Archives pour janvier 2013

L’irritante pagination Web

turn pageJe lis beaucoup de journaux, de magazines et de blogues sur internet. De nombreux sites utilisent ce que l’on appelle la pagination Web. Cela consiste à fractionner l’article en de nombreuses pages et cela oblige le lecteur à cliquer pour poursuivre sa lecture de l’article.

Cette pratique est complètement inutile, pour ne pas dire irritante. Pourtant, cette coutume persiste car en théorie, elle permet de placer plus de publicités sur ces différentes pages. En pratique, je crois que beaucoup de gens ne se donnent pas la peine de continuer vers les pages suivantes.

Au début du Web, la pagination n’existait pas. Elle est devenue de plus en plus fréquente dans la dernière décennie, avec l’augmentation des publicités.

Un blogueur pourrait être tenté par cette stratégie, car diviser un article en cinq pages au lieu d’une, résulterait potentiellement en plus de’’ clicks’’ et cela donneraient de meilleures statistiques pour les pages consultées par visite. C’est une belle théorie, mais si le lecteur est dégoûté par la distraction, les publicités et le manque de fluidité, il quittera le site et ne reviendra pas. Les statistiques s’en ressentiront.

J’ai tendance à préférer les sites qui ne fragmentent pas leurs articles. Beaucoup de blogueurs n’offrent qu’un aperçu de leurs articles à la page accueil, mais si l’on clique pour voir la suite, on pourra lire tout l’article sur une même page. Ceci n’est pas la même chose que la pagination car cela permet au blogueur d’afficher plus d’aperçus d’articles en page d’accueil.  Personnellement, je n’utilise pas cette mise en page, mais elle ne me dérange pas.

De grosses compagnies, comme le New York Times et le Washington Post utilisent la pagination, probablement pour engranger plus de revenus publicitaires. On y retrouve des articles qui devraient se lire en une seule page et qui demandent pourtant jusqu’à dix clicks pour en terminer la lecture. Chaque page ne contient qu’un fragment de l’article, souvent, seulement quelques paragraphes.

Deux trucs peuvent nous éviter cet exercice futile de cliquer constamment; chercher le bouton ‘’voir en une seule page’’ au début de l’article ou s’il n’y en a pas, on peut se rabattre sur le bouton ‘’imprimer’’, qui nous donnera habituellement une vue du document en entier.

Les adeptes de la pagination Web prétendent que les longs articles dépriment et découragent les lecteurs. Cela me semble faible comme argument; si quelque chose est intéressant, le lecteur préférera continuer sa lecture plutôt que de cliquer sans cesse pour changer de page.

Plusieurs sites utilisent aussi la technique de la liste pour amener le lecteur à cliquer sur la prochaine page. Un article ayant pour titre par exemple : ‘’Les dix meilleures résolutions pour 2013’’, exigera que vous cliquiez sur onze pages pour lire un texte ne comptant pas plus que quelques paragraphes. Il y aura une courte introduction sur la première page, puis chaque item de la liste aura sa propre page. Je considère ce type d’article comme hautement irritant et une pure perte de temps.

Cette calamité mineure est  tellement répandue que bien des gens croient que cette façon de faire n’est pas un choix, mais une obligation. Ils sont persuadés que cela fait partie de la structure du Web et qu’on n’y peut rien.

Pourtant, ce n’est pas le cas et j’ai bien hâte que les sites utilisant la pagination comprennent que cette pratique nuit à la fluidité de la lecture et n’est pas conviviale. Je viens justement d’annuler mon abonnement digital avec un journal en ligne américain qui se plaît à me faire cliquer douze fois pour lire un seul article.

Heureusement, plusieurs sites ont vu la lumière et ont cessé ou n’ont jamais utilisé cette pratique douteuse pour tenter d’avoir plus de visiteurs.

 

Ce n’est pas la peine d’avoir du talent à la cinquième ligne si le lecteur ne dépasse pas la troisième.    –    Françoise Giroud
Si vous avez un peu de patience, vous découvrirez qu’on peut utiliser les immenses ressources du Web pour perdre son temps avec une efficacité que vous n’aviez jamais osé imaginer.    –   Dave Barry

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L’intuition trouve, le raisonnement prouve

deviner

Malcolm Gladwell écrit sur des sujets fascinants. Dans son livre La force de l’intuition (Blink, en anglais), il décrit plusieurs situations où nos meilleures décisions sont celles que l’on prend sans penser du tout.

