Archives pour septembre 2012

Mémoire disparue

ère digitale

Nous sommes devenus une  société informatisée, où une grande partie de nos données, photos, textes, musique, courrier, dessins, et,c sont entreposés sur des supports numériques. Qui imprime encore ses photos? La plupart d’entre nous, nous contentons de les classer dans notre ordinateur ou nous les plaçons en ligne sur des sites tels que Facebook, Picasa ou Pinterest. Nos souvenirs en entier se retrouvent dans nos ordinateurs.

La technologie change rapidement. Tout évolue à une vitesse très rapide. J’ai connu les tourne-disques et j’ai même un gramophone fonctionnel chez moi. J’ai encore toute une série de cassettes VHS, neuves, de la série télévisée Twilight Zone. Heureusement, j’ai aussi un lecteur VHS qui est encore fonctionnel. Chaque fois que je me dis que je devrais les transférer vers le support numérique du moment, un nouveau type de support arrive sur le marché. Je reste donc avec mes vénérables cassettes VHS. De plus, elles ne valent presque rien de nos jours, on peut acheter la même série en DVD  pour une fraction du prix que j’ai payé pour l’ensemble.

Est-ce que les anciens ont décrié le papyrus et le parchemin quand ces nouveaux produits ont remplacé la tablette de pierre comme support d’écriture? Probablement qu’ils ont dénigré le peu de durabilité de ce support et prédit que cette lubie ne durerait pas.

Et si le numérique nous laissait tomber? Que ce soit une tempête électromagnétique ou autre catastrophe naturelle ou causée par l’homme, il y a toujours le risque qu’un jour, nous voyions les souvenirs de toute une vie se volatiliser. Saurons-nous préserver toutes les informations contenues numériquement?  C’est certain que si une telle catastrophe se produisait, nous aurions des problèmes plus pressants que de nous soucier de préserver nos photos et nos chansons.

Ci-dessous, vous trouverez un court film de trois minutes réalisé par François Ferracci qui résume bien l’ère numérique et l’importance grandissante des médias sociaux.

Lost Memories, en français avec sous-titres anglais, se déroule à Paris en 2020. La ville, et on suppose, le monde entier, est saturé d’hologrammes, et les médias sociaux semblent être devenus une obsession pour certains.

On voit un jeune couple d’amoureux devant la tour Eiffel, passant un moment romantique. L’homme n’est pourtant pas tout à fait présent pour sa compagne, car, tout en l’embrassant, il prend des photos d’eux deux sans arrêt et les affiche immédiatement en ligne. Les effets sociaux sont excellents et sont utilisés pour souligner la froideur métallique du numérique.

À un moment donné, la compagne négligée sort un appareil photo Polaroïd et prend son copain en photo. Elle lui tend l’image et s’en va. On voit ensuite tous les hologrammes disparaître et le tout ce qui est numérique devenir inerte et inutile.

Lorsque la fille tend la photo à son ami, on ne voit pas les gratte-ciels en arrière-plan sur l’image, alors qu’ils sont bien visibles derrière lui en réalité.

En entrevue, l’auteur du film, un Français habitant maintenant Toronto, mentionne qu’il a voulu faire réfléchir les gens sur ce qui resterait de nos souvenirs si un jour tout ce qui est numérique disparaissait ou devenait inutilisable.

Peut-être qu’aucune catastrophe ne viendra freiner la croissance numérique. Nous pouvons toutefois nous arrêter pour réfléchir à la place que l’on accorde aux médias sociaux et l’importance de plus en plus grande de l’instantané au dépens de l’intimité.

La révolution numérique est beaucoup plus significative que l’invention de l’écriture ou même de l’imprimerie.   –   Douglas Engelbart 

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L’anticipation du voyage

avion

Avec cette grippe qui n’en finit plus,  j’ai l’impression d’avoir perdu douze jours de ma vie. Je commence à entrevoir la fin de cet épisode, principalement parce que j’ai l’esprit plus clair et moins embrumé.

