Archives pour août 2012

Le plaisir de la simulation

jeu

Pour faire suite à mon article d’hier sur les plaisirs personnels immédiats, j’ai eu une discussion avec Tendre Moitié (après le repas, sans avoir débarrassé la table!) sur ce que j’aimerais faire de mes temps libres, pour le moment encore, à peu près inexistants.

Je pourrais vous sortir des activités grandioses et altruistes qui vont changer le monde , mais comme je suis supposée penser à moi, il y a une activité complètement inutile qui m’amuse grandement.

Je me confesse; j’adore le jeu de simulation Les Sims. Pour ceux qui ne connaissent pas, le jeu, maintenant rendu à la version Les Sims3, permet de créer des personnes (chaque personne est un Sim)  et de les faire évoluer dans une ville. Ils dorment, se font à manger, vont travailler, ont des loisirs et des relations avec les autres Sims.

J’ai initié Charmante Ado à ce jeu il y a quelques années et elle s’amuse follement à se créer un foyer comprenant de multiples animaux, allant du cheval, aux chats et aux chiens. Le Sim créé commence le jeu avec des fonds limités. Il faut travailler et gravir les échelons dans sa carrière pour obtenir plus de simflous; la monnaie du monde Sim.

Pour pallier à cette restriction budgétaire, il y a  des codes de triches qui permettent de recevoir instantanément une somme d’argent. Ainsi le code Motherlode donne 50 000 simflous, kaching rapporte 1 000 simflous et freeRealEstate  donne le droit à une maison gratuite.

Charmante Ado utilise gaiement ces codes pour se bâtir des maisons somptueuses avec des résidences secondaires pour ses animaux. Elle mène un grand train de vie et semble beaucoup s’amuser. Elle passe aussi beaucoup de temps à établir des relations entre les divers Sims, animaux ou humains, qu’elle a créé.

De mon côté, je passe très peu de temps dans le déroulement de la vie de mes Sims. Il devient très vite ennuyeux de leur faire aller à la toilette, prendre une douche, manger et dormir. Ce que j’aime vraiment, c’est bâtir et modifier des maisons, les décorer et les meubler.

Là où j’ai un problème, c’est que tout cela coûte des simflous. Je ne comprends pas pourquoi je suis absolument incapable d’utiliser les codes de triche pour obtenir les simflous nécessaires. Je me résigne donc à faire vivre mon Sim à  travers ses journées et à « gagner » honnêtement l’argent requis.

On s’entend que ce n’est qu’un stupide jeu et que je ne ressens aucune grandeur morale à ne pas tricher. Je ne me crois pas supérieure ou meilleure, en fait je me trouve un peu idiote de ne pas profiter du jeu pleinement, vu que ces codes existent. Il n’y a aucune autre personne impliquée ce qui rend le jugement moral hautement personnel et quelque peu futile. Quoique qu’il soit honorable de ne pas tricher, est-ce que tricher seul dans un jeu sans conséquence réelle serait mal?

Rationnellement, je me dis que je devrais tricher et m’accorder une multitude de simflous pour créer des maisons de rêve. Je le ferais certainement si c’était l’unique but du jeu, construire et décorer des maisons. Je crois que mon problème est que je joue quand même un peu avec le déroulement de la vie virtuelle de mon Sim. Si mon Sim reçoit une belle maison, de beaux meubles et tous les objets qu’il désire (car ils ont des désirs), j’ai l’impression de jouer pour rien, de manipuler le jeu d’une manière qui le rend complètement inintéressant.

Charmante Ado et Tendre Moitié croit tous les deux que je souffre d’une hypertrophie du sentiment de culpabilité et que je devrais relaxer un peu mes critères. Il est vrai que j’ai beaucoup moins de plaisir que Charmante Ado à jouer aux Sims, probablement à cause des règles rigides que je m’impose.