Nous sommes loin d’être infaillibles lorsque nous nous fions à notre intuition, cependant. Il semble que notre intuition serait juste en moyenne 70% du temps, selon une étude réalisée par Nalini Ambady et Robert Rosenthal et que nous prenons moins de cinq minutes pour évaluer quelqu’un.

Certains domaines semblent plus faciles à jauger que d’autres selon les études. Si nous évaluons qu’une personne est extravertie ou consciencieuse, il y a de grandes chances que nous ayons raison.

Nous pouvons aussi nous fier à notre intuition si l’instinct nous dicte qu’une personne est dangereuse ou qu’elle n’est pas digne de confiance. Si une personne nous apparaît comme un psychopathe, mieux vaut nous fier à notre intuition et couper tout contact, car il y a probablement plusieurs signaux valables qui ont stimulé notre inconscient à sonner l’alarme.

Notre intuition serait aussi fiable lorsque nous essayons de déterminer qui est bon dans son travail et si un quelconque quartier est sécuritaire ou non. Lorsque nous écoutons notre partenaire parler et que nous avons un pressentiment qu’il nous trompe, il est bien possible que ce soit le cas. Nous décelons une différence chez l’autre qui n’est pas définissable, mais que nous percevons néanmoins.

Notre cerveau utilise des raccourcis pour prendre des décisions rapidement et sans effort. Ces biais cognitifs sont utiles, mais ils peuvent aussi nous faire faire fausse route à certaines occasions.

Nous formons des opinions sur les autres en quelques secondes et lorsque nous avons fait une mauvaise évaluation, prendre plus de temps ne nous pointera pas dans la bonne direction. Au contraire, nous deviendrons de plus en plus convaincus que notre intuition était correcte.

Nos raisons inconscientes pour décider si nous aimons quelqu’un ou pas sont souvent irrationnelles. Nous attachons de l’importance à l’apparence et la beauté même si croyons ne pas être si superficiels.

Ce qui nous semble facile à comprendre et à assimiler nous paraîtra plus vrai que les concepts compliqués qui demandent un effort pour notre cerveau.

Nous avons tendance à aimer et à faire confiance aux gens qui sont plus éloquents, même s’ils évitent ou contournent nos questions. Nous préférons les gens qui affichent une solide confiance en soi à ceux qui ont une expertise réelle dans un domaine.

Don Moore de l’université Carnegie Mellon de Pittsburgh, en Pennsylvanie,  a démontré dans une étude que nous préférons une source qui semble sûre d’elle-même, au point de lui pardonner un bilan médiocre dans ses affirmations passées. Dans une situation compétitive, cela peut amener certaines personnes à exagérer leur certitude pour être plus convaincants. Cela profère un certain désavantage à ceux qui sont plus honnêtes quant à leur expertise ou certitudes, car ils ont l’air plus hésitant, donc moins convaincant.

Daniel Simons et Christopher Chabris, dans leur livre The Invisible Gorilla: How our intuitions deceive us, expliquent que les médecins qui sont minutieux et qui vérifient l’information deux fois plutôt qu’une, attirent moins la confiance que ceux qui affichent une confiance aveugle. Ils préfèreront le médecin sûr de lui à celui qui vérifie dans un livre avant de se prononcer.

Nous pensons tous être des créatures rationnelles qui ne font pas ce genre de jugement, mais les recherches démontrent que l’être humain est un peu trop confiant en ses capacités.

Nous pouvons faire confiance à notre intuition dans certains domaines mais d’autres exigent un examen plus approfondi. Si le sujet ou la situation est quelque chose que nous connaissons très bien, notre intuition sera probablement correcte.

Pour les décisions simples, n’impliquant que quelques éléments, quelle marque d’un produit acheter, par exemple, il vaut mieux être rationnel et se baser sur des faits précis. Si la décision est plus complexe ou vitale, comme quelle carrière choisir; notre intuition nous guidera probablement dans la meilleure direction pour nous.