Nous avons passé une partie de notre dimanche à planifier nos vacances de Noël qui seront aussi un voyage dans la famille de Tendre Moitié.  La logistique est un peu compliquée vu que nous voulons aller à la fois en France et en Belqique.

Le plan initial était de se rendre à Bruxelles, où une cousine viendrait nous rejoindre. Nous passerions alors quelques jours à visiter la famille ensemble, pour ensuite nous diriger vers Cannes, où habite cette cousine et le reste de la famille. Nous hésitons encore entre le train(TGV) et la voiture, mais les 1200 km de route entre Bruxelles et Cannes ne me tentent pas trop. Charmante Ado penche définitivement pour le train alors que Tendre Moitié, qui adore conduire, est ouvert à toutes les possibilités.

Nous passerions Noël et le jour de l’An à Cannes et dans les environs, parmi la famille. Notre étape finale, à laquelle Charmante Ado et moi tenons beaucoup, serait de passer trois ou quatre jours à Paris. Tendre Moitié insiste pour dire qu’on ne peut pas visiter Paris en quatre jours. mais nous maintenons que nous ne pouvons pas aller en France sans avoir, ne serait-ce qu’un tout petit aperçu de Paris. Tendre Moitié suggère de garder Paris pour un voyage ultérieur, mais ce nest pas comme si nous allions en Europe tous les ans et il n’y a aucune garantie que nous pourrons y retourner.

Nous avons visité l’Égypte il y a treize ans, alors que le père de Tendre Moitié habitait Sharm El Sheik. Alors que nous allions par la route de Sharm El Sheik au Caire, nous aurions pu faire un détour et passer une journée ou deux à Alexandrie. Nous ne l’avons pas fait, pensant y retourner lors d’un voyage ultérieur. Finalement, le père de Tendre Moitié est rentré en Belgique dû à des problèmes de santé et nous ne sommes jamais retournés en Égypte. Je veux donc voir Paris lors de ce voyage. Si nous retournons en France plus tard, tant mieux, mais je préfère un avant-goût au cas où nous n’aurions jamais la chance d’y retourner.

Nous essayons donc de trouver des billets d’avion qui nous permettrons d’arriver à Bruxelles et de repartir de Paris, ce qui ne semble pas être un problème, moyennant un supplément.  Il y aura probablement un voyage en TGV entre Bruxelles et Cannes à l’aller et de Cannes à Paris au retour, si j’arrive à convaincre Tendre Moitié que la route en voiture ne vaut pas la fatigue qu’elle nous occasionnera.

Le logement est encore en suspens mais les dates sont à peu près fixées; nous passerions 2-3 jours à Bruxelles, 10 jours à Cannes et 4 jours à Paris,  entre le 19 décembre et le 5 janvier.

Il nous faut d’abord vérifier que notre jeune voisin pourra venir s’occuper des deux chiens, quatre chats et trois aquariums. Il est bien gentil mais nous retrouvons toujours la maison dans un état quelque peu démoralisant, car il ne croit pas que le balai fasse partie de ces tâches, malgré nos suggestions. Nous essayons de limiter les dégâts è un étage mais c’est tout de même un grand ménage qui nous attend à notre arrivée. Nous avons augmenté son salaire lors des derniers voyages, mais cela n’a pas semblé réveiller de fibre nettoyeuse en lui.

L’autre préoccupation est de trouver une pension pour les rats. Nous ne pouvons nous fier sur notre voisin pour cela, alors nous pensons demander encore une fois, à la dame qui nous a vendu les trois petites rates.

Une fois que tout ce petit monde sera  en sécurité et bien soigné, nous pourrons partir l’esprit tranquille. Nous n’aurons pas trop des deux prochains mois pour organiser tout cela.