Si au moins, j’en retirais un quelconque avantage, ça irait toujours, mais tout ce que je vois c’est que j’évite de me sentir coupable. Charmante Ado elle, ne se sent pas du tout coupable et Tendre Moitié m’assure que s’il jouait à ce jeu, il n’hésiterait pas à s’accorder plus de simflous pour bâtir les maisons qui l’intéresse.

Je ne sais pas d’où me vient cette tendance à la culpabilité mais je sais que cela remonte à loin et que j’ai toujours cherché à l’éviter, ce qui fait que je peux avoir l’air de me trouver vertueuse ou même meilleure que d’autres, alors que j’essaie simplement de ne pas me sentir mal.

Comme ce comportement ne m’apporte absolument rien, je vais m’attaquer à supprimer ce sentiment de culpabilité pour les choses qui n’ont absolument aucune importance et je vais me permettre de m’amuser. On peut devenir trop rigide en essayant de maintenir un code de conduite irréprochable à nos propres yeux en ne se donnant aucune chance de relaxer.

Le bonheur c’est le plaisir sans remords.   –   Socrate
On a bien de la peine à avoir du plaisir. – Marie du Deffand

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Ce que je crois que je veux

savoir ce que l'on veut vraiment

Lorsque je travaillais pour une compagnie dans un lieu de travail  qui me demandait de passer près de trois heures en voiture pour m’y rendre et en revenir, je regardais Tendre Moitié qui était travailleur autonome et je me disais que c’était ce que je voulais.

Je suis maintenant travailleur autonome depuis deux ans. Je ne regrette pas ce changement car cela a grandement amélioré ma qualité de vie, même si cette voie est moins avantageuse et sécuritaire financièrement.

Périodiquement je m’interroge sur ce que je veux vraiment. Je sais ce que je veux dans mon avenir; guider Charmante Ado vers la vie adulte, garder le même niveau de vie (assez simple), donc voir à maintenir ou augmenter nos revenus, avoir une retraite graduelle où les voyages figureraient de façon importante, et demeurer en santé en vieillissant.

Tous ces objectifs impliquent des actions présentes pour s’assurer que ces désirs pourront être réalisés dans le futur. Je m’en sors assez bien de ce côté là.

Là où il m’arrive de m’interroger, c’est sur ce que je veux présentement.  Le problème est que je ne sais pas vraiment quels sont mes désirs actuels.

Je me livre parfois à un jeu qui consiste à me demander ce que je ferais avec trois souhaits alloués instantanément par un quelconque génie. Invariablement, le premier souhait serait que notre petite famille de trois soit en parfaite santé et dans une forme splendide. Ce critère nous permettrait alors d’accomplir énormément de choses désirables, plus ou moins identifiées en ce moment. Je souffre d’arthrite et d’une maladie immunitaire chronique qui m’incommode fortement par épisodes, Tendre Moitié a un genou qui devrait être remplacé, mais il y a une foule de contre-indications à l’opération et Charmante Ado a aussi un problème de genou, hérité du basketball.

Je n’arrive habituellement pas à me décider avec les deux autres souhaits. Je pourrais bien sûr demander d’être riche ou sans souci financier, mais je ne crois sincèrement pas que cela augmenterait mon niveau de bonheur. Donc, qu’est-ce que je veux vraiment en ce moment même? Comment satisfaire un désir que l’on n’arrive même pas à identifier?

Si ce n’était d’un vague sentiment d’insatisfaction, je pourrais me contenter de ma vie présente en me disant qu’elle me comble, mais il y a ce petit inconfort qui me chuchote qu’il manque quelque chose. C’est quand même incroyable que la perspective de pouvoir obtenir magiquement n’importe quel désir ne me soit pas d’une aide véritable.

Mon problème est que j’ai une foule d’objectifs à long terme mais très peu d’objectifs à court terme. Je travaille constamment pour des bienfaits futurs et une petite voix intérieure se plaint que ceci est très bien mais qu’il manque des satisfactions, des gratifications, du plaisir dans ma vie actuelle.

