Archives pour septembre 2012

Sur-ménage?

maniaque du ménage

Dans notre famille, chacun a une vision bien particulière de l’entretien d’une maison. Tendre Moitié favorise tout ce qui est à l’état naturel, la pelouse ne souffre pas d’un excès de zèle avec la tondeuse, les arbres et arbustes sont encouragés à pousser dans tous les sens et les mauvaises herbes n’existent tout simplement pas; chaque plante a le droit d’exister et qui sommes-nous pour décréter qu’une telle espèce est  »mauvaise »?

À l’intérieur, il ne remarque jamais la poussière ou que les planchers auraient besoin de l’aspirateur ou d’un nettoyage. Par contre, il garde un oeil sur une des deux salles de bains et la nettoie de lui-même périodiquement. Il ignore complètement la deuxième, je crois qu’il considère que c’est la salle de bains des filles. Du côté de la cuisine, il a pris le contrôle du lave-vaisselle et tout doit être placé à sa manière, que ni Charmante Ado ni moi, ne comprenons, alors il a de facto hérité de cette tâche.

Il pense assez  souvent à faire le lit, mais il ne lui viendrait jamais à l’idée de changer les draps, pour la simple raison qu’il ne se souvient pas de la date du dernier changement et qu’il considère cela comme des informations superflues qui ne valent pas la peine d’être retenues. Il garde en tête toutefois les dates des changements d’huile pour les voitures, sans aucun problème.

Je l’ai déjà vu faire la lessive quelques fois durant nos 14 ans de mariage, mais il refuse de la plier. Voir Tendre Moitié tenter de plier un drap est complètement hilarant. Il doit y avoir un gène pour cela et il est absent chez lui.

Charmante Ado elle, est… une ado. Tout ses vêtements sont attirés comme des aimants par le plancher de sa chambre. Parfois, après son départ, je rentre dans sa chambre pour déposer quelque chose et je vois une pile de vêtements  sur son lit ou dans un coin. Ils ne sont pas sales, elle les a tous essayés avant de choisir ce qu’elle porterait cette journée-là et ce qui n’a pas été retenu se ramasse dans la pile.

Elle utilise une quantité incroyable de serviettes lorsqu’elle prend une douche et elle les sème de la salle de bains jusqu’à sa chambre, comme le Petit Poucet. Elle n’ a pas encore l’instinct de décréter (ou l’envie de réaliser) que quelque chose devrait être nettoyé et rangé mais elle est capable de remarquer lorsque c’est propre et en ordre. C’est seulement, qu’elle n’a jamais envie de le faire à ce stage-ci de son adolescence.

Je ne m’en fais pas trop avec ça car je crois bien que j’étais pire qu’elle à son âge. Selon mes deux amours, je serais un tantinet maniaque sur le ménage. Il est vrai que j’ai une petite frénésie de nettoyage lorsque quelqu’un vient à la maison (comme aujourd’hui, alors que l’instructeur de basketball de Charmante Ado venait nous rencontrer), mais j’ai beaucoup relâché mes critères ces dernières années.

D’abord avec quatre chats et deux chiens, ça ne peut pas ressembler à un décor de magazine. Même avec la Roomba qui est programmée pour patrouiller quotidiennement, il y a du poil. De plus, avec la chatière, les chats vont et viennent à leur guise et ramènent de la poussière, du sable et des feuilles mortes, qu’ils s’empressent de répandre sur trois étages.

Cette semaine, avec Tendre Moitié et moi sur le carreau à cause de la grippe, il n’y a pas grand entretien qui s’est fait. J’avais déjà suggéré il y a quelques semaines d’établir une liste de tâches pour chacun afin de répartir le tout plus équitablement. Ce ne fût pas l’enthousiasme délirant, mais ce n’était pas un refus non plus.

Le problème est d’en arriver à un accord sur le minimum qui doit être fait chaque semaine. Mon idée d’un minimum est beaucoup plus élaborée que celui de Tendre Moitié et Charmante Ado. J’essaie d’être plus zen, mais il y a quand même certaines choses qui sont incontournables . Ça va nous prendre une petite réunion de famille pour qu’on se mette d’accord sur la fréquence et la profondeur de chaque tâche, sinon les draps ne seront jamais changés.