Le monde est un livre, et ceux qui ne voyagent pas n’en lisent qu’une page. – Saint Augustin
Il n’est rien de plus beau que l’instant qui précède le voyage, l’instant où l’horizon de demain vient nous rendre visite et nous dire ses promesses.    –   Milan Kundera

L’heure de la sieste

sommeil

Étant aux prises avec une grippe vraiment tenace depuis maintenant onze jours, mes habitudes de vie en sont quelque peu bouleversées. Alors que je ne fais jamais de sieste habituellement, je dors quelques heures chaque après midi, sans que cela trouble mon sommeil durant la nuit. Je me sens toujours mieux durant le reste de la journée après ce petit intermède.  Cela m’amène à m’intéresser au concept du sommeil dans la vie moderne.

Une bonne nuit de sommeil se définit habituellement par huit heures  continues de repos. Pourtant, cette vision du sommeil est assez récente. De plus, de par le monde, les pratiques varient énormément; en Chine, des millions de travailleurs font une sieste d’une heure après le repas du midi et la sieste durant la journée fait partie de la vie des habitants de pays tels que l’Inde et l’Espagne.

Un professeur d’histoire de Virginia Tech,  A. Roger Ekirch, a examiné dans les années 1990, la littérature des siècles précédents, plus particulièrement les descriptions du sommeil. Il a remarqué de nombreuses mentions de ‘’premier sommeil’’ et de ‘’deuxième ou second sommeil’’. On note par exemple que la période entre le premier et deuxième sommeil est propice à l’étude et à la réflexion.

Un médecin Français du 16e siècle prétendait ainsi que les ouvriers concevaient plus d’enfants que les hommes des classes bien nanties parce qu’ils attendaient après le premier sommeil pour faire l’amour.

Un autre chercheur, Thomas A. Wehr, un psychiatre  du National Institute of Mental Health à Bethesda au Maryland, travaillait aussi sur le sommeil à la même époque que le professeur Ekirch.

Son étude consistait à priver les participants de lumière artificielle. Les sujets passaient donc la nuit dans une pièce dépourvue de l’éclairage de la vie moderne, tels les téléviseurs, ordinateurs et téléphones.

Au début, les participants dormirent toute la nuit d’une traite, mais après un certain temps, ils se mirent à se réveiller un peu après minuit. Ils demeuraient couchés et après en moyenne deux heures, se rendormaient.

Ce schéma du sommeil est semblable à celui dont font mention la littérature ancienne. Il semble que si l’on se libère de l’emprise de la vie moderne, notre corps tendra naturellement à favoriser un horaire de sommeil divisé.

Les participants de l’étude en sont venus à aimer cette nouvelle manière de vivre leurs nuits. Une fois libérés de leurs préconceptions sur ce qui constitue une bonne nuit de sommeil, ils se sont mis à apprécier ces quelques heures en plein milieu de la nuit. Ils ont occupé leur temps d’éveil à différentes choses; à penser, à planifier la journée à venir ou à faire l’amour.

L’anxiété face au sommeil crée un cercle vicieux et aggrave l’insomnie. Il serait peut-être avantageux de considérer d’autres horaires de sommeil  que les huit heures continues.

Plusieurs études récentes suggèrent que n’importe quelle forme de sommeil profond, que ce se soit 30 minutes ou plusieurs heures, est bénéfique. Le sommeil profond prépare notre cerveau à fonctionner à un plus haut niveau, à trouver de meilleures solutions aux problèmes, à identifier les tendances plus rapidement et à se rappeler les informations avec plus de précision.

Une étude financée par la NASA et réalisée par une équipe de chercheurs menée par le professeur David F. Dinges, de l’Université de la  Pennsylvanie, a découvert que des participants à qui on a permis de faire une sieste d’aussi peu que 24 minutes ont amélioré leurs performances cognitives.

Une autre étude réalisée par des chercheurs de la City University of New York a démontré que de courtes siestes ont aidé les participants à identifier  plus de connexions entre les objets que dans le cas de sujets étant demeurés éveillés.