C’est un peu comme les gens qui travaillent comme des damnés pendant des dizaines années en sacrifiant loisirs, familles et amis, pour avoir une retraite de rêve. Ils étouffent leurs désirs présents pour un gain futur. Reste à savoir si les amis , la famille et même leur propre personne seront encore là pour jouir de tous les fruits de ce travail, une fois le moment enfin arrivé.

Une Bucket List est un exercice d’objectifs à plus ou moins long terme, des choses que nous voulons vraiment. Toutefois, une grande partie de ces réalisations impliquent beaucoup d’efforts et de travail sur une longue période de temps, comme d’écrire un article de blogue par jour pendant un an ou travailler à se remettre en forme. La progression vers un objectif complété apporte une certaine satisfaction sinon un plaisir actuel.

Je crois que ce que je recherche vraiment, c’est d’avoir plus de plaisir et de satisfaction dans ma vie actuelle; quotidiennement, sans que cela demande nécessairement un effort important. Sans tomber dans les théories Nouvel Âge ou ésotériques, je dois m’accorder des moments de plaisir pour satisfaire cette petite voix insistante qui exige qu’on lui fournisse quelque chose à apprécier.

J’ai un sentiment du devoir assez prononcé et je vais habituellement m’assurer que tout ce que je « devrais » faire soit complété avant de considérer faire quelque chose juste pour le plaisir. Je pense finalement, que c’est ce à quoi que ma petite voix réfère.

C’est bien beau le sentiment de responsabilité et du devoir, mais il y a aussi un petit récipient dans notre être intérieur, marqué « satisfaction immédiate » ou « plaisir personnel  » qui DOIT lui aussi être rempli chaque jour.

En discutant de ceci avec Tendre Moitié à l’instant, nous relevons une différence fondamentale entre nous deux. Tendre Moitié ne perd jamais de vue l’équilibre entre les obligations et le plaisir alors que j’ai tendance à ne penser à moi qu’une fois TOUTES les obligations (réelles ou imaginaires) remplies. Je me retrouve fréquemment à onze heures ou minuit en me disant « Ouf, c’est fini, j’ai maintenant un peu de temps pour moi », pour réaliser que la journée est terminée et que tout recommencera le lendemain.

Un autre exemple flagrant est l’heure du repas. Tendre Moitié aime relaxer et jaser à table après le repas. « J’aime » (ou je crois devoir) tout nettoyer pour continuer avec mes prochaines tâches. Il y a un certain milieu à rechercher je crois.

Si je m’accordais une heure juste pour moi et mes désirs, je la passerais probablement à revoir mentalement mes obligations et à les prioriser pour pouvoir repartir à fond de train après cette « pause »!

Je vais devoir envisager de devenir un peu plus cigale et un peu moins fourmi pour satisfaire cette petite voix intérieure.

Il faut savoir ce que l’on veut. Quand on le sait, il faut avoir le courage de le dire ; quand on ledit, il faut avoir le courage de le faire.    –   Georges Clemenceau
Le bonheur, c’est savoir ce que l’on veut et le vouloir passionnément.    –  Félicien Marceau
nous avons une grande force, … c’est de ne pas savoir exactement ce que nous voulons. De l’incertitude profonde des desseins naît une étonnante liberté de manoeuvre.   –   Jean Anouilh

La réalité n’est qu’un point de vue

virtuel

Nick Bostrom  est un philosophe suédois qui a publié en 2003, un article sur l’argument de la simulation.

Dans cet article, il suggère que nous vivons possiblement à l’intérieur d’une simulation créée par un ordinateur. Les ordinateurs devenant rapidement de plus en plus puissants, il est envisageable que nous puissions dans le futur créer des simulations de vie, peuplées de personnes représentant  nos ancêtres. Comme les ordinateurs seraient vraiment puissants, ils seraient capables de faire fonctionner de nombreuses simulations à la fois.