Ce que j’espère accomplir, c’est de leur faire comprendre la quantité de travail que l’entretien d’une maison implique et peut-être en arriver à ce que chacun fasse sa part pour que le résultat soit potable pour tous, même pour la maman un peu trop exigeante mais qui se soigne.

 

L’homme n’est que poussière, c’est dire l’importance du plumeau.   –   Alexandre Vialatte
Ma femme est tellement méticuleuse qu’elle est capable de ranger la poussière par ordre alphabétique!   –    Brad Weltzer

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L’effort, plus que le talent

 

basket

Ce sera court aujourd’hui. Ma grippe empire au lieu de s’amenuiser et j’ai déjà été dans une meilleure forme. Tendre Moitié l’a aussi attrapée, mais semble moins affecté que moi, contrairement à l’habitude

Tendre Moitié et moi avons beaucoup de travail présentement, mais on ne peut pas dire que je suis très performante.

Charmante Ado a pris part aux qualifications pour faire partie de l’équipe de basketball cette semaine et elle a eu une petite frayeur car elle a cru comprendre qu’elle n’accéderait pas au niveau supérieur en même temps que ses trois copines de l’an dernier.

Finalement, son instructeur nous a expliqué qu’elle avait beaucoup de potentiel mais qu’elle ne faisait pas assez d’efforts. En se basant sur ce qu’il a vu durant la saison dernière,  il est convaincu qu’elle est capable de jouer à ce niveau et même d’être selon ses mots ‘’une pièce maîtresse de l’équipe’’. Son lancer est superbe et sa taille l’avantage beaucoup. Par contre, elle ne se donne pas à fond et tire parfois un peu de la patte. Il lui  a donc proposé de l’inclure dans l’équipe plus avancée, en autant qu’elle s’engage formellement à travailler fort et à suivre ses recommandations pour s’améliorer. C’est un excellent instructeur que nous apprécions beaucoup et qui sait tirer le meilleur de Charmante Ado.

Charmante Ado a promis de faire les efforts nécessaires. Je crois qu’elle se fiait un peu trop sur son talent naturel, mais elle vient de réaliser que l’acceptation n’est pas automatique même si elle est très grande et a le meilleur lancer. Rendu à un certain niveau, le talent ne suffit plus et il faut se donner à fond et s’impliquer dans toutes les facettes du jeu.

C’est aussi une question de maturité et de motivation. Il arrive un temps dans le développement d’un enfant où la motivation doit venir de l’intérieur. Elle m’assure qu’elle adore le basketball et qu’elle a envie de faire tous les efforts requis.

Cet instructeur aurait pu se contenter de lui indiquer qu’elle resterait au même niveau que l’an dernier. Il lui donne la chance de progresser en lui offrant ses conseils et directives mais en échange il demande la promesse que les efforts seront au rendez-vous.

Parfois, un petit coup de pouce peut éveiller une motivation interne encore en voie de développement. Charmante Ado semble être résolue à travailler fort. Lorsqu’une personne voit un potentiel et croit en nous, surtout si ce n’est pas un parent, on ne veut pas la décevoir et on veut lui montrer qu’elle a eu raison de nous donner une autre chance.

Sur ce, je retourne au lit pour essayer d’en finir avec cette grippe.

Si nous faisions tout ce dont nous sommes capables, nous nous surprendrions vraiment.
–    Thomas Edison

La vie de Fanny

husky

Pour faire suite à l’histoire de Fanny, je vais vous raconter le reste de sa vie à mes côtés. Je venais d’arriver dans le Grand Nord lorsque mon patron me demanda si je voulais un chien. Il avait ramassé une belle petite chienne Husky de cinq à sept mois qui essayait d’entrer dans le hangar de l’aéroport.

Elle était toute mignonne et très amicale et je l’appelai Fanny. Nous étions alors en novembre et le Northern du village (magasin général) ne vendait pas de nourriture pour chiens. J’en commandai donc  par téléphone pour que cela me soit envoyé par avion de Montréal.

Fanny ne voulut jamais en manger. Elle se promenait en liberté dans le village comme tous les autres chiens et se nourrissait des restes de caribous et de phoques que les chasseurs abandonnaient derrière eux après y avoir prélevé la viande.