Robert Stickgold, un professeur de psychiatrie à Harvard Medical School, suggère que le sommeil, y compris les courtes siestes  incluant du sommeil profond, donne l’occasion à notre cerveau de décider quoi faire avec les nouvelles informations, ce qu’il doit garder et ce qui est à rejeter.

Cela pourrait être une des raisons pour laquelle nous rêvons. Notre cerveau essaierait d’établir une relation entre ce qu’il vient d’apprendre et ce qui est entreposé dans notre mémoire à long terme.

Le sommeil paradoxal (Rapid eye movement sleep) est la seule phase du sommeil durant laquelle le cerveau est aussi actif que durant l’éveil. Il semble offrir à notre cerveau la chance de concevoir de nouvelles idées et de perfectionner les compétences nouvellement acquises.

Au réveil, notre esprit est souvent plus apte à discerner l’information qui était enfouie dans une montagne d’informations.

Quelques entreprises ont commencé à offrir à leurs employés la possibilité de faire une sieste au travail. Google par exemple, croit que la sieste augmente la productivité de ses employés.

Farley Mowatt, un écrivain Canadien, a écrit le livre Mes amis les loups (Never Cry Wolf ) sur son expérience à vivre avec des loups pour les étudier.  Il a, par la force des choses, adopté leur rythme de vie et il relatait que les loups ne dorment que par courtes périodes, jour et nuit. Il  rapporte dans son livre que cette façon de dormir lui a semblé la plus rafraîchissante et la plus revitalisante, mais qu’il na pu maintenir ce rythme de vie une fois revenu à la vie moderne dans sa famille.

Pour ma part, la sieste va rester dans mon quotidien, tant que je ne serai pas remise sur pied, et possiblement par la suite.

La plus belle heure de la vie, c’est l’heure de la sieste.   –    Grégoire Lacroix
La sieste est une courtoisie que nous faisons à notre corps exténué par le rythme brutal de la ville.   –    Dany Laferrière

Le savant fou

Nobel

Je parle souvent des études scientifiques parce que je m’intéresse à la recherche. En général, je me concentre sur des études que je considère sérieuses et qui sont publiés dans des médias reconnus.

Aujourd’hui par contre, sur une note plus légère, nous allons regarder des sujets de recherche un peu plus loufoques et improbables. Il y a deux jours se tenait à l’université Harvard, la remise annuelle des Prix ig Nobel.

Cette cérémonie, célébrée depuis 22 ans, est organisée par le magazine humoristique Annals of Improbable Research.  Elle se veut une parodie des Prix Nobel suédois, qui eux seront annoncés le mois prochain. Le but est d’abord de faire rire et ensuite de faire réfléchir.

Parmi les prix remis cette année, on retrouve le prix Ig Nobel de Physique,  remporté par une équipe de scientifiques Britanniques et Américains pour leur recherche sur les mathématiques complexes qui régissent la forme et le mouvement d’une queue de cheval (on parle ici de cheveux, et non d’un cheval).

Ils ont d’abord développé un système d’imagerie tridimensionnel afin d’observer les propriétés individuelles des cheveux, comme la frisure ou la raideur. Ils ont ensuite  élaboré l’équation mathématique qui décrit les propriétés collectives d’une liasse de cheveux.

Craig Bennett, un psychologue de l’université de la Californie à Santa Barbara et Abigail Baird de l’université Vassar ont reçu le Ig Nobel de Neurosciences pour leurs recherches sur l’imagerie par résonance magnétique (IRM) et l’activité cérébrale chez les saumons morts.

Ils avaient auparavant scanné une citrouille, puis une poule; alors, un saumon de l’Atlantique semblait une progression tout à fait raisonnable. Ils ont utilisé les techniques d’imageries standards pour examiner le cerveau de saumons morts et ils ont eu la surprise de détecter un signal d’activité cérébrale.