En supposant que les gens à l’intérieur d’une simulation possèdent un état de conscience, nous pourrions alors nous interroger à savoir si nous, en ce moment même, faisons partie de la race créatrice originale ou si nous ne sommes que des êtres vivants à l’intérieur d’une simulation. Sommes-nous les ancêtres des futurs créateurs de simulation qui ne sont pas encore nés, ou serions-nous simplement le produit de ces créateurs qui existent déjà?

Dans une hypothèse d’une race créatrice de simulations, les créateurs seraient nettement moins nombreux que les êtres créés par simulation. En admettant que les êtres créés soient conscients, il devient évident que plus il y a d’êtres conscients, plus nous aurions de chances statistiquement de faire partie d’une des simulations.

À l’inverse, si nous ne croyons pas être en train de vivre dans une simulation en ce moment même, alors nous n’avons aucune raison de croire que nos descendants seront enclins à créer des simulations sur leurs ancêtres.

Ceci, en gros, résume l’argument de la simulation tel qu’énoncé par Nick Bostrom. La conclusion de cet argument est qu’un des trois énoncés suivants est nécessairement vrai :

1.  Presque toutes les civilisations à notre niveau de développement disparaissent avant de devenir mature technologiquement.

2. Une infime partie des civilisations technologiquement matures sont intéressées à créer des simulations de leurs ancêtres.

3. Vous vivez presque certainement à l’intérieur d’une simulation d’ordinateur.

L’argument ne prétend pas que nous vivons dans une simulation, mais seulement qu’un des trois énoncés est vrai. Nous ne savons pas lequel. Si on examine les possibilités, on peut croire que la première est vraie et que nous nous exterminerons nous-mêmes avant d’atteindre la maturité technologique.

On peut aussi croire que la deuxième option est vraie et que très peu de civilisations avancées choisiraient de créer des simulations de leurs ancêtres, pour une variété de raisons. Cela démontrerait une grande retenue de la part de nos descendants. Si cette option est vraie, nous aurions moins de chances de faire partie d’une simulation vu le peu de créateurs intéressés par cette activité, mais ce serait tout de même dans le domaine du possible.

Par contre, si aucune des deux premières options n’est vraie, alors la troisième doit l’être et nous vivons probablement dans un univers simulé, (un peu comme le jeu virtuel les Sims), créé par ordinateur.

Notre science serait ainsi propre à notre simulation et pourrait différer grandement de la science de nos créateurs. Un point intéressant est aussi que les êtres de la simulation pourraient éventuellement eux aussi créer des univers simulés; il y aurait ainsi plusieurs niveaux de simulation, allant des créateurs initiaux jusqu’à plusieurs niveaux de simulateurs créant eux aussi des simulations une parvenus au  niveau technologique requis

Une autre alternative serait que les créateurs arrêteraient la simulation une fois qu’un pourcentage déterminé d’êtres simulés prennent conscience qu’ils vivent à l’intérieur d’un monde virtuel. On peut imaginer l’ordinateur des créateurs devenir tout noir et indiquer en clignotant GAME OVER.

C’est une théorie intéressante. Notre niveau technologique avançant à grands pas, il est inévitable que nous pensions à créer des humains virtuels. De là à ce q’ils soient dotés du même niveau de conscience de leur existence, c’est un grand pas à franchir. Peut être y parviendrons nous un jour, ou plutôt, en sommes nous le résultat dès aujourd’hui.

Dans le titre: La réalité n’est qu’un point de vue.    –    Philip K. Dick
Nous ne savons pas où la révolution virtuelle nous entraîne, seulement que là où nous arriverons, nous n’aurons pas assez de RAM.   –   Dave Barry

À travail égal, salaire égal

équité

Nous avons une notion innée  de la justice et de l’égalité. Nous avons évolué pour devenir une espèce hautement collaboratrice. Au cours de cette évolution, nous avons commencé à comparer nos efforts et nos gains avec ceux des autres.