Au bout d’un certain temps, elle devint très amie avec le propriétaire du petit restaurant du village et elle s’y présentait tous les soirs à la fermeture pour avoir sa part des restants.

Elle grandissait vite et grossissait…un peu trop vite. Je réalisai bientôt qu’elle était enceinte. Il n’y avait aucun vétérinaire au village et mes prochaines vacances n’étaient prévues qu’au printemps suivant.  Je ne pouvais donc pas aller dans le Sud avant plusieurs mois.

Elle accoucha le jour de Noël, de cinq chiots, dont elle sût s’occuper malgré son jeune âge. Elle n’eut aucun problème à me laisse les examiner ou prendre dans mes bras. Je me retrouvais alors avec six chiens, ce qui ne faisait pas tout à fait partie de mes projets.

Il y avait une dame qui faisait le tour du village chaque jour pour nourrir et soigner les chiens abandonnés. Elle me raconta qu’elle avait trouvé dix petits chiots naissants, installés sous un canot renversé. Elle s’inquiétait de leur sort car elle n’avait pas vu la mère et effectivement, lorsqu’elle y retourna le lendemain, cinq des chiots étaient morts de froid ou de faim.

Elle me supplia de recueillir les cinq chiots restants pour que Fanny les allaite et leur donner ainsi une chance de survivre.  Elle me promit de m’aider à en prendre soin. Je me demande encore où j’avais la tête, mais j’ai accepté et pendant deux mois j’ai eu ONZE chiens dans ma maison, en plein hiver.

Au début, ça allait; je leur avais aménagé un coin dans l’entrée arrière de la maison, ce qui leur donnait assez d’espace pour bouger sans salir toute la maison. Il y avait heureusement une porte que je pouvais refermer pour atténuer le bruit qu’ils faisaient la nuit, parce que dix chiots, ça fait tout un boucan lorsque ça grandit.

Fanny accepta bien les nouveaux chiots et honnêtement à la fin, on ne savait plus vraiment lesquels étaient les siens ou pas. Lorsqu’ils eurent six semaines, je commençai à regarder pour des familles adoptives, car je n’avais pas la vocation d’opérateur de chenil.

Mon but était de donner les chiots à des gens qui n’étaient que de passage ou qui repartaient vivre dans le Sud. Le village était plein de chiens abandonnés, au point que périodiquement, un message passait à la radio locale pour annoncer que tel jour on abattrait tous les chiens ne portant pas de collier ou de foulard.

Fanny portait un foulard rouge en tout temps, mais je la gardais tout de même à l’intérieur lorsque le jour fatidique arrivait. Je ne voulais pas que mes dix chiots subissent le même sort et je savais que les gens du village ne voudraient pas adopter un chiot alors qu’il y en avait plein qui couraient les rues.

J’ai réussi à donner neuf des dix chiots à des gens de passage; des travailleurs d’Hydro-Québec, de la Garde Côtière, de différents ministères gouvernementaux. Tous ces chiots ont donc quitté le village et ont vécu leur vie ‘’dans le Sud’’.

J’ai gardé le dixième pour mes parents qui voulaient un chien et lors de mes vacances en mars suivant, Fanny et le chiot Jérémy sont venus avec moi et ont tous deux été stérilisés et vaccinés chez le vétérinaire.

Jérémy a coulé une petite vie heureuse avec mes parents et Fanny est remontée dans le Nord avec moi. Vers la fin de mon séjour, j’ai fait le petit voyage de camping que je vous ai relaté précédemment.

Au bout de trois ans, j’ai obtenu un poste dans le sud et Fanny m’a suivie. Elle a eu de la difficulté à s’adapter au début car elle devait être attachée lorsque j’étais absente et porter un collier et une laisse pour se promener. Elle s’est aussi résignée à la nourriture pour chiens, car le caribou et le phoque n’étaient plus disponibles. Je faisais tout de même de longues promenades dans le bois ou autres endroits déserts, où je la laissais courir en liberté.