Ils ont conclu à des signaux aléatoires et espèrent que leur étude servira d’avertissement aux autres neuroscientifiques. Ils rappellent qu’il faut éviter de considérer chaque signal perçu comme étant une donnée significative.

Anita Eerland, de l’Open University aux Pays Bas, s’est mérité le Ig Nobel de Psychologie pour ses travaux sur la tour Eiffel. Avec son équipe, elle a découvert que si les gens se penchent  vers la gauche, ils jugeront que la tour est moins haute que s’ils penchent vers la droite.

Les psychologues croient que l’esprit humain possède une ligne mentale de nombres et qu’il a tendance à se représenter les chiffres comme étant plus petits à gauche et  plus grands à droite.

Durant l’étude, les participants devaient se tenir sur des plate-formes légèrement inclinées, à leur insu. Lorsque la plate-forme penchait  vers la gauche, les participants évaluaient la hauteur de la tour comme étant plus petite.

Rouslan Krechetnikov, de l Université de la Californie à Santa Barbara  a reçu le Ig Nobel de la dynamique des fluides. L’inspiration lui est venue en observant des délégués à une conférence scientifique qui circulaient en tenant soigneusement des tasses remplies de liquides chauds.

Il a observé et a procédé à une analyse théorique du mouvement du café dans les tasses. Cela lui a permis de découvrir que les différents formats de tasses coïncidaient tout à fait par hasard avec la fréquence des oscillations naturelles du liquide, combinées au rythme des pas d’une personne marchant normalement.

Il conclut donc que ce serait un problème biomécanique qui cause le débordement de café lorsque l’on circule avec une tasse à la main. Notre pas irrégulier est le coupable.

Les autres prix qui ont été remis durant la cérémonie :

Ig Nobel de la Paix: La compagnie SKN  pour son utilisation d’une technologie permettant de convertir d’anciennes munitions russes en nouveaux diamants.   

Ig Nobel  en Acoustique: Kazutaka Kurihara et Koji Tsukada pour la création d’un brouilleur de paroles, une machine qui dérange un personne qui parle en lui faisant entendre, pendant qu’elle parle, ses paroles avec un léger décalage..

Ig Nobel  de Chimie: Johan Pettersson  pour avoir résolu l’énigme entourant certains résidents de la ville de Anderslöv en Suède qui voyaient leurs cheveux tourner au vert (les tuyaux de cuivre des nouvelles maisons étaient responsables)..

Ig Nobel de Littérature: Un bureau du gouvernement des États-Unis, pour avoir produit un rapport  au sujet des rapports sur les rapports de rapports selon les rapports, qui recommandait la préparation d’un rapport au sujet des rapports sur les rapports. 

Ig Nobel  d’Anatomie: Frans de Waal et Jennifer Pokorny, pour avoir découvert que les chimpanzés sont capables d’identifier d’autres chimpanzés à partir de photographies de leur derrière. 

Ig Nobel de Médecine: Emmanuel Ben-Soussan,  pour avoir conseillé les médecins qui performent des colonoscopies, sur la manière de minimiser les risques que leurs patients explosent.

 Comme vous voyez, la science sait aussi s’amuser et se moquer d’elle-même.

La phrase la plus excitante à entendre en science, celle qui annonce de nouvelles découvertes, n’est pas «Eureka» (j’ai trouvé!), mais plutôt; Tiens, c’est marrant…    –   Isaac Asimov

Le respect de la différence

différences

Nous avons tous à un certain degré, la conviction que nous sommes capables de forcer les autres à changer. Bien que nous tentions de rationaliser la raison pour laquelle nous désirons qu’une personne change, le plus souvent c’est parce qu’elle agit d’une manière dont nous n’approuvons pas.

Notre égo nous pousse à croire que notre façon de voir les choses est la bonne, mais la plupart du temps notre tentative rencontre peu de succès.

Une des raisons pourrait être que  nous sous-entendons que nous avons une vision plus éclairée et une meilleure compréhension de la situation. L’autre personne reçoit ainsi le message qu’elle n’est  pas correcte ou convenable, ce qui peut créer du ressentiment.