L’intuition, c’est l’intelligence qui commet un excès de vitesse.   –   Henry Bernstein
C’est avec la logique que nous prouvons et avec l’intuition que nous trouvons.   –   Henri Poincaré

Être toutes oreilles

écouter

Comme beaucoup de gens introvertis, Lorsqu’il est question de sorties sociales, je fais partie du groupe “je  ne veux pas y aller / je suis contente d’y être allée” .

Cette contradiction est un rituel presque obligatoire lorsqu’une occasion sociale survient dans ma vie. Je vais rarement sauter de joie à l’idée d’une soirée, d’un party ou de toute activité regroupant plusieurs personnes.

Habituellement, je me raisonne et je m’arme de courage pour y aller même si l’envie n’y est pas. Si je ne faisais que ce qui me vient ou me tente naturellement, je crois que je ne sortirais pas souvent de la maison. Alors, j’essaie de ne pas trop y penser et je saute à l’eau.

Pourquoi tant s’en faire auparavant, si je suis souvent contente d’avoir participé à l’activité, par la suite? Peut-être parce que je dois tout de même combattre ma tendance naturelle, pour socialiser. Même si je suis satisfaite d’avoir surmonté ma réticence, mes préférences personnelles, elles, ne changent pas et j’aurai toujours tendance à éviter les rassemblements.

Il y a tout de même quelques trucs qui m’aident à rendre toute l’expérience plus agréable. Je pense qu’une des craintes des personnes introverties, est de ne pas être intéressantes. Nous n’affichons pas l’entrain, les démonstrations d’énergie et les sentiments des extravertis. Nous sommes réservés et risquons  parfois de passer pour ternes, au sein d’un groupe.

J’ai un jour décidé d’arrêter de m’en faire avec ceci et de me concentrer sur les autres au lieu de me tourmenter à me demander si je les intéressais. La plupart des gens souhaitent que l’on s’intéresse à eux et à ce qu’ils ont à raconter. En écoutant bien et en posant des questions qui montrent que nous essayons de les comprendre, nous créons une connexion avec les autres. S’intéresser aux autres, les écouter et essayer de les comprendre au lieu d’attendre son tour pour parler, nous permet d’offrir quelque chose dont nous manquons tous, de l’attention.

En retour, nous sommes appréciés et cela diminue notre tendance à l’introversion car l’échange est valorisant de part et d’autre.

Finalement, participer à ces activités en me souciant davantage de ce que je peux apporter aux autres, que de ce que je pourrai en retirer, me réussit assez bien. Je me concentre sur une ou deux personnes et je m’intéresse à leur vie. C’est infiniment plus plaisant que d’attendre la fin de la soirée dans mon coin.

De plus, si je rencontre ces gens de nouveau, lors d’une activité ultérieure, ils vont souvent rechercher ma compagnie, car ils ont aimé être écoutés la première fois.

J’ai lu, je ne sais où et il y a bien longtemps, cette anecdote sur Abraham Lincoln. C’était un homme réservé et timide. Durant sa présidence, il recevait de nombreuses personnes et devait participer activement à une foule d’activités sociales.

Un jour, un vieux général à la vue basse, se retrouva assis à côté de Lincoln lors d’une réception. Ne le reconnaissant pas, il l’entretint pendant des heures sur l’état du pays, les batailles passées et présentes et la direction qu’il croyait que prendrait le président.

Lincoln l’écouta avec attention, sollicitant son opinion sur ces sujets et l’encourageant à parler. Le vieux général le quitta à la fin de la soirée en lui serrant chaleureusement les mains et en lui déclarant qu’il était un jeune homme très intéressant à connaître.

Après son départ, un des membres de l’entourage du président lui demanda pourquoi il n’avait pas dit qui il était et pourquoi ne pas avoir interrompu ce flot de paroles, alors qu’il en connaissait infiniment plus que le général sur tous ces sujets?

Le président répondit alors qu’il n’aurait sûrement rien appris du tout en parlant, alors qu’il y avait toujours une chance d’apprendre quelque chose en écoutant. Alors, il préférait écouter.

Les gens sont étonnants : ils veulent qu’on s’intéresse à eux !    –   Jules Renard
Tu peux te faire plus d’amis en deux mois si tu t’intéresses aux autres qu’en deux ans si tu attends que les autres s’intéressent à toi.    –   Dale Carnegie