Lorsque Grande Patronne est arrivée chez nous, elle est devenue la grande amie de Fanny. J’ai trouvé Grande Patronne dans le stationnement de mon travail, un soir de pluie. Je me suis penchée pour la caresser et elle est sautée dans mes bras. Lorsque je l’ai redéposée en lui conseillant de rentrer chez elle, elle a préféré sauter dans ma voiture et s’installer sur le siège du conducteur, d’où elle ne voulait pas sortir. Je la ramenai donc chez moi. Personne ne l’a réclamée suite aux affiches que nous avions installées, alors elle est devenue un membre de notre famille. À l’époque toutefois, elle n’était que le chat Numéro Trois, car nous avions deux autres chats qui occupaient déjà la maisonnée.

Elle occupa donc son temps plus souvent à l’extérieur qu’à l’intérieur. Elle chassait des mulots et des oiseaux et ce qu’elle ne mangeait pas, elle l’apportait à Fanny qui dévorait tout cela avec ferveur. Fanny devait rester attachée lorsqu’elle était à l’extérieur, mais elle avait Grande Patronne pour lui tenir compagnie. Elles faisaient tout ensemble; manger, dormir et jouer.

Peu avant l’arrivée de Grande Patronne, j’ai rencontré Tendre Moitié, puis nous nous sommes mariés et nous avons eu Charmant Bébé (maintenant Charmante Ado). Après neuf ans à ce poste, nous coulions des jours heureux lorsqu’on m’offrit de devenir gestionnaire.

Comme j’avais aimé mon aventure précédente dans le Nord et que le poste qu’on m’offrait était dans la même région, quoique dans un village différent, j’ai accepté d’y retourner, d’autant plus que Tendre Moitié, en tant qu’Européen, avait la soif des grands espaces, du genre ‘’ma cabane au Canada’’.

Nous avons donc aménagé dans ce nouveau village vers la fin janvier. Fanny et Grande Patronne étaient bien sûr avec nous. Nos deux autres chats étaient morts de vieillesse à 18 et 19 ans, à un mois d’intervalle, durant l’été précédent. Tendre Moitié prit l’habitude d’aller promener  Fanny chaque jour dans un endroit où elle pouvait courir librement. Elle  avait alors douze ans, mais n’avait pas du tout ralenti et semblait en pleine forme.

husky

Elle faisait d’abord de grandes courses pendant cinq ou dix minutes, puis elle se faufilait entre les arbres pour aller explorer. Au bout de vingt ou trente minutes, Tendre Moitié l’appelait en criant et elle revenait à la course.

Un jour de mars, elle ne revint pas. Tendre Moitié la chercha partout, mais la neige l’empêchait de progresser bien loin. Il attendit des heures en l’appelant, en vain. Il alla voir un pilote d’hélicoptère qu’il ne connaissait même pas et le convainquit de survoler la région pour la chercher. Tendre Moitié l’accompagna, mais ils ne virent rien.

Lorsque je sortis du travail, j’empruntai des raquettes et je parcourus tout les endroits qu’elle avait l’habitude d’explorer. Je cherchai pendant trois jours, pendant des heures, avant et après le travail.

Nous pensions qu’elle s’était peut-être blessée ou qu’elle avait eu un malaise, mais avec des températures de moins 35 degrés Celsius, on ne survit pas longtemps si on ne peut pas bouger.

En marchant, je découvris qu’au delà des arbres, il y avait une falaise. Si elle était tombée de là, elle était sûrement morte, mais il n’y aurait pas moyen d’accéder au bas de la falaise avant la fonte des neiges.

Nous avons mis des affiches partout et quelques personnes nous ont dit avoir vu Fanny dans un village voisin, à environ 45 kilomètres. Bien que cela semblait douteux, nous sommes allés deux fois vérifier si c’était elle. Les chiens ressemblaient effectivement à Fanny, mais ce n’était pas elle.

Nous ne l’avons jamais revue. Au dégel, j’ai refait tout le parcours qu’elle avait l’habitude de suivre et je suis allée voir au bas de la falaise, pensant peut-être y retrouver ses restes ou son collier. Rien du tout, elle s’était volatilisée.

Notre seule consolation est qu’elle est disparue (plus que probablement morte), près de son lieu d’origine, dans le Grand Nord où elle avait pu une dernière fois apprécier sa liberté. Dans le Sud, elle avait connu la laisse, le permis pour chien et les restrictions. Elle a vraiment apprécié ce court retour vers la liberté. Cela n’a duré que quelques semaines, mais on se console comme on peut.