Il serait plus simple et probablement plus sain de regarder à l’intérieur de soi pour régler un problème face à une autre personne, ou même, de tout simplement l’accepter telle qu’elle est.

Je sais que Tendre Moitié déteste les foules, les endroits comme les parcs d’attraction, les foires ou les spectacles en plein air, je n’insisterai donc pas pour faire ces activités avec lui et j’accompagnerai Charmante Ado seule.

Pour ma part, je ne suis pas très friande des cocktails, soirées de gala ou repas d’affaires reliés au travail. C’est important pour notre carrière, mais Tendre Moitié a  appris à ne pas insister pour que je l’accompagne à chaque occasion.

Même si nous nous complétons très bien, nous ne sommes pas en synchronisation complète, ce qui serait impossible. Il faut faire des accommodements selon les préférences de chacun, parce que cela démontre que nous acceptons que l’autre soit différent et autonome de nous. On peut même être totalement à l’opposé sur un point précis et accepter de vivre avec cette différence, sans la remettre constamment sur le tapis, ou essayer de changer l’autre.

Il y a trois ans, Tendre Moitié s’était présenté comme conseiller municipal. Étant arrivé dans la région depuis seulement quatre ans, la population a élu une personne qui était née et avait grandi dans la municipalité. Le résultat ne semble pas avoir été à la hauteur de leurs attentes, car dernièrement, plusieurs personnes suggèrent fortement à Tendre Moitié de se présenter à nouveau l’an prochain. Il s’implique beaucoup dans la communauté, tant à la Maison des Jeunes qu’à l’Association des Gens D’Affaires, que dans différents comités municipaux.

S’il y a bien quelque chose que je ne ferais jamais, c’est de me présenter à une élection. Je préfère garder ma vie tranquille et privée. Je n’ai aucune ambition de gouverner, diriger ou gérer. C’est donc difficile pour moi de comprendre l’attrait que tout cela représente pour Tendre Moitié. Je peux comprendre la volonté de servir et de donner à sa communauté, mais j’aurais tendance à me diriger vers le bénévolat plus anonyme.

Ce point de vue est une différence fondamentale entre nous deux, mais nous respectons la façon d’être de l’autre. Tendre Moitié va probablement se présenter aux élections municipales l’an prochain et il aura tout mon soutien (et mon vote!). Si jamais il est élu et qu’ait lieu une soirée protocolaire ou un cocktail quelconque, je devrai probablement y assister au moins une fois ou deux. C’est correct, car je sais qu’il ferait volontiers le même geste pour moi, en participant à une activité qui ne l’attirerait pas.

On ne peut pas changer l’autre, mais accepter de faire un petit bout de chemin dans sa direction, même si elle est contraire à nos inclinations, consolide la relation et transmet à l’autre que l’on respecte ses choix et préférences.

Je crois que nous essayons de changer les autres lorsque nos besoins ne sont pas satisfaits. Nous voulons obtenir quelque chose d’une  personne et son comportement habituel ne nous apporte pas ce que nous recherchons. Alors, nous tentons de la convaincre de changer, ce qui donne très rarement des résultats positifs. Il est vrai que nous pourrions parfois être parfaitement justifiés de réclamer un changement. Le problème est que l’autre personne doit le vouloir d’elle-même, sinon, c’est voué à l’échec

Au lieu de chercher à changer l’autre, mieux vaut regarder en soi ce qu’on peut faire de concret pour améliorer la situation.  Certaines choses sont inacceptables et mèneront inévitablement à la rupture si elles ne changent pas. D’autres sont de simples différences de goûts, d’opinion ou de perspective et devraient être acceptées et respectées des deux côtés.

 Pour changer les autres, changez-vous vous-même.   –   Auteur inconnu
Il est difficile de changer le monde mais il est plus facile de le regarder sous un autre oeil.   –    Daniel Desbiens