s’imaginant qu’il y aurait très peu de changements dans leurs goûts musicaux dans les années futures. Pour eux, ce qui était apprécié présentement, serait sûrement tout autant aimé dans le futur.

Cela suggère que nous avons tendance à voir le présent comme un point tournant qui représente ce que nous serons toujours dans le futur et pour le reste de notre vie. Nous faisons nos choix en nous basant sur cette croyance, ce qui entraîne souvent des conséquences imprévues ou décevantes. Les achats ou les décisions impulsives peuvent sembler comme une excellente idée sur le moment, mais notre moi futur n’appréciera peut-être pas nos tatouages ou la maison de rêve immense que notre alter ego n’arrivera plus à payer.

Nous ne semblons pas réaliser que notre moi futur se tournera lui aussi vers le passé et en viendra aux mêmes conclusions que nous. Il trouvera lui aussi qu’il n’est plus la même personne et que les changements ont été majeurs. Où que l’on se trouve sur notre ligne de vie, nous sommes toujours convaincus que la version  actuelle représente la version définitive de notre personne, même si cela est complètement faux.

Croire que la version présente est celle qui a atteint le sommet de l’évolution personnelle est agréable et nous nous sentons accomplis en pensant de cette manière. Réaliser que nos préférences sont souvent transitoires pourrait nous amener à questionner chaque décision et être une source d’anxiété. Nous préférons donc voir l’expérience acquise comme une source de satisfaction et de croissance, sans considérer que le processus se poursuivra dans le futur.

Ce phénomène est un point important à prendre en considération lorsque l’on fait des plans pour le futur, comme pour la retraite par exemple. J’ai toujours pensé que je voudrais passer ma retraite sur la route, à voyager dans un véhicule récréatif, sans domicile fixe. En vieillissant, je réalise que je deviens plus casanière et que j’ai souvent hâte de revenir dans mes choses à la maison.

Sans rejeter ce rêve, je prends maintenant en considération que je préférerai peut-être un jour avoir un pied à terre quelque part, tout en continuant à voyager. Je prévois donc de garder des fonds pour l’achat éventuel d’un petit condominium alors que mon moi passé croyait que la vie de bohème serait toujours son vœu le plus cher.

La réalité est que nous changeons tout au long de notre vie et que cela continuera jusqu’à notre dernier souffle.

 

Prévoir, c’est à la fois supputer l’avenir et le préparer ; prévoir, c’est déjà agir.   –  Henri Fayol
On ne peut prévoir les choses qu’après qu’elles sont arrivées.   –   Eugène Ionesco