Nous ne sommes restés qu’un an cette fois-ci, avant que je ne sois mutée encore une fois dans le Sud. Avant de partir, j’ai demandé à une employée qui habitait le village d’origine de Fanny de me trouver un autre chien.

3 mois

Et c’est comme ça que Toutou Parfait est arrivé parmi nous à l’âge d’environ trois mois. Elle est mélangée avec du Labrador, ce qui fait qu’on doit vraiment chercher le Husky en elle, mais elle est issue du Grand Nord tout comme Fanny. Elle a maintenant presque huit ans.

Fanny était d’une fidélité exemplaire et m’accompagnait partout dans le Nord. C’était vraiment un chien fait pour les grands espaces. Je la revois encore courir derrière mon quatre roues ou ma motoneige, la langue sortie, la bouche ouverte comme si elle faisait un grand sourire.

husky

Toutou Parfait n’a pas vraiment connu ce genre de vie; d’abord, parce qu’elle n’est pas restée assez longtemps dans le Nord, mais aussi parce que les temps avaient changé et que les chiens devaient être attachés et tenus en laisse dans le village où nous étions.

Deux chiens bien différents mais qui nous ont apporté chacun beaucoup de joies et de bons souvenirs. Et pour Toutou Parfait, ce n’est pas terminé, loin de là.

chien

 

Parmi toutes les formes de la vie qui nous entourent, pas une, hors le chien, n’a fait alliance avec nous.    –    Maurice Maeterlinck

Ingénierie organique

Faire pousser des organes

J’ai trouvé un autre article intéressant dans le New York Times de samedi. En Suède, en juin 2011, des chercheurs ont implanté une trachée à un patient souffrant d’un cancer. Ce qui est particulier avec cette trachée, c’est qu’elle a été créée de toutes pièces à partir de plastique et des cellules du patient.

Le chirurgien de ce patient, docteur Paolo Macchiarini, de l’institut Karolinska, dirige un laboratoire qui est un chef de pointe dans le domaine  de l’ingénierie tissulaire.

À date, seulement quelques organes ont été fabriqués et transplantés, ceux que l’on considère les plus simples, comme les organes creux; vessie et trachée par exemple.

À travers le monde, les scientifiques utilisent des techniques similaires pour tenter de créer des organes plus complexes.  L’université de  Wake Forest en Caroline du Nord, a développé les premières vessies et travaille maintenant à fabriquer des reins, et des foies. Des laboratoires en Chine et aux Pays Bas travaillent sur les vaisseaux sanguins.

Il faudra encore de nombreuses années avant que l’on parvienne à créer des organes complexes fonctionnels, mais le docteur  Joseph P. Vacanti, du Laboratory for Tissue Engineering and Organ Fabrication au Massachusetts General Hospital croit que cela est tout à fait possible.

Dans le cas de la trachée du patient cancéreux, les médecins ont réalisé une copie exacte de sa trachée avec un plastique poreux et fibreux. Ensuite, on a ensemencé ce support avec des cellules souches du patient, récoltées dans sa moelle osseuse.

Le tout a été placé dans un bioréacteur, un genre d’incubateur. La nouvelle trachée, baignant dans une solution de nutriments, y tournait, comme une broche de rôtissoire. Après seulement un jour et demi, l’implant  était prêt à remplacer la trachée cancéreuse du patient.

15 mois plus tard, le patient de 39 ans  reste sans tumeur et respire normalement avec sa nouvelle trachée.

Le fait de prendre les cellules  souches du patient  prévient le rejet qui affecte souvent les organes transplantés.

Une des fonctions les plus importantes de la trachée est de garder les bactéries et autres particules contenues dans l’air, hors des poumons, où elles pourraient causer de graves infections. Une trachée normale est tapissée de cellules spécialisées, dont certaines produisent du mucus qui peut emprisonner ces particules étrangères. La toux fait remonter le mucus vers l’extérieur.

Lorsque les cellules souches ont été ensemencées, l’espoir était qu’elles se différentient elles-mêmes en ce type de cellules spécialisées et aillent recouvrir la surface interne de la trachée.