Cela nous a amené à rechercher une certaine égalité et à développer un sentiment de ce qui est juste ou pas. Nous avons ainsi créé certaines attentes plus ou moins conscientes. Lorsque ces attentes ne se réalisent pas, nous nous ressentons une violation de notre sentiment de justice.

Nous ne sommes pas la seule espèce à nous comporter de cette manière. Plusieurs espèces animales vivent en collaboration et sont guidées par des attentes précises quant aux résultats d’une collaboration et le partage des ressources obtenues . La division des ressources suit une règle tacite qui, si elle n’est pas suivie engendre une forte réaction négative chez l’animal qui se sent floué.

Frans B. M. de Waal et Sarah F. Brosnan de l’université Emery à Atlanta ont réalisé une étude avec des singes capucins. Ils ont démontré que  ce primate réagit négativement à une rétribution inégale lors d’échanges avec un expérimentateur humain.

Les singes de l’étude ont refusé de participer lorsqu’ils ont réalisé qu’un congénère recevait une récompense plus attrayante pour un même effort. La réponse négative était encore plus amplifiée si le partenaire recevait une récompense sans avoir à fournir un effort. Ces résultats suggèrent que notre aversion pour l’injustice  serait un trait qui remonte assez loin dans notre évolution.

Les singes devaient remettre un jeton au chercheur pour obtenir immédiatement un morceau de concombre en échange. Chaque singe était dans sa propre cage, située l’une à côté de l’autre.

Ensuite, pour examiner le principe d’injustice ou d’inégalité, un des singes recevait des raisins contre ses jetons, alors que l’autre continuait à recevoir du concombre. Pour un singe capucin, un raisin est une rétribution hautement préférable au concombre.

Les deux types de récompense étaient visibles, mais le singe ignorait quelle récompense il allait recevoir tant qu’il n’avait pas remis son jeton au chercheur. Il est rapidement devenu évident que la présence d’une récompense de haute valeur diminuait considérablement la tendance à accepter une récompense de moindre valeur. Si, de plus, l’effort demandé par chaque singe était différent, alors le singe refusait simplement de continuer la procédure. Les refus allaient de refuser de remettre son jeton, à accepter la récompense pour ensuite la lancer hors de sa cage.

Il semble que le refus de remettre un jeton soit un comportement hautement inhabituel pour ces singes capucins  qui ont été entraînés  à faire ces échanges. En deux ans d’études sur les échanges, les refus d’échanger un jeton ne représentent que  5% des échanges. La réaction de refus est donc particulière à la situation injuste. Lorsque la seule récompense est le concombre, cette monnaie d’échange est considérée comme acceptable par tous et les échanges continuent rondement.

Lorsque les singes refusent une récompense habituellement acceptée en d’autres circonstances, cela semble être une réaction à ce qu’ils perçoivent comme une violation des règles.

Lorsque le raisin était simplement placé dans une cage vide, à côté du singe testé, le taux de refus diminuait considérablement, même s’il pouvait voir la pile de raisins grandir tout près de lui. Ce ne serait donc pas la présence d’une meilleure récompense qui motive le refus, ce serait plutôt le fait de voir un autre singe recevoir une meilleure rétribution pour un effort semblable ou moindre.

Les humains évaluent l’équité en se basant à la fois sur la distribution des gains et sur les alternatives possibles  à un résultat donné. Les singes capucins semblent eux aussi mesurer les récompenses en des termes relatifs, en comparant leurs propres récompenses avec celles qui sont disponibles, et leurs propres efforts avec ceux des autres. Une récompense considérée comme acceptable auparavant, deviendra inacceptable si un partenaire obtient une meilleure rétribution.

Les chercheurs de l’étude suggèrent que cette réaction des singes capucins est motivée, comme pour les humains, par les émotions sociales. Ces émotions guident nos réactions face aux efforts, aux gains, aux pertes et aux attitudes chez les autres. Si ces émotions ont évolué pour promouvoir la coopération à long terme chez l’humain, elles pourraient aussi exister chez certains animaux sociaux.