Cinq mois après la chirurgie, un examen de la nouvelle trachée du patient démontra qu’une partie était recouverte des cellules spécialisées. Pour s’assurer que la trachée était bien vivante et qu’elle développait un réseau complexe de vaisseaux sanguins, les médecins firent une petite incision sans la couche de cellules spécialisées.  La blessure saigna, ce qui confirma que des vaisseaux sanguins étaient bien apparus.

Même si les cellules souches du patient ne causent pas de phénomène de rejet, le support de plastique lui, est synthétique et comme tout matériau étranger, entraîne la formation par le corps de tissu cicatriciel qui doit être enlevé.

Un deuxième patient a été opéré en  novembre 2011 mais il décéda en mars 2012. La famille ne diffusa pas la cause du décès mais il semble que la nouvelle trachée fonctionnait bien.

Par la suite, deux autres patients en provenance de la Russie ont aussi reçu des trachées et se portent bien actuellement.

Le docteur Macchiarini  prévoit de nouvelles chirurgies mais souligne qu’il faudra trouver une solution moins complexe et lourde en procédures, car  actuellement le coût d’une telle chirurgie peut atteindre un demi-million de dollars.

Il rêve de pouvoir développer de meilleurs supports, qu’il pourrait implanter sans avoir à y ajouter des cellules souches et  ce serait des médicaments qui stimuleraient le corps du patient à envoyer les cellules spécialisées au site de l’implant.

Son rêve ultime est d’éliminer le support entièrement et de développer des médicaments qui indiqueraient au corps de bâtir un support lui-même.

‘’Ne pas toucher au patient, utiliser seulement son corps pour qu’il recrée lui-même son propre organe, ce serait fantastique’’ dit-il.

Foie: Gros organe rouge intentionnellement fourni par la nature pour se faire de la bile.   –   
Les pieds sont les organes de la circulation.   –    Jean Louis Marcel Charles

La petite fille de la ville

Husky

Lorsque j’habitais dans le Grand Nord Québécois,  sur les rives de la Baie d’Hudson, j’avais une chienne Husky que j’avais recueillie alors qu’elle errait dans le village comme bien d’autres chiens abandonnés. Un jour,  j’ai eu quelques rares jours de congé et j’ai décidé de partir seule camper à environ une dizaine de kilomètres du village, sur le bord d’une rivière. Je savais que je quitterais pour le Sud dans l’année qui venait et je ne voulais pas partir sans avoir vu autre chose que le village.

Un copain m’amena avec un Zodiac (bateau pneumatique) jusqu’à l’emplacement choisi car il n’y avait pas de route pour y aller par la terre ferme. Il me laissa seule avec mon chien et mon équipement et promis de revenir me chercher trois jours plus tard. Avant de repartir, il se retourna une dernière fois et me demanda si j’étais bien certaine de vouloir rester là  toute seule pendant trois jours.

Alors que le soleil brillait au village,  il tombait là une fine bruine et le brouillard s’installait tranquillement pour envelopper la rivière et les rives. J’affirmai fermement à  mon copain que je voulais toujours vivre cette aventure et lui souhaitai une bonne fin de semaine.

husky

Fanny, mon chien, se mit à inspecter les environs pendant que je montais la tente. Je nous préparai un petit repas de saucisson, pain et fromage et comme la bruine ne cessait pas, je me couchai tôt, car les activités possibles étaient plutôt limitées. Fanny refusa de dormir dans la tente, mais elle se tint juste à l’extérieur, ce qui était quand même rassurant. La nuit était d’un noir le plus total et le silence était impressionnant, pas un oiseau, pas un son. Je ne dormis pas très bien, d’abord parce que la température est descendue à cinq degrés Celsius durant la nuit, ce qui est normal à cette saison dans le Nord, mais aussi parce que je m’inquiétais pour les ours. Les gens du village et mon patron m’avaient assuré qu’il y avait beaucoup d’ours qui rôdaient aux alentours du village, si bien que j’avais cédé à leur insistance et avait apporté dans mes bagages, le fusil de mon patron.

Il m’avait donné un très court aperçu du fonctionnement, moi qui n’avait jamais tenu une arme auparavant. J’espérais que la présence du chien dissuaderait les ours de s’approcher et que je n’aurais pas à m’en servir. Je dormis donc par intermittence,  admirant les étoiles lorsque la bruine eut cessée et que le ciel se dégagea.

Je passai une grande partie de la journée suivante à  ramasser du bois mort pour faire du feu et je m’essayai à pêcher dans la rivière, mais sans succès. J’avais prévu assez de nourriture pour trois jours, principalement du riz, des haricots et des fruits. Fanny appréciait beaucoup notre aventure, sa mue saisonnière était bien entamée et elle ressemblait à un loup lorsqu’elle grimpait au sommet de la falaise en me considérant pensivement.

husky

La deuxième nuit se passa très bien et le soleil était encore au rendez-vous le lendemain. Un pilote de mes amis avait convenu avec moi de survoler mon campement pour s’assurer que tout allait bien. Si un problème survenait, je devais prendre le foulard rouge de Fanny et l’attacher au sommet de ma tente. Il saurait alors que quelque chose n’allait pas et m’enverrait des secours. À l’heure dite, il survola la rivière à basse altitude, et voyant que tout allait bien, il refit une passe en balançant les ailes de l’hydravion pour me saluer.

hydravion

Je craignais un peu que Fanny ne me laissa seule et partit explorer trop loin pour que je puisse la suivre, mais elle resta au contraire très près de moi en tout temps. Nous ne vîmes aucun ours, ni autre bête durant ces trois jours et je me sentais un peu idiote avec mon fusil. Je me demandais même si on n’avait pas voulu faire peur à la petite fille de la ville.

husky

Le dernier jour, après avoir démonté la tente et déposé mes bagages au point de rencontre, je me suis dit que je pourrais essayer de tirer un coup avec le fusil, juste pour voir. Il n’y avait personne à dix kilomètres à la ronde, alors je sortis le fusil de son étui pour l’essayer.

La réaction de Fanny fut instantanée. Elle me fixa avec terreur et se mis à reculer lentement en gémissant. Elle semblait terrifiée par l’arme. J’essayai de la rassurer en lui parlant doucement et en m’approchant, mais elle continuait à fixer le fusil en gémissant. Je rangeai donc l’arme en me disant que ce n‘était pas une idée très géniale de toute façon.

Fanny revint à mes côtés aussitôt l’arme rangée et accepta mes caresses. Étrangement, l’étui du fusil ne semblait pas la perturber le moins du monde. Au village, périodiquement, les Inuits tuaient les chiens errants au fusil pour en diminuer le nombre. Il n’y avait pas de vétérinaire au village et les chiens n‘étaient généralement pas stérilisés, ce qui amenait très rapidement une surpopulation, car tous les chiens se promenaient en liberté.

Fanny avait dû voir plusieurs chiens tués de cette façon, ce qui lui avait donné une peur bleue des armes. Je m’aperçus plus tard, lorsque nous sommes revenus dans le Sud, qu’un simple bâton, brandi au dessus-de la tête pour lui lancer, lui faisait le même effet. Pas pour elle, le jeu de ramener le bâton.

J’attendis que mon copain revienne me cueillir pour me ramener à la civilisation avec ma brave Fanny à mes pieds. Juste avant d’entrer au village, nous aperçûmes trois ours qui fouillaient la décharge. Fanny gronda et aboya à leur vue et elle semblait toute prête à les affronter.  Mon copain m’annonça que de nombreuses personnes au village avaient parié que la petite de la ville ne durerait pas trois jours dans la toundra. Il était bien content d’avoir parié sur moi.

J’ai habité trois ans à cet endroit et lorsque je suis revenue dans le Sud, Fanny m’a accompagnée. Elle a eu du mal à s’habituer à la nourriture pour chiens après avoir mangé du caribou et du phoque toute sa vie, mais elle a eu une belle vie et a vécu jusqu’à l’âge de douze ans. Elle est décédée près de son lieu de naissance, lors d’un séjour subséquent dans le Grand Nord pour mon travail, mais cela c’est une autre histoire.

Ne laissez pas votre chien en laisse si vous voulez qu’il vous soit attaché.    –    Albert Willemetz