Les primates semblent donc avoir certaines attentes propres à chaque espèce, quant à la manière dont chacun est traité et comment les ressources sont partagées.  Contrairement aux hiérarchies despotiques d’autres types de primates, les espèces tolérantes, comme les capucins,  ayant une coopération bien établie de partage de nourriture, , ont des attentes très émotionnelles face à la distribution des récompenses ou des ressources et l’échange social, ce qui les portera à montrer de l’aversion pour l’injustice.

Un bien n’est agréable que si on le partage.    –   Sénèque
Il y a des gens qui, dans un partage à cinquante-cinquante, veulent pour eux les deux cinquante et même le trait d’union.    –    D. Syrus

La résistance est futile

résister

Je rédige des listes. Je suis même très bonne pour déterminer les priorités, évaluer le temps requis pour chaque tâche et en général, cette planification me réussit assez bien.

Il y a pourtant quelques items qui sont sans cesse repoussés pour une raison ou une autre. Mark Foster, dans son livre  Get Everything Done and Still Have Time to Play appelle ce phénomène la résistance.

La résistance, c’est ce qu’on ressent lorsque l’on pense à une tâche difficile, ennuyeuse ou stressante; nous cherchons naturellement à l’éviter ou à la rapporter le plus loin possible en faisant quelque chose d’autre de plus facile. La résistance survient aussi lorsque nous avons des obligations à remplir, comme écrire un article, ou rédiger un mémo, un bulletin ou toute autre tâche qui  a une échéance précise.

Elle peut aussi nous pousser à reporter sans cesse un objectif ou un projet parce que nous n’arrivons pas à compléter le premier pas vers cet objectif, comme travailler sur son curriculum vitae pour éventuellement trouver un autre emploi ou acheter des chaussures de sport adéquates pour pouvoir s’entraîner.

Il y a également les tâches plus ardues émotionnellement ou physiquement, comme rappeler un client mécontent et désagréable, tenter de rejoindre le service à la clientèle d’une compagnie pour faire une plainte, ou prendre un rendez-vous médical pour un examen ou une consultation que l’on craint.

Il est très tentant de laisser la résistance diriger nos décisions mais à court terme, nous aurons constamment l’impression de vivre chaque jour comme une lutte ardue. Nous allons décider de reporter certaines tâches et accomplir d’abord celles qui sont plus faciles et souvent moins importantes. Notre niveau d’énergie baissant à mesure que la journée avance, nous trouverons de plus en plus difficile d’envisager les tâches repoussées, ce qui nous mènera à les mettre à l’horaire du lendemain. Il y a de grandes chances que nous fassions le même cheminement le jour suivant.

À long terme, cette stratégie nous empêchera d’atteindre nos buts. À peu près tout ce qui vaut la peine d’être accompli implique quelques moments de résistance. Écrire un roman, courir un marathon, perdre du poids, apprendre le piano, réussir en affaires; tout cela ne pourra pas arriver si on laisse la résistance gagner chaque bataille.

Si l’on considère la résistance comme une tentative de notre esprit à remettre l’effort à plus tard, cela nous donne un signe que cette tâche devrait être accomplie en premier.

Lorsque nous n’avons vraiment pas envie de faire cet appel difficile, le faire au tout début de notre journée est probablement l’idéal. Une fois que la tâche à laquelle nous résistions a été complétée, cela libère notre esprit. En laissant la résistance gagner, nous aurons toujours en tête que cette tâche désagréable reste à faire. À la longue, un sentiment d’échec ou de défaitisme nous envahit face à cette tâche.

En complétant ce à quoi notre esprit tente de résister, nous saurons un sentiment de satisfaction et d’accomplissement dès le début de la journée et le reste nous semblera plus facile en comparaison.

Parfois nous faisons montre de résistance face à des tâches simples ou même insignifiantes, mais qui doivent être faites. Depuis le début de l’été, j’avais deux tâches que je rapportais constamment au lendemain sans raison apparente. La première consistait à appeler le service à la clientèle pour qu’on vienne changer une pièce de la cuisinière. Cette pièce cassée n’empêchait aucunement le fonctionnement de l’appareil, alors je ne prenais tout simplement pas le temps de discuter avec un département de service à la clientèle qui a souvent le don de m’exaspérer. Pourtant, la garantie vient à échéance dans quelques mois et après cette échéance, le remplacement de cette pièce aurait été à mes frais. Même si le problème n’est qu’esthétique, cela valait la peine de faire l’effort.

Une autre tâche que j’ai reportée tout l’été fût de commander un uniforme de basketball sur mesure pour Charmante Ado. Il est incroyablement difficile de rejoindre la personne responsable et depuis mai, je n’ai eu que des échanges de courriel avec cette personne. Je devais lui téléphoner, mais seulement à une certaine heure. J’ai passé une bonne partie de l’été à reporter cet appel. Au fil du temps, je me disais que c’était pour le mieux, car Charmante Ado a encore grandi en trois mois, mais la saison de basketball approche et son uniforme de l’an dernier est trop petit

Pourquoi ais-je résisté plusieurs mois à faire ces tâches plutôt simples pour ne pas dire faciles? Aucune idée. Je vois bien que j’ai fait montre de résistance mais à l’analyse, il n’y avait rien de bien compliqué à cela. C’est souvent ce qui arrive une fois la tâche complétée, on réalise que cela ne valait vraiment pas la peine de reporter l’exécution et que cela s’est très bien passé.

J’ai finalement rayé la cuisinière de ma liste. Le réparateur est venu la semaine dernière et a changé la pièce, sans frais et sans douleur. Pour ce qui est de l’uniforme, après avoir repris contact par courriel, j’ai obtenu une nouvelle date et heure pour contacter le responsable. Lorsque j’ai fait l’appel, j’ai obtenu une boîte vocale où j’ai laissé un message. J’ai par la suite reçu un autre courriel m’expliquant qu’il avait dû s’absenter pour cause de décès dans sa famille et que je devrais rappeler. Je ne comprends tout simplement pas pourquoi cette personne ne peut pas m’appeler elle-même lorsqu’elle est disponible afin que je puisse lui donner les mesures ou même les lui envoyer par courriel, mais enfin, cela a l’air très compliqué comme procédure. Quand je pose des questions par courriel, il me dit de lui téléphoner! Je ressens une certaine résistance de la part de cette personne vu que ma demande doit être plutôt inhabituelle, les équipes de sport ayant l’habitude de commander en groupe des uniformes aux grandeurs standards. La résistance au carré est plus difficile à vaincre! Plus qu’un mois avant le début de la saison de basketball, je n’aurais pas dû repousser sans cesse cet appel car nous risquons de manquer de temps.

On peut résister à de minuscules tâches comme à des choses plus vitales. Le résultat sera le même, nous finirons par manque de temps ou de moyens pour atteindre notre but. Si l’on décide de consacrer dix minutes dès le début de notre journée à quelque chose que nous ne voulons pas faire, nous arriverons à briser notre résistance ou à tout le moins commencer à accomplir la tâche.

Je crois que je devrai prendre l’habitude de ne pas commencer par les tâches faciles sur ma liste, mais plutôt par celles qui me rebutent le plus. Qu’elles soient grandes ou petites, ces tâches non accomplies rongent mon esprit en étant toujours en arrière pensée. Mieux vaut s’en libérer en les expédiant le plus tôt possible.

Charmante Ado a une manie commune à bien des gens; elle mange ce qu’elle préfère en premier dans son assiette. Elle se retrouve ensuite avec un aliment qu’elle n’apprécie pas, isolé dans toute sa splendeur et qui semble encore moins appétissant. C’est un peu ce que nous faisons lorsque nous faisons les choses faciles en premier.

La victoire aime l’effort.   –   Catulle
L’esprit commande le corps et le corps obéit. L’esprit se commande à lui-même et trouve de la résistance.    –   Saint Augustin